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Les Poings dans nos poches crevées

Le jeudi 17 avril 1997.

12 avril 1997, aux quatre coins de l’Europe, des chômeurs se mettent en marche, depuis le cercle polaire ou depuis Sarajevo, du Maroc ou d’Irlande, ils se sont donné rendez-vous à Amsterdam le 14 juin. Ce jour là, devant la conférence intergouvernementale européenne, ils signifieront leur colère, leur révolte, leur désir d’une autre société.

Ces marches sont un défi au capitalisme, à sa toute puissance politique, économique et idéologique. Si ces marcheurs peuvent sembler dissemblables dans leurs revendications, certains en appelant au droit au travail, d’autres ayant pour mot d’ordre l’abolition du salariat, tous demandent la redistribution massive des richesses.

Le 1er mai verra l’abolition symbolique des frontières : hélas ! il ne s’agira que des frontières européennes ; hélas ! ce ne sera que symbolique, mais pour nous qui refusons toutes les frontières, ce 1er mai sera une négation de tous ces nationalismes qui prétendent à nouveau coloniser l’imaginaire.

Ces marcheurs qui traverseront des villes dont les fascistes se croient les seigneurs, accueillis par ceux qui mènent le combat contre la peste auront à montrer que les luttes sociales ont à combattre toutes les formes de délire du capitalisme.

Ces marches, si elles signifient un refus de l’Europe de Maastricht et de Shengen, sont aussi un pied de nez aux récupérateurs sociaux-démocrates qui, jouant la carte d’une Europe sociale, sont prêts dans chaque pays à gérer l’exploitation, et visent, comme les libéraux, la construction d’un État européen, superbe outil d’un capitalisme sans frontières.

Solidaires des Indiens du Chiapas, des luttes des salariés de Corée du Sud et d’ailleurs, les marcheurs signifient que l’internationalisme a resurgi, et qu’il est temps de dépasser la conscience morcelée de cette pseudo-identité européenne.

Coup de pied au cul au racisme, à la misère, ces hommes et ces femmes au long de leur parcours vont traverser villes et campagnes où la solidarité déjà se réinvente, et où s’imaginent d’autres liens sociaux.

Par delà les corporatismes, par delà les nouveaux leurres que proposent syndicats ou partis sociaux démocrates, d’autres syndicats, des associations et des individus libres de toute attache, affirmant haut et clair la nécessité d’en finir avec le capital. Par delà les clivages politiques, les dogmes, vont se croiser des questionnements multiples.

Ceux dont nul nanti ne veut entendre la voix, ceux qu’on prend et qu’on jette, exploités avec ou sans papiers, ceux dont la conscience est la cible de toutes les crétinisations mercantiles, idéologiques ou religieuses, s’apprêtent à se reconnaître plus nombreux encore, et plus déterminés qu’il y a trois ans.

Si certains ricanent en évoquant les anciens chemins de Saint Jacques de Compostelle, c’est qu’ils ne voient pas qu’ici ou là s’inventent de nouvelles formes du mythe libertaire, c’est qu’ils n’ont jamais su voir que l’horizon fermé de leur doctrine. Utopistes impatients d’éprouver que la vraie vie est ailleurs que dans l’idolâtrie du travail, de la marchandise ou de la patrie, les marcheurs tracent de nouveaux chemins initiatiques. Nous saluons ce mouvement, et nous en serons.

Le groupe de Paris du mouvement surréaliste
Le groupe surréaliste de Stockholm
Le groupe surréaliste de Leeds
Le groupe surréaliste de Madrid


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