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Nucléaire délétère

Le jeudi 8 mai 1997.

Deux études épidémiologiques ont récemment relancé la polémique autour des liens probables entre la présence d’un site nucléaire et l’augmentation du nombre de cancers dans une zone avoisinante. La première menée par des universitaires de Caroline-du-Nord sur l’ensemble des cancers déclarés entre 1975 et 1985 autour de la centrale de Three Mile Island dont le réacteur avait laissé échapper le 28 mars 1979 des gaz radioactifs établit que le taux de cancers du poumon et de leucémie a augmenté de deux à dix fois aux alentours de la centrale pensylvanienne [1]. La seconde menée par l’équipe de Jean-François Viel et Dominique Pobel et publiée par le British medical journal conclue que le risque d’apparition de leucémie chez les enfants du Nord-Cotentin croît avec la fréquentation des plages qui sont à proximité des installations nucléaires de Cherbourg et de la Hague [2].

Une désinformation constante…

Bien entendu les autorités américaine et française, épaulées par une brochette d’experts, remettent en cause la valeur scientifique de ces travaux. Mais comment pourrions-nous donner le moindre crédit à ces démentis officiels lorsque l’on se remémore l’ampleur de la désinformation et des mensonges qui ont accompagné chaque nouvelle catastrophe nucléaire ? Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl explosait. L’État français, par le biais du professeur Pellerin, président du service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), déclare qu’« aucune radioactivité anormale n’a été vue dans notre pays ». Pour expliquer ce miracle on évoque un providentiel anticyclone qui aurait écarté le nuage radioactif de nos frontières. Par la suite, il a été prouvé que le nuage avait traversé à deux reprises la France laissant derrière son passage des « taches de léopard » radioactives comme un peu partout en Europe. Après celles de la Moselle, on vient de « découvrir » l’existence d’une de ces tâches dans la forêt vosgiennes de Saint-Jean-d’Ormont. L’institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) annonce des chiffres oscillant selon des prélèvements entre dix milles et quatre-vingt mille becquerels au mètre carré [3]. Mais quand on sait que cet institut est lié directement au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), on se demande de combien de milliers de becquerels il faudrait corriger ces mesures pour avoir une idée du véritable taux de radioactivité relevé.

…et universelle

Ce manque de transparence des nucléocrates a également été dénoncé par les Japonais à la suite de l’explosion survenue le 11 mars dernier à Tokaimura dans l’usine de retraitement des combustibles nucléaires à une centaine de kilomètres de Tokyo. Il est, à juste titre, reproché aux dirigeants nippons de n’avoir pas tiré les leçons des fuites de sodium qui sont apparues en décembre 1995 dans le surgénérateur de Monju [4].

Plus proche de nous, un alternateur de la centrale de Gravelines est tombé en panne le 8 janvier 1997 [5]. EDF a beau nous expliquer que cet incident n’a pas eu lieu dans la partie nucléaire du site on n’en est pas rassuré pour autant. En effet, c’est loin d’être le premier accident recensé dans cette centrale qui capitalise à elle seule 10 % de la production d’électricité du parc nucléaire français. Parmi les exemples présentés par le Comité stop-Nogent dans un article publié par le groupe boulonnais de l’OCL citons que « le 19 juillet 1995, l’exploitant a constaté qu’une vanne d’eau d’isolement de l’enceinte du réacteur était ouverte, alors que le réacteur était en puissance. Elle avait été ouverte pour le nettoyage lors de l’arrêt de la tranche et aurait dû être refermée le 20 mai. Cette lacune d’organisation n’avait été décelée par aucun contrôle. En cas d’incident radioactif, l’étanchéité du confinement pouvait ne plus être assurée » [6].

Deux ans après l’explosion qui survint à Cadarache dans le réacteur Rapsodie le 31 mars 1994, un rapport commandé par la justice à la direction régionale de la recherche et de l’environnement de Provence-Alpes-Côte d’Azur avait révélé que cet incident était dû à une insuffisance de l’organisation de la sûreté et de la qualité et aux comportement hasardeux des opérateurs [7].

Tant de dysfonctionnements dangereux pour les populations qui n’empêche pas Claude Birraux, député UDF de Haute-Savoie, de proposer d’étudier un nouveau type de réacteur conçu par Carlo Rubbia, prix Nobel de Physique [8] ; ce qui n’empêche pas les responsables de la Chinon d’envisager d’expérimenter à leur tour le mox, combustible fait d’un mélange d’uranium et de plutonium [9] ; ce qui n’empêche pas Franck Borotra, ministre de l’Industrie d’inaugurer à Saclay dans l’Essone une installation qui vise à trier au laser l’uranium 235 de l’uranium 238 [10] ; ce qui n’empêche pas le gouvernement de vouloir remettre en route les surgénérateurs Superphénix et Phénix [11]. Voilà qui nous promet un avenir « rayonnant » !

À moins que le mouvement antinucléaire continue de développer ses offensives. La mobilisation autour du site du Carnet et contre les déchets nucléaires laissent à penser que c’est bien parti !

Christophe Fétat
groupe May Picqueray (Lille)


[1Le Monde, 27 février 1997.

[2Le Monde, 23 janvier et 14 mars 1997.

[3Le Monde, 7 et 20 mars 1997.

[4Le Monde, 13 et 14 mars 1997.

[5La Voix du Nord, 9 janvier 1997.

[6La Mouette enragée, février 1997.

[7Le Monde, 26 janvier 1997.

[8Le Monde, 7 mars 1997.

[9Le Monde, 22 février 1997.

[10Le Monde, 28 février 1997.

[11Le Monde, 16-17 mars 1997.





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