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Chanson

Serge Utgé-Royo

Le jeudi 15 mai 1997.

Loin de « (se) coucher, saltimbanque fini, sur les planches dernières », Serge Utgé-Royo revient pousser son chant par chez nous. Même s’il est difficile de parler d’un retour. Car Utgé-Royo fait partie de la famille, celle qui refuse le « carnaval de feu » et qui sait qu’il faut « saluer, de la main et des yeux, les hommes et les femmes de chaque continent », et dans un coin de notre tète, il y a parfois quelques uns de ces mots qui traînent. « Amis, dessous la cendre, le feu va tout brûler… » ; par ces temps de braise, je l’ai souvent entendu ce refrain dans le magnéto de mon crâne. Serge Utgé-Royo est toujours sur la route, quelque part, entre Liège et Paris, « vivant dans un lit de brouillards », à écrire ou à chanter. « Inexorablement, la vie pointe sa vie » et l’auteur nous apporte ses mots.

Voici donc dans ce printemps quatre-vingt-dix-sept, la sortie de « Cinq cents hivers », fruit d’une collaboration visiblement fraternelle avec Jacques-Ivan Duchesne qui a signé la musique de treize des seize chansons de ce nouvel album de Serge Utgé-Royo. Un album qu’il présentera au public le 28 avril prochain pour un concert exceptionnel sur « les planches salutaires » du Trianon à Paris. Ces planches où Utgé-Royo a besoin de tenir bien debout pour y « dessiner (ses) mots » et venir partager avec ses « compagnons de rimes et de notes » (il était accompagné ce soir-là par Jack Thyssen et évidemment par Jacques-Ivan Duchesne), « des instants merveilleux d’émotion ».

Ses mots, Utgé-Royo les donne à son public. Qu’il s’agisse de la colère ou de l’espoir, de la peine ou de la tendresse, il nous chante qu’« il faudra bien tout partager ». À commencer peut-être par nos « histoires ». Histoires d’enfance, un des thèmes très présents dans ce nouvel album. Ce sont ici « les gamins qui tiraient les sonnettes », mômes qu’on devine sortis tout droit d’une photo de Doisneau, ou d’ailleurs des enfants qui nous rappellent plus la une sanglante d’un quotidien à « la grimace étranglée ». Celle « d’un enfant du désert collé sur un mur blanc, les yeux gris de terreur ». « La vie est une erreur » nous chante Utgé-Royo, une erreur qui nous balance entre « joie distraite » ou « désert des peines ». « Petits bonhommes de la lune », « navigateurs de caniveaux », les enfants y sont un peuple innocent, victime facile du Pouvoir. « Garde-toi, petit homme, de trop nous ressembler ! » prévient Utgé-Royo. À son « petit loup » qu’il berce du côté de Liège, il refile sa tendresse. Et c’est sans doute dans cette respiration dans l’enfance, qu’il puise la force de se tenir « loin des grands troupeaux » et de lutter contre l’oppression. Contre « cet entassement de misère et d’ennui », « cette solitude au milieu des vivants » qu’est la vie de ces « Tristes cités » (une chanson qu’on entendra aussi dans « Un monde sans mal », le prochain film de Med Hondo) ou contre ces Cinq cents hivers d’oppressions qui étouffent les Indiens d’Amérique. « Il fait soleil sur ma planète » mais la lumière n’est peut-être pas si bonne que ça. La vie est une actualité qui passe et trépasse sur le petit écran. Qu’importe ce qui se passe ici ou ailleurs, au Nicaragua ou dans quelque cité anonyme, « la télé bavarde », « les radios matraquent » et « les écrans mornes nous plantent les bornes de nos désirs flous ». « Désirs flous », nos désirs fous, ce sont « (ces) fleurs qui poussent dans (nos) yeux ». « Malgré la mort qui chante sur tous les continents », et justement pour ça, on sent bien, on sait bien qu’il « faut retrouver le temps des escapades », ces « lentes respirations dans le jour qui s’envole », retrouver bien sûr « le temps des cerises venant chaque soir planter la Commune qui ne pousse pas… »

Il y a parfois cette petite musique nostalgique qui effleure le long des textes de Serge Utgé-Royo, parfums d’enfances ou d’insurrections, il y a souvent l’utopie, cet espoir dans le noir, cet éclairage particulier qui fait que l’on se tient debout un peu plus droit, il y a toujours cette ferveur qui fait la force de son chant, un chant où les mots, la poésie, la musique sont des armes de résistance. Quand la chanson s’arrête, quand le spectacle est fini et quand tombe le rideau, alors « c’est l’instant de se faire des signes ». C’est à ce moment là, qu’on se prend à rêver Camarade que « cinq cents hivers » annonce dans la clameur de nos voix mélangées mille printemps.

Pascal Didier


Cinq cents hivers (16 nouvelles chansons).
CD en vente à la librairie du Monde libertaire
126 F (+12 F de frais de port, par correspondance).


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