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Aucun changement à attendre des urnes !

Le jeudi 29 mai 1997.

Mise en demeure de bien vouloir exercer ses droits démocratiques, la population française a donc voté comme elle a pu, sans enthousiasme, et dans le désordre. Aucun parti n’a réellement recueilli un franc succès et les gueules soucieuses des leaders politique traduisent parfaitement leur malaise face à cette perte de crédibilité générale de la démocratie dite représentative qui, à chaque scrutin, se défait un peu plus.

Le nombre toujours croissant d’abstentionnistes marque parfaitement cette défaillance. Mais parions que les futurs élus oublieront bien vite cette réalité lorsqu’ils iront s’asseoir sur les bancs de l’Assemblée nationale. Ils auront l’impression d’avoir le pouvoir en toute légitimité et agiront en conséquence, même s’ils ne représentent qu’une minorité d’électeurs. Ce qui ne manquera pas de leur procurer quelques déconvenues dans les mois et années à venir.

S’ils contestent le bien fondé de ces grands rendez-vous électoraux, les anarchistes sont bien obligés de faire avec les rapports de force qui se recomposent à ces moments puisque ça marche encore comme ça et que cela s’impose à tous. D’où la tentative qui suit de faire le point sur l’état des forces électorales actuelles.

La droite contestée

Il est clair que la droite aura été malmenée et qu’elle se trouve en situation périlleuse avant le deuxième tour. Chirac, Juppé et les autres sont sûrement agacés par la chose mais ils l’ont voulu et s’attendaient certainement à quelques coups de bâton. Ils ont néanmoins quelques cartes dans leurs manches et espèrent qu’après un premier tour défouloir les forces de droite sauront se rassembler pour sauver l’essentiel, à savoir le pouvoir.

La fragilité de leur position peut faciliter une mobilisation de certains abstentionnistes et inciter une partie de ceux qui ont voté FN à estimer qu’il faut coûte que coûte empêcher les communistes d’avoir des ministres. Mais si cela peut faire sourire chez nous, cela marche encore bien dans les milieux réactionnaires comme ceux de De Villiers, qui ont la prétention d’être à eux seuls « la France ».

Le FN dernier rempart du capitalisme

Le FN fait le score annoncé par les derniers sondages connus, sans plus. Ce n’est pas une surprise que de le voir se maintenir au second tour là où il le peut car il structure des couches sociales qui voient leurs positions et situations économiques se détériorer irrémédiablement. Leur rejet des évolutions actuelles de la société est total et radical.

Il n’y a pas à être étonné ni scandalisé par l’existence de ce courant fascisant. C’est une sorte de contre révolution préventive, produite et issue du capitalisme pour tenter de prendre de vitesse l’émergence d’un mouvement social rejetant toute forme de domination et proposant des perspectives libertaires.

La multiplication de conflits radicaux et de faits sociétaires à caractère antiautoritaire le révèle et imprègne toute la société sans qu’une alternative ait encore pu se doter d’une expression politique propre. Pour le moment, le FN profite du désarroi ambiant et du rejet des organisations politiques institutionnelles. Son verbiage outrancier et prétendument radical trouve aussi un écho auprès de couches populaires excédées par les pressions économiques qu’elles subissent. Le FN ne pourra être combattu efficacement que par l’affirmation de pratiques sociales à caractère émancipatrice et révolutionnaire, et non pas par les discours démagogiques et moralisateurs que ne vont pas manquer de tenir la droite comme la gauche pour essayer de faire voter utile au second tour.

Une gauche à la recherche de crédibilité

Les socialistes et leurs vassaux directs voient leur part de marché augmenter sans pour autant qu’une vague rose n’apparaisse à l’horizon. S’ils profitent quelque peu de leur situation d’opposants, il est évident que la confiance en leurs capacité à changer les choses est loin d’être acquise pour l’électorat.

Le PS va devoir ramer pour rassembler les forces de gauche et apparaître comme un fédérateur crédible à exercer le pouvoir. Quel va être le programme minimum permettant de dégager une majorité potentielle à l’Assemblée ?

Le PC maintenant cahin caha ses positions a-t-il les moyens de s’engager totalement dans une union avec le PS où les risques de se discréditer dans l’exercice du gouvernement seront rapides et pourraient provoquer une chute irrémédiable de son emprise sociale déjà très fragile. L’apport des différentes petites formations de gauche dissidente (MDC, GAE, etc) comme celle des écolos et de l’extrême gauche sera indispensable sans que pour autant aucune ne soit en capacité de peser réellement sur le contenu de l’alliance. Les Verts n’auront joué que comme faire-valoir du PS et n’auront aucunement profité du marchepied qu’ils pensaient employer pour exister. Ils ont sont pieds et poings liés aux intérêts des socialistes. Personne n’en est dupe.

Une fois de plus les gesticulations et velléités à jouer dans la cour des grands de LO ou de la LCR auront montré leur stérilité et leurs résultats électoraux marquent l’impasse dans laquelle ils se sont eux-mêmes enfermés.
Le changement se construit dans les luttes

S’il y a des perspectives révolutionnaires réelles aujourd’hui, ce n’est pas en essayant de jouer sur les franges de l’électorat de gauche qu’elles peuvent se cristalliser. Il s’agit de s’appuyer sur la radicalité sociale qui se dégage des luttes et cela nécessite de se positionner clairement en dehors du jeu politique électoral. L’abstention révolutionnaire n’a jamais autant été une nécessité.

Est-ce un hasard si à droite comme à gauche on reconnaît que le sens premier de ce scrutin réside dans le fait que « les Français veulent un grand changement ». Les anarchistes pensent que c’est d’un grand chambardement dont nous avons besoin et que cela est exprimé de plus en plus clairement chaque jour !

Il est probable que la majorité de gauche ou de droite qui se dégagera du second tour sera faible et fragile. En clair cela veut dire que pendant cinq années nous aurons à affaire avec un président sorti affaibli de cette élection. Nous subirons aussi un ou des gouvernements qui devront louvoyer entre les différents groupes de pression électoraux et économiques, ce qui ne va pas manquer d’être difficile.

Cette situation va obliger le pouvoir à vouloir de plus en plus imposer de fait et par la force ses choix politiques et provoquer une hausse des tensions sociales. À la multiplication des mouvements de grève le pouvoir opposera la force, la violence, la répression policière. Les anarchistes auront a articuler leurs propositions autogestionnaires et révolutionnaires avec les révoltes qui s’expriment actuellement et qui vont se développer. Dans les mouvements sociaux et avec notre propre lecture des événements, nous sommes en capacité d’être en phase avec les revendications et aspirations à plus de justice sociale qui sourdent de tous les côtés.

Bernard
groupe Déjacque (Lyon)


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