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Avec ou sans palme

Rencontres et ouvertures

Le jeudi 29 mai 1997.

La liste est longue… Il y a des oubliés, Haneke par exemple. ses « Funny games » sont une réflexion remarquable sur la violence. Deux gamins aux manières impeccables, gantés de blanc s’introduisent chez des gens très bien pour les torturer sans raison et les expédier dans l’autre monde de la façon la plus atroce. Mais la violence reste hors champ. Nous ne voyons pas ce qu’ils font, nous ne voyons que le résultat. Car pour Haneke, il s’agit de faire réfléchir le spectateur sur sa propre manière de réagir à la violence et à sa représentation. C’est terrifiant, tellement c’est intelligent.

Une violence sourde grogne également dans La Vie de Jésus. Là aussi, on voit plutôt l’effet que les coups ou les violences faites à d’autres. Pourquoi ce titre ? Parce que cette bande de jeunes, perd un copain, malade du sida au début du film. Et qu’il est très clair que tous aimeraient le ressusciter, tel Lazare. Et puis il y a la copine du personnage principal qui devient telle Marie-Madeleine un personnage contesté dès qu’elle manifeste ses goûts pour une autre personne. Ne devient pas Jésus qui veut. Le film est terrifiant de radicalité. Il montre sans pointer du doigt. Toute une jeunesse rurale, folle de mobs trafiquées est observée, filmée dans une intimité rarement vue au cinéma. Ce n’est pas un film pour le prime time de nos chaînes frileuses, ni pour la séance familiale de ciné, le dimanche. Après de longues discussions (qu’on imagine animées) La Vie de Jésus, première réalisation de Bruno Dumont, a obtenu la « mention » du jury de la caméra d’or. Le film a déjà obtenu le prix Jean Vigo pour l’année 1997.

Une rage violente anime aussi la brillante réalisation de Brigitte Roüan, qui travaille dans son deuxième long métrage (qu’elle interprète et qu’elle dirige) les douleurs intimes et variables que produit la fin d’un grand amour. Film de clôture de la section « Un certain regard », il a surpris par son dosage d’humour le plus cocasse et son désespoir profond. Elle perd les pédales et sombre corps et âme, mais sa personnalité renaîtra grâce à l’affection profonde du réseau d’amitié, tissé auparavant. « Post coïtum, animal triste… »

Brigitte Roüan est pied-noir d’Algérie, comme Dominique Cabrera qui réalise avec L’autre côté de la mer son premier long-métrage. Brigitte Roüan montre dans une petite scène la compassion fraternelle d’un bistrotier arabe avec notre héroïne. C’est quelque chose de l’ordre du vécu qu’on ne peut oublier. Saviez-vous que les accords d’Évian ont permis aux Algériens d’ouvrir des cafés ?

Dominique Cabrera travaille la mémoire douloureuse d’être quelque part et de ne point pouvoir y retourner. Brasseur incarne le pied-noir resté à Oran, alors que toute la famille est partie en 1962, avec l’indépendance de l’Algérie. Avançant sur la pointe des pieds, c’est un film tendre sur un désir complexe, un film violent quand les droits, les affaires, le commerce sont à négocier. À mille lieues du cinéma d’un Arcady, faisant du pied-noir le parrain potentiel des colonies françaises de peuplement, le film raconte la rencontre probable entre un ophtalmo algérien, né en France (Roschdy Zem), ne parlant pas l’arabe et un pied noir, né en Algérie, parlant l’arabe ; leur amitié signifie rencontre et approche de l’autre.

Pour les sans-papiers aussi une rencontre importante a eu lieu. D’autres réalisateurs, d’autres pays prendront le relais. Pour commencer, le film des sans-papiers sera diffusé dans tous les pays d’Afrique et du Maghreb.

Heike Hurst
émission Fondu au Noir (Radio libertaire)


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