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Nice, laboratoire de la droite extrême

Le jeudi 12 juin 1997.

Deux jours avant le premier tour des législatives anticipées, Jacques Peyrat, maire RPR et ex-FN de Nice, déclarait que « les jeunes sont tous des alcooliques ou des drogués » et que l’on pouvait compter sur lui pour « continuer à nettoyer la ville ». Ambiance ! Dès le lendemain, le samedi 24 mai au soir, les policiers de la cinquième ville de France mettaient en pratique le programme d’un candidat qui tient ses promesses !

Le vieux Nice, haut lieu de la vie nocturne niçoise connaît ce soir-là une certaine affluence. Place du Palais de justice, on se croise, en couple ou en famille, certains sortent des restaurants, d’autres arrivent à peine, tandis qu’une centaine de badauds font cercle autour d’un camion d’où s’échappe de la musique. Il est minuit. Deux îlotiers font leur apparition et demandent aux auteurs du happening musical de débrancher leur matériel en raison des plaintes de riverains. Les jeunes obtempèrent. Quelques sifflets sont lancés par les spectateurs. Les gens commencent à se disperser et à rejoindre les bars proches.

Minuit cinq. Toutes sirènes hurlantes, trois voitures de police et un panier à salade surgissent sur la place. Sans la moindre sommation, deux maîtres-chiens lâchent leurs molosses. C’est la panique. Les coups de matraques pleuvent. Un jeune est jeté dans la fontaine toute proche. Un policier sort son arme et braque les passants effarés. Un témoin de la scène se fait casser son appareil photo. S’ensuivent quelques interpellations. Les forces de l’ordre repartent ensuite aussi rapidement qu’elles sont arrivées. Ne restent sur la place que des gens en état de choc dont une dizaine de blessés. Accompagnés d’amis ou de simples témoins, les blessés se rendent par petits groupes à l’hôpital Saint-Roch. Alors que les blessés attendent de recevoir les premiers soins, les forces de l’ordre interviennent de nouveau dans l’enceinte des urgences. Sans répondre à leurs demandes d’explications, les policiers entraînent les blessés à l’extérieur et se livrent à de nouvelles brutalités. Menottés et plaqués au sol, roués de coups, tous sans distinction sont victimes de l’acharnement gratuit des « gardiens de la paix ».

Au total, une quinzaine d’interpellations, suivies de huit gardes à vue. Quatre jeunes gens seront incarcérés une semaine avant d’être jugés le lundi 2 juin. Entre-temps, les familles auront reçu toutes sortes de pressions afin que l’affaire ne soit pas médiatisée entre les deux tours des législatives. En effet, une vidéo amateur est venue sérieusement remettre en question la version de la police. Là où les fonctionnaires parlent d’une « émeute », de « hordes sauvages » et d’un « début de lynchage », la vidéo montre « un policier [qui] parle dans un émetteur, entouré de gens aux allures tranquilles ». [Le Monde du 5 juin 1997.]

Lors du procès qui dura quatre heures, le tribunal a refusé de visionner la vidéo. Les policiers n’ont cessé de se contredire sans que cela émeuve le président du tribunal. De nombreux témoignages ont dénoncé les violences policières. Celles-ci se sont poursuivies au commissariat où un agent a avoué avoir été obligé d’intervenir alors qu’un de ses collègues passait à tabac une jeune femme. Un riverain, qui s’était plaint du bruit, est venu spontanément témoigner de la brutalité de l’intervention policière, sans commune mesure avec l’attitude des jeunes qui se dispersaient. Les agents de garde au commissariat central ont refusé d’enregistrer les plaintes des victimes. Celles-ci ont été menacées. Une jeune fille a été arrêtée lors de son dépôt de plainte.

Au final, la justice est restée solidaire de ses cerbères. Condamnés pour « outrage et rébellion », les deux garçons incarcérés ont écopé d’un mois avec sursis. Les deux filles, présentées comme les « meneuses », répondaient également de « provocation à la rébellion », et ont pris trois mois avec sursis. À cela, il faut ajouter plusieurs dizaines de milliers de francs d’amende de dommages et intérêt pour les six policiers qui ont porté plainte et le syndicat national des policiers en tenue, qui s’était constitué partie civile.

À Nice, le FN n’a pas besoin d’avoir la mairie, il a déjà gangrené la plupart des esprits.

Davidgroupe de Nice


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