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Hersant : tango ou jerk ?

Le jeudi 19 juin 1997.

Il y a quelques années boulevard Blanqui, au siège des syndicats du Livre parisien, c’était la fête : Roger Lancry, secrétaire du Comité intersyndical recevait la légion d’honneur et certains trouvaient ça bien. Un représentant de la section des rotativistes salua l’impétrant au nom des siens soulignant le rôle de Lancry dans « la lutte contre les anarcho-syndicalistes à la fin des années cinquante ». Certes, on peut s’interroger sur le sens donné à ce courant du mouvement ouvrier dans la bouche d’un permanent syndical, mais plus encore voir là l’affirmation des rotativistes parisiens à être à l’avant-garde de la ligne majoritaire de la CGT…

Pourquoi ce rappel plus anecdotique qu’historique ? Parce que le mois dernier est apparue au sein des syndicats du Livre parisien une « coordination » qui regroupait la section rotativiste des sections NMPP de la distribution-routage et le syndicat des correcteurs. Certes, ce qui reste du Comité intersyndical du livre parisien (le syndicat général du livre, la chambre typographique parisienne et le syndicat des correcteurs) ne fonctionne pas très bien tant les divergences tactiques sont profondes mais pourquoi ce rapprochement ?

Pour légitimer ces rapports « contre nature » entre les ex-champions de la ligne confédérale et les ex-enfants terribles de la fédération du Livre, n’y aurait-il pas une sorte de poujadisme ouvrier ? S’il faut en croire les gazettes, le syndicat des correcteurs se serait retiré en sa tour d’ivoire et entendrait mener seul sa barque dans la tourmente actuelle…

Chronique d’un désastre syndical : de Villin…

Pour essayer de comprendre la situation actuelle il faut en revenir à Philippe Villin et à son arrivée à la tête du groupe Hersant il y a quelques années. Le jeune énarque entré dans le monde de la presse comme à la tête d’une fabrique de boîtes de conserves, n’aura bien sûr qu’une seule idée en tête : faire des économies pour gagner plus. C’est sous son commandement que le groupe fermera la plupart de ses imprimeries en province pour implanter le « tout-Paris », c’est-à-dire à un pas de Roissy, dans la luxueuse imprimerie de Roissy-Print. Mais plus que dans cette opération où il sût habilement jouer sur les oppositions entre Paris et la province, il y eut (il y a encore) son fameux « plan » auquel son nom est accolé à celui de Carignon, ministre à l’époque. Appliquant aux ouvriers du Livre le traitement « dockers », il déclarait la profession en voie d’extinction pour cause de modernisme et avec l’aide des deniers de l’État envoyait en préretraite dorée les derniers représentants de l’aristocratie ouvrière.

Le jeune homme Villin avait un allié bougrement bien fourni : la modernisation. L’arrivée de la PAO dut être accueillie à genoux, en transes, par les patrons de presse. Un nouveau matériel permettait de se passer du monopole des ouvriers du Livre, de ne leur laisser qu’un minimum de postes. Même de les mettre en concurrence directe avec les secrétaires de rédaction, et encore plus de semer la discorde dans leurs rangs en leur indiquant la seule chance de survie, changer de statut, quitter l’enveloppe ancestrale du livre pour entrer dans les salles de rédaction. C’est bien sûr le discours patronal mais d’une manière cruellement objective, c’est l’avenir, et la réponse syndicale n’a été que catégorielle. Chacun in petto pensant rester dans le « nouvel âge » mais proférant un discours unitaire.

… à Chaisemartin, pour aller où ?

Bien sûr Villin a été viré pour avoir voulu disposer des sous de vieux Bob mais avec Yves « Johnny Walker » de Chaisemartin les problèmes perdurent. Faut-il prendre à bras le corps les problèmes techniques ou installer une guerre de tranchées. Maginot ? Au C.E. de France-Soir, Chaise présente le plan social avant de préciser techniquement le projet d’un nouveau France-Soir, à l’attention des ouvriers du Livre, il ne concrétise pas le positionnement des secrétaires techniques et à son entourage immédiat, il parle du naufrage du Titanic. Naufrage s’il y en a un, ce sera celui des ouvriers du Livre qui depuis le conflit victorieux du Parisien libéré dormaient sur leurs oreilles. Mais la fée informatique les a dépassés et l’état actuel des forces syndicales à France-Soir ou ailleurs ne laisse pas espérer autre choses que déceptions et virage à 180°. Quo vadis CGT ?

Sitting Bull


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