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Lyon

TEO : Tunnel de l’escroquerie organisée

Le jeudi 4 septembre 1997.

L’été lyonnais aura été marqué par TEO. Entendez par là Transversale Est-Ouest, mais la population l’a rebaptisé comme l’indique le titre. C’est que derrière ce sigle se cache une embrouille de première sous prétexte de fluidifier la circulation urbaine par une autoroute urbaine à péage.

En 1989, Michel Noir, maire de Lyon et président de la communauté urbaine de Lyon (COURLY) s’acoquine avec Bouygues, maître d’œuvre d’un groupement concessionnaire de TEO, dans lequel se retrouvent par ailleurs Dumez, GTM et le Crédit Lyonnais. Michel Mercier, président du Conseil général (toujours en poste contrairement à Michel Noir) engage financièrement le département.

Si l’utilité de cette autoroute est contestable du fait que ce n’est pas dans le sens Est-Ouest que les flux de circulation sont les plus importants, l’avantage est qu’il était très vite réalisable parce que souterrain et dans une zone peu urbanisée, limitant ainsi les risques d’opposition des riverains.

L’affaire devient très vite un gouffre financier, passant de 3,887 milliards de francs à plus de 6 milliards aujourd’hui. La participation des collectivités publiques (Conseil général et COURLY) gonflent de 824 millions à 3,114 milliards de francs, soit plus de 52 % du coût global ! Un vrai scandale pour une concession dite « privée ».

22 juillet 1997, Raymond Barre, nouveau calife, juge inutile d’inaugurer en fanfare l’ouverture de TEO au public. Il n’a pas tort puisque des bouchons jamais vus à Lyon se produisent ce jour là.

Lyon en ébullition

Les Lyonnais découvrent que TEO est une vaste opération de racket organisé par le simple fait que le contrat prévoit le rétrécissement à une voie de tous les axes habituels de circulation entre l’Est et l’Ouest, obligent de fait les automobilistes à emprunter TEO. De plus tous les panneaux indicateurs sont modifiés de telle sorte que même les chauffeurs de taxis se retrouvent face à un péage sans l’avoir voulu.

Aux prémisses de la révolte qui gronde, Barre répond en dégageant toute responsabilité dans la signature du contrat (il était député du Rhône à l’époque) et fait procéder à quelques modifications des accès de TEO et de la signalisation. Fin août, il fait distribuer 300 000 dépliants aux automobilistes pour expliquer le mode d’emploi de TEO et les moyens de l’éviter. L’heure de vérité approche. TEO ayant ouvert en été, la circulation était moins dense mais avec la rentrée massive des salariés et des scolaires, personne ne sait vraiment ce qui va se passer.

Le « Collectif pour la gratuité, contre le racket » entend intensifier son action toute la semaine du 1er au 6 septembre. Chaque jour de 7 h à 9 heures et de 17 h à 19 heures tous les péages d’accès à TEO seront occupés et la gratuité sera imposée par les militants du collectif. Une pétition circule et a déjà recueilli plus de 35 000 signatures sur l’agglomération. Les courriers affluent par centaines chaque jour au siège du collectif.

L’opposition au péage s’est organisée début août et la Fédération anarchiste a été présente dès le début sur les « opérations péage gratuit », d’abord de manière autonome (tracts, autocollants, banderole) puis au sein du collectif. La CGT et la CFDT ont assuré l’approvisionnement en tracts du collectif et leurs militants étaient sur le terrain. Le collectif s’est structuré très vite et toute association y est admise sauf l’extrême droite. Seul le PS ne s’y retrouve pas puisqu’il défend le principe du péage même s’il admet que TEO est un peu cher.

Bien entendu les contradictions internes du collectif sont nombreuses à propos des notions de gratuité, de collectivités publiques, de processus décisionnels dans le choix des infrastructures collectives, etc. Mais l’ampleur de la contestation est telle qu’elle dépasse largement les clivages politiques et impose à tous la coordination dans l’action. Le fonctionnement n’est donc pas unitariste mais plutôt fédéraliste.

L’affaire TEO joue aussi comme catalyseur pour de nombreuses associations contestant des projets autoroutiers ou proposant la réouverture des réseaux ferrés abandonnés, la circulation à vélo… les rencontres se multiplient initiant un débat tendant à stigmatiser tout un fonctionnement sociétaire. Chacun se rend compte que les élus (même si ceux de gauche avaient contesté TEO dès 1989) ne servent pas à grand chose et qu’il faut une mobilisation sociale pour faire bouger les choses.

La Fédération anarchiste entend bien intervenir en proposant des analyses et des perspectives dans une lutte qui ne fait sans aucun doute que commencer. Nous nous y préparons.

Samedi 6 septembre une manifestation est prévue qui permettra de mesurer l’ampleur de la mobilisation contre le péage. Bien entendu nous en rendrons compte.

Bernard
groupe Dejacque (Lyon)


Collectif pour la gratuité, contre le racket : CCO, 39 rue Courteline, 69100 Villeurbanne.


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