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Les Maîtres-auxiliaires toujours en lutte

Le jeudi 18 septembre 1997.

Quels sont donc les objectifs de ces actions conduites depuis bientôt un an par la Coordination nationale des non-titulaires de l’Éducation nationale ? Ils se résument simplement : obtenir tout de suite le réemploi et la garantie d’emploi des personnels embauchés sous des contrats précaires par l’Éducation nationale dans les années antérieures, y compris ceux qui ont été oubliés lors des dernières rentrées scolaires ; et, dans un second temps, maintenir une pression sociale suffisante afin d’imposer à l’État-patron la titularisation de ces derniers sans concours ni discrimination de nationalité.

Le nombre des personnes employées par l’Éducation nationale sous statut précaire s’élève aujourd’hui à plus de quatre-vingt mille (40 000 maîtres auxiliaires, 8 300 vacataires enseignants, 26 000 travailleurs non enseignants, les techniciens, ouvriers et divers personnels de service, qu’on désigne communément au moyen du joli sigle d’ATOSS, et environ 1 100 instituteurs suppléants).

Concours, quand tu nous tiens…

L’Etat-patron utilise les facilités que lui offre le système pour embaucher du personnel au statut précaire et aux droits et salaires minorés ; le constat de la différence de salaire entre un professeur titulaire débutant, payé à peu près 10 000 FF, et un jeune maître aux’, qui touche 6 500 FF, peut sans doute faire perdre son sang-froid à quelque ministre des Finances que ce soit, même de gauche.

Les moyens pour s’opposer à une telle politique ne sont guère mystérieux : si le patronat cherche à diviser les salariés à l’aide de statuts et de rémunérations différenciés multipliés à l’infini, en application du vieux principe des maîtres qu’il faut diviser pour régner, les militants syndicalistes s’ingénient (devraient s’ingénier) sans cesse à réduire au minimum ces différences afin d’atténuer le plus possible les conséquences de la concurrence que le système du salariat engendre parmi les travailleurs. Mobiliser le maximum de salariés du secteur s’impose donc, en tentant d’unifier leurs revendications au-delà des différences de statut.

Or on observe (et la Coordination nationale des non-titulaires, composée des collectifs des vingt-six académies, ne se lasse pas d’en faire la remarque) que telle n’est pas l’orientation des syndicats d’enseignants, les gros, ceux qui pèsent lourd et qui sont fédérés à la FEN ou à la FSU.

La Coordination ne reçoit une aide et une solidarité militantes effectives que de Sud-Éducation et de la CNT qui ont fait sa plate-forme. D’autres organisations syndicales comme la CGT, le SGEN-CFDT et FO déclarent soutenir la plate-forme de la Coordination mais sans s’impliquer réellement dans la lutte.

Ce qui retient les gros syndicats d’enseignants de s’associer à cette plate-forme, c’est qu’on puisse titulariser des personnes à des postes de professeur ou d’instituteur sans qu’elles passent et réussissent un concours. Pourtant quelques dizaines de milliers de ces hors-concours enseignent effectivement depuis cinq, dix, treize ans parfois. Cela n’est, apparemment, pas suffisant pour prouver leur qualification et leur savoir-faire ! Même si, dans un passé pas trop lointain, en 1968, 1974 et 1983, des plans de résorption de l’auxiliariat furent mis en œuvre ; même si, à la suite de ces titularisations, environ un tiers des actuels titulaires l’aient été sans concours, dont certains occupent des postes de responsabilité importants dans la FSU.

Le respect, par la majorité de la gauche française et ses alliés syndicaux des sacro-saintes règles de la fonction publique a permis et permet encore à l’Etat-patron d’embaucher des personnels, de les faire travailler longtemps à un tarif moindre et sans les garanties même des autres salariés.

Entrevues au ministère

Les pressions constantes et diverses, comme par exemple la marche organisée de Blois à Paris à la fin août, permirent à la Coordination d’être reçue récemment au ministère.

Le 29 août, les représentants des non-titulaires rencontrèrent une délégation de « techniciens », conduite par Alain Geismar, dont le volontarisme révolutionnaire de Mai 68 s’est bien émoussé, qui informa les porte-parole que les précaires de l’Éducation nationale auront l’obligation d’accepter tous les postes qui leur seront proposés (par exemple, des maîtres aux’ pourront être affectés à des emplois de surveillant) sous peine d’être expulsés des listes !

Après que les non-titulaires eurent exigé de rencontrer des « politiques », une entrevue fut organisée, le 1er septembre, avec le ministre délégué au Personnel et à la Scolarité, Ségolène Royal.

Les réponses ministérielles aux revendications des non-titulaires montrèrent quelque incohérence et beaucoup d’embarras. « La concertation doit continuer », souhaita Mme Royal avant de répéter que les principes devront être maintenus, ce qui impliquerait, affirma-t-elle, des concours de titularisation. S’agissant des instituteurs, l’engagement fut pris que tous les suppléants en poste en 1996-1997 seront réemployés et huit cents postes d’instituteurs suppléants créés ; en revanche, continua la délégation ministérielle, les instituteurs suppléants au chômage l’an dernier n’auront pas de poste.

« Trente-cinq mille maîtres auxiliaires sont réembauchés », assura Mme le ministre. Pourtant, poursuivit-elle, « n’imaginez pas que trente-cinq mille maîtres auxiliaires seront titularisés du jour au lendemain… C’est un fait que les concours ne sont pas parfaits, et peut-être même non judicieux. Il faudrait peut-être voir quelle serait la procédure la plus intelligente, afin de reconnaître le mérite, prendre en considération l’ancienneté, la notation, la formation professionnelle, les rapports des chefs d’établissement. Mais attention, je serais irresponsable si je disais que tous les maîtres auxiliaires seront titularisés sans exception. Une procédure exceptionnelle pourrait être mise en place pour ceux qui donnent satisfaction. Et l’ouverture de négociations pour un plan de titularisation est possible assez vite. Un minimum de deux ans d’ancienneté pourrait être requis. ».

Enfin, en réponse à une question lui demandant quelle forme concrète pourrait prendre cette « procédure exceptionnelle », Ségolène Royal émit hypothèse d’une loi votée par l’Assemblée nationale.

Dans les jours qui suivirent, Allègre déclara à qui voulait l’entendre qu’il n’y aurait pas de titularisation sans concours…

Incohérences, désinformation ? Les militants de la Coordination sont, en tout cas, décidés à ne pas laisser retomber la pression : dès le 17 septembre, chacun des collectifs d’académie organisera en même temps, sur tout le territoire national, des manifestations et des actions diversifiés ; ils peuvent, dans cette lutte, compter sur la solidarité des libertaires.

Informations recueillies par J. Toublet


Collectif parisien des non-titulaires de l’Education nationale. c/o Sud-Education. 30, rue des Boulets, 75011 Paris. Tél : 01 44 64 78 96.


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