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Mobilisation contre la Fête Bleu Blanc Rouge

Contre le fascisme : égalité économique et sociale !

Le jeudi 25 septembre 1997.

Le samedi 27 septembre se tiendra, comme chaque année, la fête Bleu Blanc Rouge du Front national. Alors que cette fête est le rendez-vous annuel de l’extrême droite, cette année, plus de 60 organisations politiques et syndicales de gauche ont lancé un appel à manifester en guise de protestation, le même jour à Paris. S’il peut être tout à fait louable de vouloir affirmer son opposition au FN, on peut s’interroger sur l’ampleur donnée à une telle mobilisation dans le contexte de l’arrivée récente d’une gauche dite « plurielle » au pouvoir.

Alors que les années précédentes cette fête ne provoquait que les réactions de groupes antifascistes radicaux et de Ras l’Front, cette année il semble que ce soit du PCF qu’est partie la mobilisation. Une mobilisation à grand coup d’appels à la « fibre antifasciste », conférence de presse à l’appui en direct du siège de la fédération parisienne du PC. Comment oublier alors que dans le même temps cette gauche « plurielle » néglige, en parlant de simple symbole, d’abroger les lois Pasqua-Debré, que les sans-papiers sont toujours en lutte et que leur situation n’a pas avancé d’un pouce.

Il n’est peut-être pas étonnant de voir les composantes du gouvernement actuel les plus malmenées par leur base, les plus disposées à cadenasser les revendications sociales, tenter de nous refaire le coup de « l’épouvantail » avec le FN. La manœuvre est une nouvelle fois bien simple, la gauche au pouvoir tente de faire oublier ses responsabilités dans la montée du fascisme et la diffusion des idées réactionnaires et sécuritaires en focalisant toute l’attention sur le FN. Bien loin d’un sincère combat antifasciste, les objectifs des appareils politiques liés au pouvoir sont bien de détourner l’attention du travail de sabotage social qu’ils poursuivent et de trouver une nouvelle échappatoire dans la simple lutte antifasciste. Conscients de leurs intérêts, ils préfèrent tenter de détourner le risque de mécontentement social dans la lutte contre le FN. Jospin a bien choisi ses amis et ceux-ci le lui rendent bien. Ses alliés, PCF et Verts mais aussi ses propres relais comme le MJS et SOS Racisme ou encore une extrême gauche, incarnée par la LCR et les collectifs Ras l’Front, en mal de strapontins politiques et souhaitant favoriser la réussite du gouvernement, sont bien là pour donner « du grain à moudre » au bon peuple de gauche et faire du FN le seul responsable de la propagation du fascisme.

Aujourd’hui, il y a certes urgence à stopper la diffusion des idées réactionnaires et la montée de la peste brune qui s’appuie sur la faillite de ce système économique, sur la peur sociale, la misère et la précarité.

Mais depuis vingt ans, les gouvernements de gauche comme de droite ont assuré la restructuration du capitalisme liée à la mondialisation de l’économie. Une restructuration effectuée sur le dos de la grande majorité de la population pour les profits de quelques uns ! Le résultat est bien simple à voir autour de nous : une misère sociale croissante, des millions de chômeurs, de précaires et, face à tous ces maux, une politique du bouc émissaire qui fait « recette ». Les gouvernements successifs ont élaboré un véritable arsenal législatif anti-immigrés et multiplié les discriminations vécues au quotidien, légitimant ainsi un véritable racisme d’État. Cette mise en place d’une démocratie de plus en plus « blindée » a favorisé le développement du FN et la banalisation de ses idées. Aujourd’hui le gouvernement Jospin est bien déterminé à continuer le sale boulot, loi Chevènement à l’appui. Comment défiler alors à l’appel de ceux qui sont en grande partie responsables de la dégradation sociale, de la banalisation du fascisme et qui font tout aussi bien que Pasqua et Debré ?

Stopper cette fascisation de la société et la montée du FN ne pourra se faire qu’en retrouvant espoir dans le futur, en développant un projet de société basé sur l’égalité économique et sociale qui ne laisse pas le FN comme seule alternative à la situation actuelle. C’est aux causes de la misère sociale qu’il faut s’attaquer en développant un antifascisme conséquent, antiétatique et anticapitaliste. Le mouvement de novembre-décembre 1995 a exprimé massivement le refus d’une société construite sur l’inégalité et la misère. C’est ce combat qu’il faut continuer en remettant au goût du jour une réelle solidarité de classe, en auto-organisant nos luttes et en refusant les manipulations/récupérations électoralistes. C’est bien en construisant un mouvement social d’ampleur, porteur d’un projet sociétaire que nous ferons barrage au fascisme et retrouverons confiance dans l’avenir.

Le FN ne se détruit pas par de grandes messes antifascistes, portées par de sombres calculs politiciens, le jour de son habituelle fête annuelle, mais par la lutte quotidienne et un projet social crédible répondant aux besoins et aux aspirations de toutes et tous.

David
groupe Durruti (Lyon)





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