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Recomposition syndicale dans l’Éducation

Le jeudi 25 septembre 1997.

Dans le secteur de l’Éducation, les rencontres de Rennes, fin août 1997, des syndicats SUD, SDE (Syndicat des enseignants — syndicat alternatif du Finistère) et PAS (Pour une Alternative syndicale), ont été un épisode important de la construction d’une alternative syndicale. Il y a été question de la construction de la fédération SUD-Éducation et ces journées étaient considérées comme une Université d’été plutôt que comme une Réunion nationale décisionnelle.

Pour le Monde Libertaire, Philippe du PAS 38 a bien voulu, à titre d’information, répondre à nos questions.



M.L. : Qui êtes-vous ?

Philippe : Nos syndicats se retrouvent sur le champ de l’alternative aux centrales bureaucratiques sans avoir ni suivi la même histoire ni placé leurs exigences aux mêmes niveaux. Pour les uns, l’action reste prépondérante, sans souci apparent des modes d’organisation, pour d’autres, les débats sur le fonctionnement d’une alternative syndicale au plan national ont été manifestement placés au centre.

La mise en place de l’ordre du jour a été symptomatique : fallait-il débattre en priorité de la sortie du journal, de la marche des M-A, des actions en cours, etc. ou plutôt prendre un moment pour analyser les convergences de fonctionnements et de projets syndicaux ? Et comment concilier ces deux pôles sans exclusive ?

Les âges des différentes structures n’étaient probablement pas innocents : la dénomination PAS existe depuis 1990, SDE depuis 1992 et SUD-Éducation est issu du mouvement de décembre 1995. Le PAS, dans l’Isère, travaille avec SUD-PTT depuis le début, sans avoir pu vraiment essaimer au travers des départements. Aujourd’hui il y a inflation sur le sigle SUD (sans déferlante toutefois). Mais cette inflation n’est pas maîtrisée : les structures SUD naissent sans cohésion, avec des bases parfois différentes, uniquement sur une image et un sigle porteur. La caractéristique commune de nos syndicats étant peut-être de s’identifier comme intégrés aux mouvements sociaux sans prétendre à les diriger… mais est-ce vrai pour tous ?

M.L. : Sur quoi avez-vous trouvé un accord ?

Philippe : Un principe fédérateur est apparu à Rennes : l’assemblée générale souveraine comme principe fondamental de fonctionnement dans le syndicat, posé comme obstacle à toute mise en place d’une bureaucratie élue et irrévocable hors du congrès. C’est bien normal car tous nos syndicats sont nés d’un rejet des bureaucraties syndicales, comme des expressions et des expériences du mouvement social de décembre 1995. Donc, la quasi-totalité des syndicats qui se rencontraient revendique ce principe… sauf un : SUD Paris. Et paradoxe, SUD Paris tient aujourd’hui dans ses mains la direction nationale du fait de la fédération provisoire !

Autre paradoxe, la structure parisienne, qui refuse ce principe fédérateur, prend des contacts avec des syndicats européens à la bannière rouge et noire comme la S.A.C. suédoise, syndicat libertaire depuis 1910.

M.L. : Avez-vous des analyses communes ?

Philippe : Sur le plan des analyses politiques, nos trois courants syndicaux se rejoignent facilement et travaillent sur les mêmes axes : solidarité vers tous les précaires et exclus, de AC au M-A en passant par les sans-papiers, etc. Dénonciation des braderies socio-économiques du gouvernement social-démocrate de Jospin, de l’escroquerie des emplois jeunes, véritable mine à retardement dans le code du travail… Et dans le cadre euphorique de ces actions communes, il est facile de se laisser aller à la confiance et d’oublier de définir les garanties contre les dérives bureaucratiques d’organisations trop spontanéistes.

M.L. : Quels autres sujets avez-vous abordés ?

Philippe : Bien d’autres points ont été abordés, sans être résolus, comme le champ de syndicalisation. Certains ont un gros appétit de syndiqués, au titre d’une fédération d’industrie, mais sans que l’on sache vraiment s’il faut élargir le champ des luttes ou collecter le plus possible de cotisations d’adhérents .

Également abordés, la liberté d’expression, le courant de pensée et le droit de tendance. Ce débat sera d’importance car à lui seul il sera déterminant : chaque adhérent aura-t-il accès aux informations, à l’animation, à la prise de décision ou se heurtera-t-il aux listes sclérosées de tendances qui s’affronteront pour le pouvoir contre la masse des adhérents ?

En un mot, l’accès à la prise de décision sera-t-il ouvert ? Et autour de ce thème, on pense à SUD Paris, dirigé par une liste irrévocable de militants, conçue comme avant-garde du syndicat… Tout cela semble encore bien imprégné d’un esprit bolchevique pas si moribond.

M.L. : Comment voyez-vous votre avenir ?

Philippe : Quel avenir pour notre bouquet de syndicats ? L’année qui vient sera déterminante et les événements qui se produiront seront chargés d’une certaine gravité. Des principes fondateurs devront l’emporter : A.G. souveraine, non cumul et rotation des mandats et des responsabilités, ouverture aux nouveaux militants, autonomie des syndicats dans l’esprit d’une Union de syndicats plutôt que sous l’emprise d’une fédération nationale dirigeante… Ou bien il y aura des manipulations de pouvoir, au nom d’une juste action, et certains s’empareront du terrain de l’alternative syndicale en sacrifiant beaucoup d’espoirs et pour longtemps.

M.L. : Pourquoi ? Quel est l’enjeu ?

Philippe : L’enjeu ? Nos organisations sont dans et aux côtés du groupe des 10, dont on sait la disparité des composantes. L’appétit de SUD à prétendre à la « direction » de l’alternative risque fort bien de faire beaucoup de dégâts si les principes de fonctionnement démocratique sont négligés. L’histoire est d’ailleurs chargée de ces mouvements qui préfèrent la bannière à la réflexion, la course au sigle plutôt que la démocratie. Et quelle place pour les PAS et SDE, attachés comme beaucoup de SUD à l’esprit de l’Union ?

Dans la marche au premier congrès, prévu pour mai 1998, il sera éclairant de voir comment seront organisés les débats, les mandats, les votes, comment seront possibles les contributions, comment sera mis en place l’exécutif national : équipe d’animation au service des structures locales ou direction nationale irrévocable… à suivre !

Propos recueillis par Le Monde libertaire


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