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France Télécom

Moins rentable que moi… Tu crèves !

Le jeudi 23 octobre 1997.

Ce lundi 20 octobre, France Telecom faisait son entrée en Bourse. 21 % des actions de l’exploitant téléphonique français sont passées aux mains de particuliers et des investisseurs institutionnels.

À en croire les nouvelles, on savait déjà la semaine dernière que cette opération (ultra-médiatisée) de capitalisation se déroulait à merveille (près de 3,8 millions d’acheteurs). Il faut dire que les petits plats avaient été mis, très tôt, dans les grands : pour la peine Bouygues et Pernod Ricard avaient du laisser la place au « Champion » français dans le hit parade boursier du CAC 40. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Et nos voisins à la surface de cette belle planète ne font-ils d’ailleurs pas tous la même chose ?

Ce lundi 20, débutait également de l’autre côté des Alpes la campagne officielle de vente des actions de Telecom Italia (dont l’État italien ne détient plus que 44,7 %…).

Deutsche Telekom est déjà introduit en Bourse depuis novembre 1996.

British Telecom est passé à la casserole libérale il y a belle lurette, depuis 1984 pour être précis, avec, pour résultat, la division par deux de ses effectifs ! En septembre, l’État portugais enclenchait la vente d’une deuxième tranche de 26 % de son organisme public, faisant passer sa participation à 21 %. Outre-Atlantique, on peut également constater que l’heure est aux grandes manœuvres financières avec la fusion entre l’exploitant téléphonique américain M.C.I. et son concurrent WorldCom, créant ainsi un nouveau géant mondial combinant réseau traditionnel et Internet…

Au Japon, le président de NTT se prononçait récemment pour une privatisation rapide de l’entreprise nationale. Et la liste est encore longue…

Nous allons vous faire détester l’an 2000…

L’ouverture totale du marché des télécommunications à la concurrence aura lieu début 1998. Le moment fatidique, censé justifier tous les efforts et les sacrifices sur l’hôtel de la compétitivité, est donc tout proche.

Le journal Le Monde nous l’annonçait gravement : « le choc s’annonce frontal » et la « bataille du téléphone ne fait que commencer ». Pour ces pauvres agents publics « habitués à tirer des lignes » (dixit l’article en question), il s’agit de se mettre au marketing offensif !

On doit donc aiguiser nos armes, s’attendre à subir des pertes, à tuer ou à être tué… ! Dans ce contexte, la phrase de Gandois (démissionnant en déclarant qu’il n’est pas un tueur) tombe à pic ! Michel Bon, interviewé il y a quelques semaines sur LCI ne laissait planer aucun doute sur l’évolution des effectifs de l’ex-service public des télécommunications : les embauches et les licenciements dépendront des résultats de la grande bagarre ! Soyez prévenus, braves gens, soit vos dents rayent le parquet et vous avez une chance de vous en sortir, soit vous pouvez déjà aller visiter votre ANPE (d’ailleurs Michel Bon, qui en est l’ancien directeur général pourra vous fournir tous les renseignements utiles sur les services offerts par cette performante institution !).

C’est la dernière grève ?

Décidément le bon peuple est dur d’oreille et ne veut pas se laisser bercer par les douces paroles de la ritournelle ultralibérale… Ils étaient encore entre 16 et 20 % à faire grève, le 30 septembre, ces résistants du service public (sûrement des « archaïques » voire même des conservateurs comme l’aurait dit notre actuel et fantomatique Président de la République).

Les rangs étaient clairsemés, c’est vrai. Mais comment s’en étonner ? Les salariés, dans leur grande majorité, n’avaient guère envie de perdre des journées de travail pour rien, de se brûler dans un affrontement perdu d’avance, conscients qu’ils ne pouvaient s’opposer seuls à la privatisation. Mais la grève générale interprofessionnelle n’était malheureusement pas à ce rendez-vous de l’histoire… À cela se rajoute la « trahison » du gouvernement Jospin sur laquelle tout a déjà été dit ou presque…

Il n’en reste pas moins que, premièrement, l’ensemble des salariés rejette sur le fond la restructuration « imposée » par la concurrence capitaliste mondiale et que deuxièmement, les luttes sociales sont loin d’être définitivement enterrées !

Rénover les revendications en associant les usagers !

Le combat pour la défense d’un service public, garantissant une réelle égalité à tous et à toutes, ne peut se développer que dans une dynamique générale, brassant l’ensemble des usagers. Car que va-t-il se passer ?

Dès demain, l’opérateur privé ne sera plus obligé de proposer le téléphone à tous les demandeurs. Ce que l’on peut appeler une segmentation du marché, déjà commencée, va s’accélérer.

Si on reprend l’exemple anglais, on constate que le téléphone local est plus cher, tout en affichant pour les entreprises le meilleur tarif. Aux États-Unis la déréglementation des télécommunications s’est accompagnée d’un sensible recul du taux de raccordement au téléphone, au détriment des plus pauvres évidemment. Ici, un virage totalement identique est pris, puisque France Telecom a toiletté ses tarifs, en baissant ses prix internationaux, nationaux et d’entreprises pour augmenter celui des communications locales.

La recherche d’un engagement du maximum d’usagers dans les luttes à venir, pour Telecom ou pour les autres services publics (Éducation, hôpitaux, protection sociale…) devrait être une évidence !

Ni étatisation ni privatisation… Autogestion !

La seconde urgence nous semble être de reprendre pied, sur le plan idéologique.

D’abord, il doit être admis que la résignation devant les règles des marchés mondiaux ne peut que nous mener au pire ; il doit être admis que la prétendue rationalité de ce système n’est qu’une absurdité totalitaire. Puisqu’il suffit de regarder ce qui se passe autour de nous, faire comprendre ce message n’est pas réellement difficile.

Ce qui manque, et ce qui peut faire la différence, ce sont les objectifs proposés. Depuis des décennies la gauche veut nous présenter l’étatisation comme le meilleur des remèdes, tout en privatisant dès qu’elle arrive au pouvoir !

Mais chacun sait que la gestion par l’État des services publics n’a pas mis frein aux centaines de milliers de suppressions d’emplois et au développement des emplois précaires… L’État n’a jamais été une garantie pour l’emploi, ou une protection contre la loi du profit !

Nous n’en appellerons donc pas à lui pour jouer les arbitres sociaux ou le sauveur des services publics.

La seule revendication réaliste aujourd’hui est celle qui vise la destruction pure et simple de l’économie capitaliste : l’autogestion généralisée de la société.

Alors, pourquoi ne pas revendiquer, dès maintenant et pour chaque service public, leur gestion directe par les travailleurs et les usagers ?

Pourquoi ne pas revendiquer immédiatement la gratuité des services publics, en opposition radicale avec la logique marchande ?

Qu’avons-nous à perdre ?

Jélif


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