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Populaire ou mercenaire

À bas toutes les armées !

Le jeudi 6 novembre 1997.

La réforme de l’armée est la première réforme capitale qui va être menée à son terme sous le septennat de Jacques Chirac, commencée avec Juppé et terminée avec Jospin. Elle est le volet militaire de la considérable mutation qu’entame l’État pour répondre aux exigences de la mondialisation et se conjugue avec les réformes de la protection sociale, du système de santé, de l’éducation… Toutes ces évolutions sont liées entre elles et doivent conduire à une nouvelle forme d’État, adapté à un monde dominé par le capitalisme mondial.

Une professionnalisation de l’armée

De ce grand « chambardement » militaire, les français ont surtout retenu la suppression du Service national. La mesure était désirée et attendue. Son annonce a logiquement provoqué un soulagement dans la population. Mais elle a aussi servi à masquer l’importance du reste de la réforme : réduction des effectifs et création d’une armée professionnelle, refonte complète de l’industrie d’armement dans le seul but d’en augmenter la rentabilité.

En effet, la dynamique dominante de cette fin de siècle est bien la globalisation des économies et des marchés financiers. Par conséquent, l’État nouveau se doit d’être efficace contre tout ce qui pourrait menacer la prospérité du capitalisme mondial. Pour les bourgeoisies les notions de patrie n’existent pas ; par contre rien ne doit enrayer la bonne circulation des capitaux, les processus de production et d’échanges… L’actualité récente montre que l’on peut très bien se tuer pour du pétrole (Congo, Angola et probablement demain le Gabon) ou pour du diamant et du cuivre (ex-Zaïre).

Le grand cirque des polices du monde

Aujourd’hui, les États perdent ou abandonnent certaines de leurs fonctions traditionnelles au profit de gigantesques entreprises transnationales. Leur rôle est de soutenir les nouveaux potentats capitalistes qui se moquent des frontières. Pour ces opérations de « police mondiale » (dont la guerre du Golfe est emblématique) des armées de spécialistes, d’engagés ou voire de mercenaires, sont cent fois plus compétitives. C’est à cette logique que répond l’État français par la création d’une « force projetable », c’est-à-dire d’un corps expéditionnaire de soixante mille hommes, sur le modèle avoué de la Légion étrangère.

Pour mettre en œuvre des opérations qui relèvent donc plus du maintien de l’ordre musclé que de la guerre totale, et qui impliquent la remise en question des souverainetés nationales et du principe de la « non-ingérence », la nouvelle armée s’est « relookée » en revêtant les habits de l’humanitaire. Les « soldats de la paix »… tout un programme d’aventure que les honnêtes citoyens téléspectateurs peuvent suivre sur leur petit écran, via le réseau mondial de communication CNN.

Armée = danger totalitaire !

Si l’État n’a plus besoin aujourd’hui (du moins en France et pour l’instant) de faire intervenir la troupe pour assurer son pouvoir face à la contestation des exclus, ce n’est pas parce que la société est moins « militarisée », mais parce que l’État a infiniment raffiné ses moyens de contrôle individuels et collectifs. La conscription était en réalité devenue trop primaire et trop chère. Il était devenu inutile et anti-économique de former des appelés aux nouveaux armements ultra-sophistiqués.

Pourtant, quand ce redoutable système technicien s’avère insuffisamment efficace, comme c’est le cas actuellement dans les banlieues, ou face au terrorisme, c’est à l’armée que le pouvoir a recours. Le plan Vigipirate, toujours en activité, a ainsi permis à des légionnaires, fusil d’assaut en mains, de procéder à des contrôles massifs.

De même, pour résoudre le problème de « l’insécurité » dans les banlieues, le ministère de l’Intérieur a préparé le plan « Gendarmerie 2002 ». Par ailleurs, la gendarmerie vient de décider la création d’un corps supplémentaire d’officiers et de sous-officiers, chargés de taches administratives et techniques, afin d’augmenter les effectifs déployés sur le terrain.

Quel nouvel antimilitarisme ?

Dans ce contexte, le premier élément pour une intervention révolutionnaire contre l’armée est, bien entendu, la propagande et la lutte contre la désinformation. Nous devons à partir d’une analyse précise de la réalité, proposer un projet politique crédible sur l’ensemble des problèmes posés : suppression et reconversion civile de l’industrie d’armement, aménagement du territoire suite aux restructurations militaires, endoctrinement militariste et nationaliste par le biais de l’École, etc. Il s’agit aussi de réfléchir à la nouvelle place que peut prendre le refus de servir l’État. Peut-être l’objection de demain sera-t-elle celle des enseignants qui refuseront de faire de la propagande en faveur de l’armée ou d’imposer les cours de « morale civique »… ?

Enfin, il s’agit de replacer l’antimilitarisme dans la lutte globale des exploités du monde entier contre la domination capitaliste.

Franck Gombaud
groupe Sabaté (Rennes)


On peut lire : Le numéro 2 de La Question sociale, « L’Armée aujourd’hui ». Groupe Sabaté, 9 rue Malakoff, 35000 Rennes (20 FF à l’ordre de « Maintenant ») ; Le Bel avenir de la guerre de Philippe Delmas, Gallimard.


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