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Petite histoire d’un combat contre des intégristes

Le jeudi 6 novembre 1997.

Depuis 1987, dans un local prêté par la mairie de Noisy-le-Grand, l’ANCRE (Association noiséenne catholique pour la continuité du rite dans l’Église) célèbre une messe dans le quartier du « Pavé Neuf ». François Triomphe, le président de cette association, véritable main droite de Dieu, peut se laisser aller à des propos sentant fort le bon temps des colonies : « Ces populations ont une aspiration à retrouver ce que le missionnaire leur apportait autrefois ». Tout un programme…

Fort du soutien de la fine fleur de l’extrême droite (dont Gérard Calvet, membre de commandos anti-IVG, proche de Chrétienté-Solidarité présidée par Romain Marie du FN et dirigeant de l’AGRIF ; Serge de Beketch, FN, directeur de la communication de Toulon ; Pierre Bernard, député maire de Montfermeil ; Jean François Chiappe, historien, membre du bureau politique du FN ; André Delachaux, directeur de Radio Renaissance ; Jean Ferré, patron de Radio Courtoisie, etc.) l’ANCRE décida de renforcer son audience par la construction d’une église.

Pour ce faire, une chapelle du XIXe siècle fut achetée 360 000 FF à un marchand de matériaux. Cet édifice de plus de trois cents tonnes fut transporté pierre à pierre des Deux-Sèvres à Marne-la-Vallée (coût ?) sur un terrain acheté, ironie de l’histoire, rue Jules Ferry, pour 1,2 millions de francs. Le devis de reconstruction fut établi aux alentours de 600 000 francs. Comme on le voit, la misère sait épargner les beaux quartiers et il pleut toujours où c’est mouillé !

François Triomphe pense, d’ici cinq ans, installer un prieuré avec une communauté de moines. Nous pouvons déjà prévoir l’ouverture d’écoles privées. En effet depuis sa fondation en 1970 par Mgr Lefèbvre, la Fraternité Saint Pie X sait utiliser au mieux la loi Falloux de 1850 pour semer ses bâtiments. Ces écoles, lieux de propagande de prédilection où l’extrême droite se retrouve chez elle, s’inscrivent dans les 10 % « hors contrats ».

Complice et coupable

Le permis de construire, refusé par l’ancien maire UDF-RPR de Noisy-le-Grand, sera délivré par le maire socialiste rocardien Pajon, qui confond tolérance et complicité. Officiellement, il déclare vouloir éviter un procès à sa ville, mais alors, comment justifier le fait qu’il refuse aujourd’hui un permis de construire à une autre secte : les Témoins de Jéhovah. « Je ne pense pas que l’on fasse avancer la cause laïque en adoptant une attitude aussi intégriste. » déclare-t-il. De tels propos montrent rapidement pour qui il roule.

Pajon reconnaît avoir aussi été sensible à l’architecture « vieille France » de la chapelle pour accorder le permis de construire. On croit rêver ! Du moment que l’édifice est sympathique, il oublie qu’il recèle un lieu de propagande régional antilaïque et antirépublicain. Officieusement le but, lamentable, est plus simpliste : diviser la droite pour garder un trône en mairie et à la chambre des députés. La soif du pouvoir est plus forte que la défense des libertés. Ainsi sans prévenir le Conseil municipal Pajon signa le cadeau à l’extrême droite. Combien de voix ?

La pose de la première pierre : une parade d’extrémistes et de royalistes

La pose de la première pierre s’est effectuée le 4 février 1996. Une centaine de Noiséens, sachant qui se cachait derrière l’ANCRE, ont manifesté leur opposition au projet dans la froidure pendant que 250 fidèles, habillés avec élégance, se gavaient de petits fours dans l’hôtel Adagio, avant de se rendre sur le chantier, escortés par un immense pavillon chouan battant au vent. Il est donc évident que cette chapelle redynamisera les actions de l’extrême droite en Seine-St-Denis et que cette « petite sœur de Saint-Nicolas du Chardonnet » comme aime la nommer Le Figaro, servira de siège aux croisades anti-IVG.

Des adversaires déterminés

Dès le début des travaux de construction, de vives réactions apparaissent. Soit des personnes réagissent individuellement : dépôts de couches usagées sur le chantier et une attaque en règle dans la nuit du 19 au 20 février qui se soldera par une clôture abattue, des pierres et le chantier badigeonnés à l’huile de vidange et quelques quatre vingt sacs de ciment rendus inutilisables. Les réactions de l’extrême droite se font dans toutes les directions : François Triomphe y voit la contre-onction du diable, Radio Courtoisie appelle ses auditeurs à monter la garde autour du chantier, Présent et Rivarol lancent des souscriptions.

De leur côté, plusieurs organisations se regroupent autour d’une plate-forme et lancent un collectif de vigilance sur Noisy. Ce collectif, très large, regroupe des organisations allant des anarchistes au Mouvement des citoyens en passant par la CNT, le SCALP, Initiative républicaine, Noisy autrement, les Verts, la LCR, Sud-CRC, le PCF et l’UNEF-ID.

La première apparition publique des signataires sera de recouvrir les inscriptions racistes qui souillent la ville et que le maire refuse de faire nettoyer par ses services. Le collectif lancé, la plate-forme sera affichée en ville. Les 12 et 13 janvier, c’est l’apparition publique et massive du comité sur le marché pour faire signer une pétition. Une affiche cosignée des différentes organisations membres proclamant « nous n’en voulons pas ! » apparaît sur les murs.

Le FN profite du bulletin municipal pour calomnier le collectif : « cette association contre l’ordre moral de par sa définition reconnaît ouvertement le mal (drogue, vol, viol et meurtre) ». Aucune note de la rédaction n’accompagnera la tribune, alors que celle du RPR, qui parle du permis de construire, subit un chapô.

De son côté, le groupe Sacco et Vanzetti de la Fédération anarchiste produira deux affiches sur la poussée de l’extrême droite à Noisy-le-Grand. Celle qui rappelle le rôle du maire socialiste dans l’obtention du permis sera poursuivie en justice par Pajon. Non content de faire progresser la cause de l’obscurantisme et de la bêtise, le mégalo réprime.

Malgré les législatives démobilisatrices et les rêves pour certains d’une gauche plurielle, le collectif maintient son cap pour préparer les réactions à la première messe intégriste du 11 novembre et faire comprendre que Noisy-le-Grand est un enjeu national.

Georges Lecardinet


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