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Lettre ouverte d’un otage à qui voudra entendre

Le jeudi 6 novembre 1997.

Un surveillant de prison a porté plainte contre Radio libertaire car il s’est estimé « diffamé » dans un courrier de janvier 1997, lu à l’antenne dans l’émission « Ras-les-Murs ». Pour ce qui nous concerne, nous ne cesserons pas de dénoncer la violence ordinaire qui constitue le quotidien des détenus. L’un d’entre eux nous a fait parvenir ce témoignage.



Une privation de liberté en milieu fermé s’effectue dans la promiscuité totale et permanente. La répartition distincte promulguée dans les textes de loi, à savoir : séparation des différentes catégories de détenus, dissociation selon les délits commis, distinction d’âge, de mœurs, de confession, discernement psychique et psychologique, le droit à l’information, le respect des structures familiales (rapprochement), l’intimité, etc. sont quotidiennement bafoués.

Pourtant, tout cela est régi par les articles D 58, 59, 83, 84, 85, 88, 89, 90 du code pénal et sûrement par d’autres que j’ai oubliés et qui sont par ailleurs inconnus du personnel pénitentiaire dans sa majorité. Il s’ajoute à tout cela un règlement intérieur à la détention censé venir parfaire les points de détail laissés à l’appréciation du pouvoir pénitentiaire, pierre angulaire de préceptes stricts, mais celui-ci reste inconsultable.

Toutes nos légitimités sont inexistantes. L’arbitraire est flagrant, mais hors de la vue du citoyen tenu dans l’ignorance et sollicité pourtant de sa participation à notre entretien : budget de la justice : 24 milliards de francs soit 413 F par habitant.

Aux vues des organismes qui s’investissent dans la défense des droits : Cour européenne de justice, Ligue des droits de l’Homme, Association de la prévention de la torture et des traitements ou peines inhumaines et dégradantes, et l’OIP [1], que ces situations soient dénoncées pompeusement ne change rien à l’affaire et l’iniquité demeure et ce, malgré l’assurance du principal ministère concerné, la Justice. La détention est un espace despotique, incontrôlable qui leur échappe totalement.

Si, par le plus grand des hasards, un esprit vif, une intelligence logique, rationnelle et sagace se manifeste en se révélant combatif, il sera muselé, appelé tout en nuance à coopérer, récupéré par quelques traitements de faveur à peine dissimulés ou quasi contraint, de gré ou de force, à se plier pour le bon déroulement de sa détention.

S’il s’avère encore rétif, toutes les vicissitudes s’abattront alors, sans retenue, sur et dans sa tête jusqu’à la violence physique. Son entité sera laminée. Sa déstructuration sera assurée dans ce haut lieu de misère morale, sociale et affective qui est rôdé à la déconstruction individuelle à l’abri des regards.

L’administration pénitentiaire génère elle-même, par répercussion, sa propre caution à la pérennité de son travail, fabricant, par le biais de l’infantilisation et de l’assistanat, des délinquants qui leur assureront une sécurité plein emploi dans le temps.

Noël
détenu de Fresnes


[1Observatoire international des prisons.


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