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Aspects de la domination et de l’exploitation mondiale

Le jeudi 13 novembre 1997.

Les 30 octobre, 1er et 2 novembre derniers, s’est tenu à Lyon le sixième congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes réunissant une vingtaine d’organisations de part le monde (cf ML n° 1099). Après vous avoir livré, la semaine dernière, un bilan général du congrès, nous vous présentons ici les deux motions qui y ont été adoptées.



La mondialisation du capitalisme et la mise en place d’organisations étatiques supra-nationales (FMI, Banque mondiale, etc.) ne sont pas faites pour satisfaire les besoins de l’humanité. Elles ne sont pas non plus conçues et structurées pour être contrôlées par la population mondiale.

Au plan économique, ce système est tenu par un nombre de plus en plus restreint d’entreprises formant des oligopoles : les multinationales. Ce sont ces dernières qui orientent et gèrent le système économique mondial, bien évidemment pour en tirer le maximum de profits.

Pour ce faire, elles s’appuient sur la capacité de contrôle social, militaire, policier et religieux des États et sur le contrôle idéologique exercé par les médias. Ces différents contrôles garantissent en fait la stabilité politique, donc la stabilité économique.

La mondialisation du capitalisme est la poursuite à l’échelle mondiale du mouvement séculaire de concentration du capital inhérent à tout système concurrentiel. Nous assistons aujourd’hui à une croissance globale des échanges commerciaux et financiers sur la planète. Toutefois cette croissance globale reste en partie au moins du domaine du virtuel, ne concernant que les titres de propriété financiers (obligations et actions) et les monnaies.

On constate en effet une certaine déconnexion entre d’une part des échanges financiers organisés à l’échelle de la planète et d’autre part, des échanges commerciaux et un système productif plus ou moins structurés à l’échelle continentale. Ceci révèle les tensions concurrentielles existant à l’échelle planétaire pour le contrôle de la production et des échanges. Par ailleurs, cette économie de « casino » nous fait passer d’un capitalisme à crises de production plus ou moins cycliques à un capitalisme de crise permanente.

Loin d’aboutir à un système monolithique, à la constitution de quelques super-entreprises fordistes, ce mouvement s’est doté d’une structuration extrêmement flexible et mouvante. La montée en puissance des holdings va de pair avec un fort développement des petites et moyennes entreprises. Ceci ne signifie pas que l’on assiste à la mise en place d’une économie à deux niveaux. De la plus petite des entreprises jusqu’à la holding la plus puissante, des liens existent, mais comme il se doit dans le système capitaliste, ces liens sont des rapports de domination et d’exploitation.

Le système économique actuel est un système d’exploitation en cascade. Ce mécanisme encore une fois n’est pas nouveau. Il avait déjà été mis en relief par Elisée Reclus à la fin du XIXe siècle à propos de l’exploitation coloniale des Indes par les capitalistes britanniques via les maharadjahs hindous. En fait, le système capitaliste se fonde sur une fine hiérarchisation des statuts sociaux et des revenus.

La mondialisation du capitalisme ne réduit en aucune façon les écarts entre zones géographiques et entre classes sociales. Loin d’unifier la planète et la société dans une mythique société de consommation et une hypothétique classe moyenne, la mondialisation du capitalisme génère en fait une fragmentation sans précédent entre espaces géographiques et entre classes. Elle accentue les inégalités économiques et sociales, accroît le nombre de prolétaires et les paupérise de plus en plus.

En définitive, la mondialisation du capitalisme génère un système d’exploitation complexe, généralisé à l’ensemble de la planète, fondé sur des rapports de classes et de pouvoir, opposant le prolétariat (ceux qui n’ont que leur force de travail) à la bourgeoisie (ceux qui possèdent et contrôlent les moyens de production et d’échanges), mais aussi les prolétaires entre eux et différentes factions de la bourgeoisie entre elles.

Incontestablement, les bourgeoisie de la triade (Amérique du Nord, Europe occidentale et Asie du Sud-est) dominent actuellement le système capitaliste mondial. Elles exploitent l’ensemble de la planète en fonction des profits qu’elles peuvent en tirer. Toutefois, pour atteindre ce but, elles ne sont pas seules face au monde. Elles s’appuient au contraire sur un réseau étoffé de bourgeoisies locales présentes dans tous les pays, ceux de la triade comme ailleurs.

Cette hiérarchie globale n’est pas déterminée à jamais. Les rapports de force existant au sein des différentes strates de la bourgeoisie ne sont pas figés pour toujours. De nouvelles bourgeoisies peuvent émerger tant au niveau local qu’à l’échelle internationale. Dans ce dernier cas, elles s’incorporent simplement aux oligarchies existantes. Elles deviennent pour un temps les nouveaux maîtres du monde.

En définitive, en ce qui concerne la situation mondiale, nous pensons qu’il est très important de souligner les points suivants :

  1. La compétition économique mondiale et le rétrécissement des marges de manœuvre des entreprises s’accentuent parallèlement en provoquant la détérioration des conditions de vie des classes sociales prolétarisées, pauvres ou marginalisées partout dans le monde. L’inégalité sociale s’accroît, y compris dans les pays dit développés.
    Dans la situation actuelle, le maintien du système capitaliste dépend de plus en plus de la consommation de la marchandise guerrière, des guerres et encore des guerres. Malgré la mise en place d’instances supra-étatiques (Union Européenne, ALEAN, ASEAN, etc.), le développement de l’idéologie et des politiques nationaliste, militaristes, et racistes est un besoin vital du système capitaliste dans sa période actuelle pour diviser et mettre en concurrence le prolétariat de la planète.
  2. La dépendance dans laquelle se trouvent toutes les régions de la planète vis-à-vis du marché capitaliste mondial et le niveau de centralisation atteint par l’économie capitaliste ont transformé le nationalisme « révolutionnaire » tiers-mondiste en un simple instrument de luttes inter-impérialistes.
  3. Dans cette période de totalitarisme démocratico-marchand, on assiste à une dérive complète des différents courants du « socialisme » autoritaire ou étatique (la droite et la gauche se confondent et sont interchangeables) et à la transformation des syndicats bureaucratico-réformistes en instruments d’application des plans répressifs des gouvernants et des capitalistes. C’est-à-dire en instruments de la contre-révolution.
    Les syndicats réformistes, reprenant en cela le rôle ancestral des religions, en viennent à gérer seuls ou avec ces dernières l’assistance sociale publique, c’est-à-dire une partie du contrôle social.
    Nous devons faire une critique radicale, en réfutant le modèle syndical imposé par les États, en nous basant sur une propagande qui les dénonce constamment.
    Nous devons défendre un modèle syndical différent, basé sur les assemblées générales des travailleurs, l’action directe et la solidarité, ainsi que l’appui aux différentes initiatives qui pourraient apparaître en vue de créer des organisations anarcho-syndicalistes de par le monde.
    Dans cette période, le capitalisme récupère toutes les luttes sectorielles, les transformant en simples pièces de théâtre politiques ou politico-« révolutionnaires ».
  4. Particulièrement dans les pays de la périphérie du capitalisme mondial, la démocratie représentative et le réformisme sont, dans la période actuelle, des moyens décisifs pour empêcher l’éclosion et le développement de la guerre sociale des exploités et des opprimés.
  5. Dans le cadre actuel du capitalisme, les problèmes écologiques, effectivement très graves, ont encore tendance à s’aggraver davantage. Toutefois les prolétaires ne peuvent être tenus pour responsables de la détérioration de l’environnement. Celle-ci est de la responsabilité de ceux qui gèrent le système économique : les capitalistes.
  6. L’organisation de la violence contre-révolutionnaire constitue un des objectifs prioritaires de l’ensemble des gouvernements totalitaires, fascistes ou démocratiques, de gauche ou de droite, dans la période actuelle.
  7. Les problèmes économiques et sociaux des classes prolétarisées et pauvres, ainsi que l’ensemble des conséquences de la guerre économique entre capitalistes, constituent la base sur laquelle peut se fonder une guerre sociale, opposant directement les pauvres et les gouvernés aux classes gouvernantes et exploiteuses. Ceci nous conduira à la révolution mondiale anarchiste.

Le combat d’idées est indispensable pour unir les prolétaires contre la bourgeoisie, mais ne suffit pas à lui seul. Nous devons aussi favoriser la formation d’organisations de lutte. Toutefois, il ne peut s’agir d’un effort unique visant à construire un seul type d’organisation. Nous devons favoriser la création et le développement d’un ensemble cohérent de structures spécifiquement anarchistes, mais aussi syndicales, territoriales (comité de quartier et de ville) et les divers secteurs de luttes (organisation de femmes, de jeunes, antimilitariste, anticléricale et antireligieuse, etc.), répondant aux différentes préoccupations du prolétariat.

De même que la lutte syndicale ne doit pas conduire au réformisme syndical, il est clair que les luttes écologistes et territoriales (notamment municipales) ne doivent en aucun cas être confondues avec la simple lutte environnementale ou la participation aux élections locales, auxquelles nous nous opposons quelles qu’elles soient.

Internationale des fédérations anarchistes


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