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Un Bilan de la grève des routiers

Le jeudi 20 novembre 1997.

Lors du récent mouvement de grève des routiers, nous avons pu rencontrer sur les barrages de Lyon, notamment à la raffinerie de Feyzin et à Villefranche, des militants syndicaux. Il s’agissait de recueillir des informations sur le terrain. La CFDT restant le syndicat majoritaire, J. Che a été reçu, suite à ces rencontres, dans l’émission des groupes lyonnais de la Fédération anarchiste, « Idées noires », mercredi 12 novembre, sur la station lyonnaise Radio Canut. C’est cette interview que nous livrons aujourd’hui au Monde libertaire.



Le Monde libertaire : L’an dernier, un accord avait institué la retraite à 55 ans, et la réduction des jours de carence de 10 jours à 5 jours. Mais il n’y avait rien eu sur la question salariale, hormis la fameuse prime de 3 000 FF. Cela a rejailli cette année, mais la grève a laissé un goût d’ « inachevé. Peux-tu nous exposer ton sentiment à ce sujet ?

J. Che : Pour les acquis de cette année, il est vrai que, sur le fond, et malheureusement, il y a certaines choses qui n’ont pas été faites. On peut citer la prime de 3 000 FF. On a un gros problème là-dessus. Mais cela devrait se régler. Depuis l’an dernier, on a résolu beaucoup de problèmes autour de cette prime, soit par des grèves ou soit devant les tribunaux. On espère donc que les patrons auront compris… Par ailleurs, pour cette année, il faut quand même noter qu’il y aura 22 % d’augmentation sur trois ans. Ça, c’est positif.

M.L. : les 10 000 FF pour 200 heures en l’an 2000, c’est pour une petite minorité de chauffeurs, pour les 10 à 15 % de chauffeurs longue distance uniquement.

J. Che : Il est vrai que ce n’est pas pour toutes les catégories, mais ça, il fallait s’en douter… Ceci dit, il y a 6 % d’augmentation tout de suite pour les conducteurs (au niveau marchandises), rétroactifs au 1er octobre. Les voyageurs et les ambulanciers, les déménageurs et les sédentaires ont aussi obtenu des choses : ils auront 4 % à partir du 1er novembre.

Autre point : avant on faisait des contrats à 200 heures et point final. Maintenant, le coefficient pour les grands routiers est de 8 700 FF pour 200 heures mais cela va être déclenché comme l’impose le Code du travail. Il y aura donc un taux horaire de 41,82 FF pour 169 heures. Ensuite, pour arriver à 200 heures, vous aurez 31 heures comptées en heures supplémentaires à 25 %. Enfin, celui qui bosse 220 heures aura 169 heures à 41,82 FF, 31 heures à 25 % (à 52,27 FF) et 20 heures à 50 % (62,80 FF).

M.L. : Nous voudrions savoir ce qui a changé entre le premier accord « avorté », juste avant le mouvement, et cet accord là.

J. Che : Depuis des années, c’était l’embrouille avec la RGG (Revenu global garanti). Il s’y glissait toute sorte de primes, y compris le treizième mois, histoire de dire qu’on nous payait au niveau de la Convention collective. Pour être plus précis, voilà ce qui a changé : sur le haut du bulletin de salaire, on devra voir, au minimum, le SMPG (Salaire mensuel professionnel garanti). Les diverses primes (mensuelles, annuelles) devront s’ajouter à ce salaire mensuel. Pour être plus clair, nous allons prendre un exemple. Le salaire de base d’un conducteur livreur sera de 7 231 FF pour 169 heures, au 1er janvier 1998. Avant la nouvelle définition, on aurait pu voir 6 664 F sur le haut du bulletin de salaire (le S.M.I.C. actuel) ; et le patron aurait pu dire : vous avez une prime de fin d’année de 7 200 F (c’est-à-dire 12 × 600 F), j’ajoute ces 600 F au 6 664 F et le résultat de l’addition est 7 264 F, vous êtes donc au-dessus de la R.G.G. et des 7 231 F. Maintenant, cette « bidouille » n’est plus possible. Il doit y avoir 7 231 F pour 169 heures, point !

M.L. : Remarquons que Lecoq, le secrétaire national de la C.F.D.T. route, était pour surseoir à la grève et signer le premier accord.

J. Che : Le Cocq, pour apposer sa signature, avait besoin de l’accord de la base. Nous avons répondu par la négative. Il est vrai qu’il y a eu cette proposition de reporter l’action au 12 novembre. Nous n’avons pas été d’accord, d’une part parce qu’on avait déjà tout préparé, et d’autre part, parce que l’on savait depuis près d’un mois que l’on allait au conflit de toute façon… Ensuite, le vendredi, le fax avec le texte de l’accord est tombé dans tous les syndicats. Sur Lyon, il y a eu un petit oui à 55 % contre 45 %. Il est vrai aussi que nous commencions à être fatigués…

M.L. : L’an dernier, il y avait eu des gros barrages d’axes routiers, cette année, il y a plutôt eu des actions plus ponctuelles sur des lieux stratégiques.

J. Che : Sur le barrage de l’A6, on a dû lâcher parce que les espagnols ont forcé le barrage. Il faut dire que le contexte n’était pas favorable : sur 700 camions environ, 680 étaient espagnols, 15 allemands, polonais ou venaient des pays de l’Est, et puis seulement trois ou quatre étaient français. Comme la grève était bien annoncée, le patronat a laissé les camions dans leurs entrepôts. Les employeurs ont dit aux chauffeurs : « soit vous êtes en repos compensateur, soit vous ne travaillez pas »… En fait il n’y a eu que très peu de camions français sur la route ! Sur l’A6, si on avait 15 camions à tout casser, c’était le grand maximum… !

M.L. : Mise à part l’attitude de l’UFT, ce syndicat patronal connu pour être quand même assez virulent, on a vu, à Vitrolles, une milice patronale faire des exactions contre les routiers. Quelle a été votre réaction ?

J. Che : Le conflit s’est terminé le vendredi vers six, sept heures du matin. L’après-midi, on est allé faire une action chez TFE (Transport frigorifique européen) à Saint-Genis-Laval, en solidarité avec les copains de Vitrolles qui ont été attaqués par cette milice « patronale », pour ne pas citer et faire de la publicité gratuite au parti politique qui est derrière… On a bloqué TFE pendant tout l’après-midi.

M.L. : Le mot de la fin ?

J. Che : Il reste beaucoup de problèmes à résoudre et nous avons du pain sur la planche… Il se pourrait bien qu’en novembre 1998 on retourne camper sur la route. Je préfererais au mois de juillet, il fait meilleur !


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