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Raffarin droit dans les bottes

Le jeudi 9 septembre 2004.

Après le grand couac de l’action gouvernementale durant l’été 2003 et son incurie dans la gestion de la crise liée à la canicule, 15 000 morts à son actif, Raffarin a mis tout en œuvre pour le bon peuple ou tout au moins lui a laissé supposer qu’il en était ainsi. Les vacances 2004 ne seront pas la vacance de l’État.

Les « seniors » ont eu leur brumisateur (bannir vieux dans la novlangue). Les ministres étaient présents à moins d’une heure d’avion de Paris (Raffarin s’est éclipsé au sud du Portugal mais il s’agissait d’une visite d’État !). Chirac est resté sur le territoire national à la Réunion (certains l’ont vu sur l’Île Maurice !). Le plan médiatique a bien fonctionné et hormis le temps qui n’était pas de la partie, le chef du gouvernement n’a aucune raison de s’inquiéter du moral des Français pour cette rentrée.

Raffarin, le chef du clan des giscardiens, pourra poursuivre l’œuvre de son père putatif : il libéralisera. Excellant dans l’art de la privatisation, remarquable pour détricoter le service public avec la décentralisation, sublime pour inscrire le marché dans la santé, il est le fier serviteur des rois du pognon.

Là où Rocard, Juppé, Jospin avaient hésité, lui poursuit son œuvre y compris contre l’avis des siens. Un véritable petit homme d’État.

Ainsi pour la décentralisation, les gaullistes « canal historique » et les extrémistes du centre de l’UDF émettent les plus vives réserves. Faisant fi de ces trublions il contraint le Parlement à adopter sa loi sans débat. Le 49.3 coupe court à tout et sa mère des réformes, selon ses dires, est acquise. Au passage plus de 130 000 fonctionnaires perdent leur statut. Leurs missions sont transférées vers des collectivités qui n’en voulaient pas et qui dès que possible les privatiseront. Le capital y retrouvera ses petits. Ainsi soit-il des voies de l’argent.

Pour les 2 millions de fonctionnaires, il va moderniser, il s’y est engagé. à cette fin, il a recruté un ministre qui tente d’exprimer une idée par jour comme ces jeunes requins en entreprise qui exprime leur servilité au conseil d’administration en construisant les plans sociaux. Dans son cas, les idées viendraient de sa femme, chargée de communication au Medef. Il a déjà conçu la fin de la garantie d’emploi en instituant le CDD dans la fonction publique et il prétend maintenant généraliser la rémunération au mérite.

Au chapitre du service public, après le gouvernement Raffarin, il en restera peu si ce n’est rien. Air France dont la privatisation a été engagée par le ministre communiste Gayssot est entrée ou va entrer en Bourse. La SNECMA est privatisée. Le parlement a voté la privatisation d’EDF-GDF, certains disent avec l’aval de la direction de la CGT ! Les aéroports sont sur la même voie et France Télécom est définitivement devenue privée par la volonté du sieur Sarkozy. La Poste va suivre au titre des directives de l’Union européenne. Là aussi, le changement de statut a été engagé sous un gouvernement de gauche. Joli bilan pour les PS, PC, Verts, etc, leur politique a servi les intérêts du capital. Ils peuvent gesticuler aujourd’hui, l’histoire se rappellera qu’ils ont été à la base de la privatisation du service public en France.

Vivendi, Bouygues et consorts souhaitent la privatisation des autoroutes. La manne des péages leur échappe. Qu’ils soient rassurés, ils l’ont pensé, Raffarin le fera. Au passage, s’il peut inclure la mise en place de péages sur l’Île-de-France, ils peuvent compter sur lui, et l’exécutif PS et Verts l’approuvera sous couvert d’une hypothétique limitation du trafic par la censure de l’argent.

Mais il ne suffit pas au capital que le gouvernement lui transfert la propriété en juste retour de son investissement dans les élections, il doit pouvoir aussi augmenter sa rente. C’est ce que vient d’expliquer le baron Seillère lors de son pince-fesses de rentrée en présence des frères Sarkozy, l’un ministre, l’autre dirigeant du Medef.

Premier objectif : s’affranchir de toute contrainte réglementaire pour exploiter tranquille et, là aussi, le gouvernement lui a déjà déroulé le tapis rouge avec la loi Fillon et la possibilité de se soustraire aux conventions collectives nationales via des accords d’entreprises. Nous en avons connu les premières applications durant l’été, tout au moins dans l’esprit, avec les remises en cause de la RTT dans plusieurs entreprises au titre du risque de délocalisation, la CFDT ayant là encore servi de « messieurs bons offices » pour le patronat.

C’est par cette voie que le Medef a choisi d’attaquer les droits des salariés, car sur le fond il ne s’agit que d’un prétexte. Contrairement aux idées répandues, la limitation du temps de travail à 35 heures par semaine ne concerne pas la majorité des salariés. En effet, dans de nombreux secteurs et entreprises, les employeurs ont la possibilité d’imposer les heures supplémentaires. De plus, aujourd’hui, des millions de salariés subissent le temps partiel et sont en recherche de travail. Par ailleurs, la comparaison du nombre d’heures travaillées par salarié en France au regard de ce qui est pratiqué dans les pays industrialisés, la situe au même niveau que les principaux. Enfin la productivité s’est accrue de manière spectaculaire depuis la mise en place de la loi Aubry, c’était d’ailleurs son objectif principal et les anarchistes l’avaient dénoncée en son temps. En conséquence, les « 35 heures » ne sont pas et n’ont pas été un obstacle à la compétitivité des entreprises, au contraire elles ont été l’occasion d’accroître leur productivité donc le profit pour les actionnaires.

Le gouvernement a commencé à l’entendre, la consultation des « partenaires » sociaux débute, CFDT en tête. Gageons que des aménagements à la réglementation en sortiront et que les exonérations de cotisations sociales consenties par Jospin en son temps pourraient être reconduites voire accrues.

Sur le même terrain, le plan de cohésion sociale du ministre Borloo se traduira par une pérennisation de la précarité. Après les contrats aidés, on ressort l’antienne du partage de l’emploi. Plus personne n’y croit, même le Conseil économique et social, vestige du gaullisme, doute de son efficacité. Mais l’objectif n’est pas de lutter contre le chômage, le but est de libéraliser le marché du travail et soumettre l’ANPE aux vicissitudes du patronat en attendant de restreindre de nouveau l’indemnisation des chômeurs.

Touche finale de cette offensive du gouvernement et du patronat, la remise en cause du droit de grève via l’institution du service minimum notamment dans les transports. En effet, le secteur des transports demeure un bastion de la classe ouvrière, le nombre de salariés employés est stable, les capacités de résistance sont importantes et l’action directe peut faire mal et même être paralysante pour l’économie. Les sbires à Sellières l’ont compris. Dans ce cadre, le ministre, Gilles de Robien, a mandaté une commission pour lui établir un rapport sur le sujet. Le gouvernement s’est engagé à statuer. Tout est à craindre !

Le tour de la question sociale n’est pas clos, d’autres domaines peuvent faire l’objet d’une libéralisation accrue, la santé par exemple. Le plan du gouvernement n’a rien résolu, il manque toujours des moyens pour financer la Sécu et ,faute de ressources nouvelles, un plan drastique d’économie verra le jour.

Face à ces attaques, il est évident que celles et ceux qui subsistent par leur travail se doivent de réagir. Après la défaite de 2003 sur les retraites qui a conduit à l’incapacité d’agir au printemps 2004, il est nécessaire de reprendre l’offensive.

La difficulté principale provient aujourd’hui du niveau d’organisation des salariés. Les syndicats CGT, CGT-FO et SUD ont-ils les moyens suffisants pour engager le rapport de force et , souci principal, en ont-ils la volonté ?

Si volonté se manifeste, se pose alors la question de l’indépendance, car donner pour finalité à l’action le changement de maître n’encourage pas les salariés à se joindre à l’action. La responsabilité de la gauche dans la situation actuelle est patente. Se pose alors la question du changement social. Les anarchistes peuvent prendre toute leur part dans cette phase et doivent assumer leur responsabilité, ne serait-ce qu’en s’organisant avec les salariés !

L’autre danger de la période va être la campagne politicienne liée au référendum sur la Constitution européenne. Notre analyse de ce projet nous conduit à y être opposé dans la mesure où la liberté se voit renforcée uniquement pour exploiter. Pour autant, faire de l’échec de l’adoption de cette constitution l’axe majeur d’intervention sociale, signifierait que nous avons confiance dans une forme quelconque de la démocratie parlementaire pour satisfaire les revendications. Ce qui est notable dès à présent c’est la prise de position de la CES et de la CFDT en faveur de son adoption, on ne mord pas la main qui vous nourrit ! Ce qui pourrait l’être aussi, c’est le silence assourdissant de la CGT…

Dans tous les cas, il ne peut pas y avoir confusion entre action directe et démocratie directe.

Renforçons la confiance dans l’action directe pour satisfaire les revendications et soyons sûrs que nous œuvrerons à construire les moyens de notre libération.

Delgranados





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