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Chronique d’une mort annoncée

Un Lieu de vie en danger

Le jeudi 7 octobre 2004.

Depuis sept ans, à Saint-Brieuc (Bretagne, Côtes-d’Armor) une vingtaine de personnes font vivre un lieu appelé le Wagon, vaste dépôt SNCF à l’abandon, concédé après un bras de fer avec les autorités municipales qui traquaient et harcelaient les punks et squatteurs à l’époque.

Depuis, le lieu a été aménagé, chacun et chacune apporte sa contribution pour que les personnes puissent assurer leur survie individuelle et que des activités collectives et ouvertes soient organisées par les résidents, les gens de passage et les amis.

Ainsi, ce sont plusieurs centaines de concerts qui ont déjà eu lieu, ainsi que des représentations de théâtre, parfois faites maison. Une association a vu le jour afin d’organiser toutes ces manifestations, et la bonne volonté de chacun et de chacune insuffle l’énergie vitale qui permet un fonctionnement autonome et autogéré de ces activités sous la seule autorité du bon sens et du respect mutuel.

Le lieu s’est aussi ouvert aux groupes locaux pour qu’ils puissent répéter, la scène locale ayant ainsi la possibilité de se développer en toute liberté, et même de tourner en Europe, voire plus loin…

Seulement, chaque année, avant que ne passe la loi d’hiver interdisant les expulsions durant cette période, les autorités locales font pression en soufflant le chaud et le froid pour que les individus qui résident au Wagon trouvent une autre solution.

Toutes les raisons possibles sont invoquées, et même de ces arguments les plus ignobles qui engraissent les préjugés à l’égard des personnes considérées comme marginales, et qui de fait échappent au contrôle social de l’autorité par la défiance qu’elles leur opposent à vouloir vivre librement, selon leur propre volonté, avec leur propres moyens dans la mesure du possible. Parmi les prétextes, est bien évidemment mise en avant l’insalubrité (des lieux, a priori, mais sous-entendu des personnes, car les marginaux sont forcément sales et drogués, si ce n’est pervertisseurs de la jeunesse locale — on n’est pas adulte tant qu’on n’entre pas en équation avec une réalité imposée par les normes et contraintes sociales) et plus grave, les accidents dus à la proximité du port de commerce, où récemment un jeune homme a trouvé la mort.

Ainsi, parées des principes moraux les plus nobles (la SNCF déclarant l’occupation du lieu illégale), la municipalité et la préfecture n’hésitent pas, à peine le cadavre exhumé, à s’attaquer aux indésirables et à leur intimer de quitter les lieux le 31 octobre.

Pourtant, ce ne sont pas les promesses et les bonnes intentions qui ont manqué à la municipalité avec de possibles réfections des locaux (particulièrement le hangar accueillant les concerts), promesses qui ne tiennent plus, quand bien même elle furent sincères. Les propositions de relogements individuels les ont remplacées, ce qui revient à espérer briser la solidarité que leur opposent ces compagnons de la vie, en les renvoyant à des problèmes individuels face à une précarité sociale que de plus en plus de personnes sont amenées à connaître.

Aujourd’hui, une pétition circule au niveau local chez des amis, des voisins, des militants syndicaux et associatifs. Mais, sous la menace de l’intervention des forces du désordre social, les concerts à venir ont dû être annulés.

N’hésitez pas à témoigner votre soutien, directement, en écrivant ou en réclamant la pétition à l’adresse suivante : Asso « La sauce aux gravos », ancienne gare du Légué, quai Surcouf, 22000 Saint-Brieuc.

Joh@n, groupe Jean-Souvenance, Saint-Brieuc, Bretagne





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