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« Solidarité attitude » dans les bus

Le jeudi 21 octobre 2004.

Les usagers des bus en Île-de-France auront tous remarqué la nouvelle tendance en matière de mode automobile, baptisée « bus attitude » par la RATP, censée signifier que les bus maculés façon Smarties® sont devenus des espaces de tranquillité où il fait bon vivre, avec force apôtres sillonnant les lignes pour porter la bonne parole.



Dans un texte de présentation, la RATP explique que «  prendre le bus est une façon agréable et pratique de se déplacer. Certains pourtant semblent parfois oublier la nécessité de valider leur ticket, faisant la part belle à la fraude et escamotant petit à petit la tranquillité qui devrait accompagner tous vos déplacements ». Tiens, quel rapport ? Les fraudeurs crient-ils, crient-elles, plus que les autres ? Si « nécessité » il y a pour eux et elles, n’est-ce pas souvent l’état de nécessité ? Si cri il y a, n’est-ce pas parfois ceux de la faim dans l’estomac ? Et la première atteinte à la tranquillité à l’entrée d’un bus, n’est-elle pas plutôt le bouchon devant le bête composteur et son bruit pénible pour les usagers, comme pour les machinistes dont il rythme les roulements des heures durant ? Mais poursuivons.

« Les agents sont là pour vous accueillir, vous informer [Bien ! mais aussi pour lutter efficacement contre la fraude en verbalisant les usagers irrespecteux des règles. Mais c’est une manie ma parole !]. Le conducteur, seul commandant à bord, a la responsabilité de son équipage et de ses passagers [Ah ! le mythe de l’avion]. Il conduit le bus mais sait lui aussi être à votre écoute et vous informer lorsque vous en faites la demande [Ah bon ! je croyais qu’il était interdit de lui parler !]. La “bus attitude”, c’est alors faire confiance au conducteur et respecter son rôle de chef d’équipe ! [You kaïdi, you kaïda, les boy-scouts vont en balade] ».

Et pour ceux et celles qui s’interrogent encore, la RATP publie un encadré sur « les fondamentaux de la « bus attitude » :
— Préparez votre titre de transport et faites signe au conducteur avant de monter [des fois qu’on voudrait monter en marche portes fermées !].
— Validez votre ticket ou présentez votre passe Navigo directement après être monté dans le bus et avancez jusqu’au fond du véhicule.
— Demandez l’arrêt au conducteur et descendez par la porte arrière du véhicule.

C’est tout ? C’est tout, oui ! En fait de nouveau mode de vivre, la « bus attitude » n’a à proposer ou imposer qu’une seule véritable règle : faire acte de soumission a priori au contrôle du billet. Car en matière de savoir-vivre, les usagers ont plutôt assisté à des exemples d’impolitesse, de bêtise, de méchanceté ou d’exigences illégales de la part des petits soldats de la « bus attitude » :
— Ne jamais dire bonjour.
— Être incapable de donner un renseignement sur les arrêts ou les dessertes par rapport à un lieu souhaité.
— Bousculer tout le monde pour monter avant les usagers et se poster pour faire valider ou contrôler le ticket.
— Exiger d’une personne qu’elle laisse libre les places réservées aux invalides, handicapés ou femmes enceintes, sans même vérifier qu’elle peut justifier de ces catégories (la personne avait en l’occurrence une carte d’invalide civil). Or n’est-ce pas une forme du contrôle au faciès que de considérer qu’une personne est handicapée ou pas en fonction de son aspect ?
— Exiger d’une personne qu’elle laisse libre lesdites places réservées, même en l’absence de telles personnes dans le bus ou d’une demande particulière d’une ou d’un usager de s’y asseoir, à ce moment-là.
— Bloquer l’accès aux portes arrières à une personne avec poussette, à un moment d’affluence, pour l’obliger à monter par l’avant (alors que la configuration y est notoirement anti-poussette), ou au contraire empêcher une personne de descendre par l’avant, à un moment sans affluence, au seul motif de formater son comportement : on descend par l’arrière un point c’est tout !
— Exiger des gamins leur cahier de correspondance pour y mentionner l’« infamie » de la fraude.
— Interdire de parler à son voisin sous prétexte de trouble à la tranquillité (si, si, c’est arrivé !).
— Interdire de questionner le ou la machiniste (alors que la RATP nous dit qu’ils et elles sont le « seul commandant à bord »).

D’autres témoignages pourraient encore allonger la liste.

Face à une telle incohérence et à une telle pression idélogique, à nous de systématiser les règles élémentaires de la solidarité entre usagers et usagères, ainsi qu’avec les machinistes :
— Disons bonjour au machiniste en montant et, si l’affluence ne l’empêche pas, discutons avec lui ou elle de ses conditions de travail, de l’organisation du service (histoire de commencer à penser le travail de l’autre et contrer l’opposition dans laquelle on veut tenir les usagers et les salariés).
— Adressons-nous la parole, entre usagers (en fonction de nos envies, bien sûr), par exemple sur les services publics, leur but, leur financement, etc., et le sens du choix possible des transports publics gratuits.
— Facilitons tous l’accès au bus à ceux et celles pour qui c’est moins facile (physiquement, socialement, économiquement).
— Si l’on a un ticket, offrons-le en descendant à qui veut le prendre, en précisant la station de montée, afin qu’en cas de contrôle, le bénéficiaire puisse justifier d’un trajet cohérent avec le ticket qu’il sera en mesure de présenter
— Avertissons de la présence de contrôleurs.
— Tenons les portes ouvertes (spécialement celles de derrière) pour aider les personnes à descendre ou monter.
— Ne nous laissons pas seuls les uns les autres en cas de contrôle et organisons une attitude et une réponse collectives aux contrôleurs qui sont eux-mêmes en groupe.
— Ne permettons pas aux contrôleurs (de la « bus attitude » ou autres) d’adopter des attitudes irrespectueuses ou outrageantes à l’égard des usagers, en réprouvant publiquement leurs incohérences, impolitesses ou illégalités.

Bref, à la « bus attitude », ripostons par la « solidarité attitude », en Île-de-France, mais aussi partout ailleurs où, même sans campagne ridicule de l’exploitant de transport local, nous devons revendiquer haut et fort des services publics égalitaires et solidaires, ensemble entre usagers et salariés, au besoin en « escamotant petit à petit la tranquillité » des édiles, de leurs maîtres et de leurs valets.

Dr Martius milite au groupe Louise-Michel de la FA et au collectif « RATP »

Pour agir en Île-de-France :
RATP Réseau pour l’abolition des transports payants
145, rue Amelot, 75011 Paris
Courriel : gratuit _chez_ samizdat.net
Site : http://ratp.samizdat.net

Bibliographie

  • Brochure : Textes sur le gratuité, du collectif Fraude de mieux, éditions Reflex, 2000.
  • Brochure : Zéro euro, zéro fraude, transports gratuits pour toutes et tous, éditions du Monde libertaire-Alternative libertaire, 2002.
  • Article : « Retour sur les transports gratuits et autogérés », Le Monde libertaire, n° 1350 du 4 au 10 mars 2004.
  • Article : « Transports gratuits vite », Le Monde libertaire, n° 1367 du 16 au 22 septembre 2004.
  • 4-pages, irrégulier, Lignes gratuites du collectif RATP, Réseau pour l’abolition des transports payants.
  • Brochure : Déplacements sous contrôle, manuel juridique de l’arsenal répressif dans les transports, du collectif RATP, Réseau pour l’abolition des transports payants, 2004.

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