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Le Vote contre l’action directe

Le jeudi 21 octobre 2004.

Ces temps-ci, les États-uniens choisissent leur président. Une coalition de libertaires a décidé de faire entendre sa voix d’une manière originale dans nos milieux, et plutôt sympathique : ils ne prônent pas seulement l’abstention, ils mènent une campagne pour l’action directe. L’un de leurs slogans dit : « Si le vote pouvait changer les choses, ça serait interdit… et cela vaut aussi pour l’abstention. » On peut rappeler que, dans nos démocraties, il est plus souvent question d’interdire l’abstention que l’inverse. On doit aussi se demander si le souci de ne pas passer pour responsables de la réélection de Bush n’est pas pour quelque chose dans la voie choisie par ces camarades. La question du vote lui-même apparaît donc très secondaire dans leur idée… même si la plupart des textes qu’ils éditent sont des charges incendiaires contre lui. Chassez le naturel !



Les élections préoccupent tant le peuple américain que c’en est malsain. Pas que tout le monde vote ou croie que c’est important. Au contraire, ils sont de moins en moins à le faire, et pas seulement parce qu’ils sont plus nombreux en taule. Mais quand tu parles de politique, d’avoir son mot à dire, tout ce que les gens voient, c’est voter ou influencer le vote des autres. Ça serait donc pour ça que tant de monde se sent impuissant ?

En fait, élire des gens pour représenter vos intérêts est le moyen le moins efficace pour user de votre capacité politique. L’autre stratégie, c’est l’action directe, représenter vos intérêts vous-mêmes.

Des exemples d’action directe, on en voit partout : quand des gus montent leur propre association pour donner à manger à ceux qui ont faim, au lieu de voter simplement pour le candidat qui promet de régler « le problème des SDF » à coups d’impôts et de bureaucratie ; quand quelqu’un fait de l’information sur les sujets qui le préoccupent au lieu de supplier les journaux d’en parler ; quand des nanas montent un groupe autodidacte au lieu de payer des cours dans une école, ou luttent pour faire fermer un centre commercial non désiré dans leur coin, c’en est aussi… L’action directe est à la base de la vieille morale américaine pleine de bon sens : sans elle, rien ou presque ne se ferait.

À bien des égards, l’action directe est un moyen plus efficace que le vote. D’abord, les élections, c’est la loterie : si ton candidat ne passe pas, toute l’énergie de la campagne est perdue. Et puis voter renforce l’emprise du petit nombre de politiciens sur la société, ne serait-ce que par la sale habitude de délégation que ça donne à tout le monde. L’action directe, au contraire, aide à prendre conscience de sa force et de ses capacités d’initiative et de réalisation.

Quand on vote, tout le monde doit se mettre d’accord sur une plate-forme. Les coalitions s’affrontent, chaque faction est persuadée d’avoir la pleine et entière vérité, et prétend que tout va foirer si on ne suit pas son programme. Une quantité phénoménale d’énergie est perdue en récriminations. Avec l’action directe, chacun des différents groupes met en œuvre différentes approches, qui s’enrichissent les unes les autres et forment un tout. Ceux qui pratiquent l’action directe n’ont pas besoin de querelle, à moins bien sûr que des années de politique votative leur aient appris à chercher querelle à tous ceux qui ne font pas exactement comme eux…

On ne peut voter que quand la saison des élections revient (et, avec elle, celle des poires) ; on peut pratiquer l’action directe à toute heure du jour et de la nuit, quelle que soit la saison.

On nous dit que voter, c’est le fin du fin de la liberté. Ce n’est pas vrai. La liberté, c’est de participer soi-même aux choix, pas d’élire Pepsi ou Coca. La liberté, c’est l’action directe.

Enfin, si tout cela ne vous a pas convaincu (ce qui serait bien dommage), on peut voter et pratiquer l’action directe. L’un ne supprime pas l’autre. Le problème, c’est qu’on consacre tellement de temps à fignoler les élections qu’il n’en reste guère pour le reste… Des mois avant le scrutin, on perd son temps à débattre des vertus de tel ou tel candidat, on se dispute et toutes les autres possibilités passent à la trappe. Voter prend moins d’une heure. Faites-le ou pas, mais qu’on en finisse ! De toute façon, il y a mille autres moyens de faire entendre votre voix.

En cette année d’élection, on croule sous les propositions comme électeur, et rien ne nous est dit sur nos autres possibilités de jouer un rôle décisif dans la société. Ce qu’il nous faut, c’est une campagne qui insiste justement sur toutes ces opportunités, une campagne pour l’action directe. On n’est pas obligé d’y voir une contradiction avec le vote. On peut passer une heure dans l’année à voter, et le reste — trois cent soixante-quatre jours et vingt-trois heures — pour l’action directe.

À ceux que la démocratie représentative dégoûte, à ceux qui rêvent d’un monde sans président ni politicien, nous disons : « Soyez sûrs que si nous usons de la puissance qui est en chacun de nous, il ne sera plus question de se demander quel farceur ira aux affaires. Les dirigeants tiennent leur pouvoir de notre apathie, de ce que nous leur déléguons. Notre campagne pour l’action directe doit remettre la capacité d’action entre les mains de ceux à qui elle appartient : le peuple. »

Le vote changera le chef, la révolte changera le monde

Peu importe qui gagne…

Projetons-nous jusqu’au mercredi 3 novembre. Tous les votes ont été commis, tous les bulletins comptés. Ou, aussi bien, beaucoup restent ignorés — c’est ainsi que vont les choses dans la plus grande des démocraties. Ce mercredi matin, donc, nous saurons quel homme blanc et vertigineusement riche dirigera l’Amérique pour les quatre prochaines années, quel enfant du privilège aura la haute main sur l’écrasante influence économique et les forces armées de l’unique superpuissance mondiale. Tandis que certains se taperont sur le ventre, ravis d’être un rouage d’un système politique « supérieur », le cercle de la violence et de l’inégalité criante se resserrera autour de nous, sans que le résultat de mardi y puisse rien changer.

… le système est pourri

Nous nous adressons à tous ceux qui ne sont pas seulement révoltés par la nature de cette campagne présidentielle, qui de deux maux voudraient nous faire choisir le moindre, mais que dégoûte aussi le grotesque du pouvoir centralisé. Le lendemain de l’élection, nous prendrons la rue. Nous protesterons, dans une marche passionnée, contre le second mandat de Bush ou le premier de Kerry. Nous dénoncerons cette prétendue démocratie, conduite par l’argent et les intrigues d’une petite élite, plutôt que par la participation et la coopération de tous. Nous marcherons contre ce système qui détruit la Terre au profit d’un petit nombre, au nom du capitalisme et du libre échange.

Si vous pensez que votre opinion n’est pas représentée par les deux partis monolithiques, ni par aucun autre, ni par aucun chef ; si ce que vos dirigeants font tous les jours en votre nom vous dégoûte avant, pendant et après les élections ; si enfin vous voulez construire des alternatives saines à la domination par la force et la crainte ; alors vous vous joindrez à nous pour résister — quel que soit le gagnant.

Ces textes, et d’autres, sont consultables en anglais sur le site http// :www.dontjustvote.com Traduction/adaptation : M. L.


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