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Algérie

Un 1er novembre pour les libertés

par le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie (Paris)
Le jeudi 28 octobre 2004.

Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie organise une réunion publique le jeudi 28 octobre de 19h30 à 22h45 à la Bourse du travail — 3, rue château d’eau, Paris 10e, métro République, salle Ambroise Croizat.



L’insurrection armée déclenchée le 1er novembre 1954 a fait subir à l’ordre colonial un revers historique. Pour avoir rendu possible la défaite de ce système fondé sur la domination et l’arbitraire, ce 1er novembre fait partie des fondements idéologiques, politiques mais aussi symboliques de l’Algérie moderne. Malgré les avatars de l’indépendance — de Ben Bella à Bouteflika, les hommes qui ont dirigé le pays ont lamentablement échoué face aux attentes de novembre —, cette date symbole continue d’incarner dans la conscience des Algériens les idéaux de liberté et de justice. Et c’est à son essence émancipatrice que se réfèrent encore aujourd’hui les nouvelles générations investies dans les luttes pour la conquête de leurs droits sociaux, économiques et culturels.

Les rédacteurs de l’appel du 1er novembre 1954 ne se sont pas trompés : « La lutte sera longue et l’issue incertaine… » À peine émergée d’une décennie de terreur qui l’a laissée exsangue, l’Algérie se trouve plongée dans un cycle de régression. De nouveau, les promesses de novembre se dérobent. La dérive planifiée touche le champ des droits et des libertés, sans exclusive. Chaque jour qui passe voit les maigres acquis démocratiques perdre du terrain, les libertés publiques fondamentales remises en question, les lois constitutionnelles soumises à la volonté du Prince. Chaque jour qui passe voit l’arbitraire triompher de la justice, la force brutale mater l’expression critique et les voix dissidentes. La liberté de la presse, encore à ses balbutiements, est menacée de liquidation. À peine conçus, les programmes de transformations sociales sont dévoyés par la corruption et la mafia, par les clans rentiers…

Depuis la mascarade plébiscitaire du 8 avril dernier, Bouteflika, le nouvel homme fort du système, mène un véritable programme de « pacification » de la société. Les instruments institutionnels nécessaires à la réalisation de ce projet sont en train de passer sous son contrôle personnel ou entre les mains de ses alliés. Grâce à ce dispositif, qu’il peaufine et améliore à mesure de ses besoins, il a réussi à faire tomber les quelques contre-pouvoirs que la société civile avait réussi à arracher de haute lutte.

Aux revendications sociales, économiques, linguistiques ou culturelles, aux aspirations de justice, le régime répond par la répression. En Kabylie, il tire à balles réelles sur des manifestants, organise des rafles parmi les délégués du mouvement des aârouch. À T’kout, il torture, puis emprisonne. À Labiod Sidi Cheikh, il organise la chasse aux animateurs des comités citoyens et incarcère sans procès. Des centaines de protestataires ramassés dans des marches pacifiques sont inculpés de troubles à l’ordre public, de délits d’attroupement. La machine répressive, police, gendarmerie et tribunaux, fonctionne à plein contre des journalistes, des syndicalistes. Toute contestation sociale est criminalisée : l’ennemi intérieur, le criminel, c’est Mohamed Benchicou et son journal le Matin, qui ose donner la parole aux insurgés de Kabylie, aux torturés de T’kout, aux syndicats autonomes, aux femmes en lutte contre des lois sexistes et discriminatoires, qui dénonce l’imposture et la corruption des cercles proches du pouvoir. Le délinquant, c’est le militant des Droits de l’homme Ghoul Hafnaoui qui révèle les turpitudes et les malversations des pouvoirs publics et des féodalités mafieuses locales, c’est le cadre intègre qui refuse la dilapidation du patrimoine public, le détournement des richesses nationales, etc.

Tout se passe comme si les acquis démocratiques arrachés par la société algérienne depuis l’Indépendance dans une lutte patiente et, depuis octobre 1988, dans le sang et la douleur, n’étaient pas un tribut payé par un peuple déjà meurtri dans son histoire mais une offrande du pouvoir nationaliste qui reprendrait son présent aussi facilement qu’il l’aurait concédé. Il ne faut pas que les fruits fragiles de ce double combat — contre l’intégrisme et contre l’arbitraire d’un pouvoir illégitime — qui compte parmi les plus tragiques de ce siècle, et les plus exemplaires, soient considérés comme des artefacts. Nous ne voulons pas que la tragédie de notre peuple, au cours de laquelle il a forgé le début de ses libertés démocratiques, soit considérée comme une récréation qui doit finir. Les hommes et les femmes qui ont pris courageusement les armes il y a cinquante ans pour lutter contre une des plus grandes puissances économiques et militaires du monde l’ont fait parce qu’ils ne supportaient plus l’injustice, l’oppression, le déni de leur Histoire et des libertés individuelles. Cinquante ans après, nous nous joignons à ceux qui ne supportent plus les mêmes atteintes. Avec eux, nous disons « non » à l’ordre régalien !

Libertés confisquées, droits de l’homme bafoués, presse libre menacée… Cinquante ans après novembre 1954, tout est à reconstruire. Le 1er novembre appartient à l’Algérie des opprimés… Réapproprions-le nous ! Défendons nos libertés ! Dédions cet anniversaire aux prisonniers politiques des mouvements citoyens de Kabylie, du Sud, des Aurès, à Ghoul Hafnaoui, à Mohamed Benchicou, journaliste directeur du Matin, condamné à deux ans de prison… À toutes les victimes de l’oppression.

Paris, le 29 septembre 2004

Collectif pour la liberté de la presse en Algérie (Paris)


Pour plus d’informations, contactez Fatiha Benchicou : Fdzanouni _chez_ aol.com





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