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Dehors, les pauvres !

Le jeudi 4 novembre 2004.

Alors que les États membres de l’Union européenne se posent des questions quant à l’entrée de la Turquie dans ladite Union, ils semblent avoir moins d’états d’âme en ce qui concerne l’externalisation des centres de transit. Il y a actuellement dans toute l’Europe 180 camps de transit ou de rétention (dont 18 en France) où sont parqués les étrangers migrants en situation irrégulière. Mais ça ne suffit pas car ça fait sale dans le paysage et parce que l’Union européenne ne veut plus gérer ces pauvres.

En 1999, l’Union européenne s’était engagée à rapprocher la situation juridique des étrangers de celle des ressortissants de l’Union européenne, on en est loin aujourd’hui.

Depuis le 11 septembre 2001, tout a changé. Tous les migrants, y compris les demandeurs d’asile, sont soupçonnés d’être des terroristes en puissance. Les migrants ne sont plus considérés comme des personnes auxquelles il faut éventuellement accorder une protection, mais un danger dont l’Europe doit se protéger. On assiste à une dégradation des politiques d’asile, où le contrôle policier est exacerbé et où les mesures restrictives se multiplient.

Les camps de rétention, qui ne sont que le prolongement de ceux construits dans les années 30 (Rivesaltes, etc.) sont des lieux de non-droit.

Tout cela ne semble pas suffisant à l’Union européenne, car cette politique « d’immigration maîtrisée » (comme ils disent) n’empêche pas les migrants de tenter de venir dans les pays riches pour y vivre un peu moins mal. Cette politique et ces camps entraînent davantage encore de voyages clandestins, de passeurs plus ou moins véreux et de passages de frontières dangereux (il y a eu au moins 4 500 morts dans le détroit de Gibraltar et à la pointe de l’Italie).

Dans un premier temps, pour « réguler le flux », de premières enclaves ont été construites, à Ceuta et Melilla, villes espagnoles situées sur le territoire marocain. Ce sont de véritables forteresses aux murs d’acier galvanisés, hauts de trois mètres, avec miradors, capteurs, etc. Mais ça ne suffit pas non plus.

En juin 2003, à Thessalonique, l’Angleterre de Tony Blair proposait à l’Union européenne d’installer des centres de traitement des demandes d’asile au-delà des frontières européennes, où seraient enfermés les demandeurs d’asile, le temps du traitement de leurs requêtes. Le conseil de l’Union européenne ne repoussa pas véritablement l’idée et demanda à l’Angleterre de « tester à petite échelle » la proposition.

Quelques mois plus tard, l’Angleterre négociait avec la Tanzanie (moyennant une aide économique au développement) la construction de camps pour recevoir les Somaliens déboutés de leurs demandes d’asile au Royaume Uni. La Tanzanie a refusé.

Tout s’est accéléré ces derniers mois quand, en août 2004, les ministres de l’Intérieur allemand et italien ont proposé de créer des « portails d’immigration » qui seraient chargés du tri des demandeurs d’asile et des migrants dans des camps situés hors des frontières de l’Union. Ce projet est soutenu par le futur commissaire européen des questions d’immigration.

« L’Europe persiste dans cette voie avec une démagogie et un cynisme déconcertant », dit-on au réseau Migreurop. Afin de justifier l’enfermement des migrants loin du regard des opinions publiques européennes, les dirigeants de l’Union européenne n’hésitent pas à soutenir que « ces camps pourraient sauver des vies », alors qu’on sait très bien qu’ils vont entraîner encore plus de passages clandestins et des prises de risques de plus en plus dangereuses. D’autres camps ont aussi été attaqués en Afrique et en ex-Yougoslavie, constituant des cibles privilégiées.

L’Union européenne, comme les patrons, ne voit plus que par la délocalisation et l’externalisation. Maintenant ce seront les pays pauvres qui géreront les pauvres. L’Union européenne va jusqu’à ériger des pays tels que la Tunisie et la Libye comme braves petits soldats à l’écoute et comme garants des droits de l’homme et du droit d’asile.

Les 17 et 18 octobre dernier, les ministres de l’Intérieur de cinq pays de l’Union européenne se sont rencontrés à Florence pour discuter de l’externalisation des camps ; le 5 novembre, un sommet réunira les 25 chefs d’État et de gouvernement pour définir l’avenir de la politique d’immigration de l’Europe.

À l’image de l’Italie où un large mouvement social se mobilise contre cette dérive inhumanitaire, il faut que dans toute l’Europe un mouvement se crée pour, au moins, dénoncer cette politique de repli sur soi d’un continent qui a peur d’aider les exclus que le capitalisme crée quotidiennement.

Jean-Pierre Levaray





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