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Si tu paies des impôts, c’est que tu gagnes des sous !

Le jeudi 4 novembre 2004.

Le Grand Soir, et ses corollaires absolus : l’abolition du salariat et de l’argent, n’étant pas encore à l’ordre du jour, il faut bien reconnaître que les biftons, le pognon, la thune, c’est encore ce qu’on a trouvé de plus pratique comme moyen d’échange, qu’on le veuille ou non. Alors, en attendant l’avènement du système de tout à dix balles, il faut bien se préoccuper un peu de ce qui avec le sexe et le pouvoir fait marcher le monde. Alors, bien évidemment, la chose étant d’importance, il s’est trouvé des professionnels pour s’occuper de tout ça. Du besogneux trésorier d’une association de boulistes jusqu’aux flamboyants Golden Boys de Macao en passant par quelques comptables peu scrupuleux du Sentier (qui n’ont truandé que des banques), les imaginations sont sans limites. Le capitalisme, dans son esprit, possède des ressources infinies pour échapper à la dilapidation et à la prodigalité. Que l’on travaille au noir pour survivre ou que l’on crée des sociétés écrans aux Îles Caïmans, tout le monde a peu ou prou sa petite combine pour amasser discrètement ou tout simplement survivre. La récente réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune — c’est son nom officiel — n’est qu’une péripétie de plus, initiée par ceux qui possèdent devant les faciès ahuris de ceux qui ne possèdent rien.

Le principe de cet impôt, dont sur le fond on ne peux pas véritablement se plaindre, sinon qu’il est trop faible, ce qui constaté par un libertaire n’est pas le moindre des paradoxes, le principe donc est assez simple. Initié par les socialistes, dont quelques-uns d’entre eux sont vraisemblablement assujettis, il « suffit » d’une fortune minimale de sept cent vingt mille euros pour que l’impôt soit dû. Un simple calcul niveau CM1 nous permet de constater que cette somme équivaut à peu près à 553 Smic brut mensuels (Smic brut 1 300 euros) soit 46 années de travail. C’est ainsi qu’un individu qui commence à travailler à l’âge de 18 ans jusqu’à 64 ans, soit payé au Smic et ne dépense pas un le moindre rond, paye l’impôt sur la fortune. Alors, les radins, on essaie ? De cette base de 720 000 euros sont évidemment exclus les biens professionnels, les œuvres d’art, les forêts, les droits d’auteur, les voitures de collection, etc. Il faut savoir que bien souvent ces braves contribuables peuvent également bénéficier de l’avoir fiscal, célébrissime dans années 70 pour avoir permis à un Premier ministre de ne pas payer un sou vaillant d’impôt sur le revenu. L’avoir fiscal est un crédit d’impôt de 50 % sur les revenus des actions : une action rapporte 100 francs de dividende par an, une remise de 50 francs est offerte par l’État sur le montant de l’impôt sur le revenu à verser et non pas sur le montant à déclarer.

La réforme de l’ISF a simplement consister à aligner l’assiette de cet impôt sur l’inflation. Suprême largesse quand on connaît le taux de l’inflation en ce moment. Signalons au passage que les retraités CGT manifestaient le jour même du vote de cette réforme pour que leurs pensions fassent l’objet du même traitement. On leur a évidemment craché à la gueule. Hé !

Tout ça pour en boucher un sacré coin aux salariés de base. Je mets au défi quiconque de faire fortune avec les simples revenus de son travail, quel qu’en soit le montant. L’accumulation de tout cet argent dont l’État ne prélève qu’une pincée n’est simplement issu que de manœuvres spéculatives, d’héritages, de possession et d’exploitation de moyens de production. Pour en finir l’impôt sur le revenu a rapporté en 2001 la somme de 47,9 milliards d’euros en 2001 et l’ISF devait rapporter en 2000 l’équivalent 13,6 milliards de francs. Qui osera nous faire le coup d’être empêché d’investir ? J’en ai avalé ma calculette.

Alors, oui, cent fois oui à la réforme de cet impôt, mais pas dans le sens préconisé par les libéraux à la sauce Madelin. Suivez mon regard. Cette taxe est une injure supplémentaire. Les socialistes se faisaient fort il y a presque vingt-cinq ans de faire rendre gorge à je ne sais plus quelle dynastie de patrons. On attend encore, bien sûr. Mais ça va durer encore longtemps ?

Jipé





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