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La Nouvelle bataille du voile

Le jeudi 4 novembre 2004.

Quoi de neuf avec la nouvelle loi sur les signes religieux ? Peu de conséquences heureuses à premières vue. Des journalistes français pris en otage en Irak, un boom sur les ventes de bandana en France… Et après ?

Le caractère hypocrite de la loi du 15 mars 2004 est évident. L’État se montre faux-derche, et il n’a pas le choix. Il fallait forcément louvoyer pour s’en prendre à certains signes et pas à d’autres. Le respect de la loi est donc toujours à l’appréciation des chefs d’établissement, avec cette différence qu’on leur demande d’être particulièrement attentifs au hijab. Ce dernier peut être remplacé par un bandana : c’est une tolérance. On est bien là dans l’hypocrisie totale, mais c’est ainsi. Reste donc l’interprétation qui est faite dans les lycées et collèges.

Il est vrai aussi que l’UOIF, dans un message surtout adressé à l’attention des ravisseurs de Georges Malbrunot et de Christian. Chesnot (accessoirement de Mohamed Al Joundi, leur chauffeur) avait joué profil bas et accepté le compromis du bandana. De ce fait, la rentrée devait « bien » se passer… Merci les ravisseurs et vive la patrie !

Reste tout de même des récalcitrantes… Ainsi, à Mulhouse, plusieurs jeunes filles ont été exclues de leur établissement. L’une d’elle Dounia, 12 ans, a déclaré : « Ma mère était contre, mon père aussi. Pour moi, ce n’est pas un signe religieux ostensible, c’est un signe de pudeur. » Avec une telle capacité rhétorique et un tel niveau d’autonomie à son âge, elle pourrait d’ores et déjà poursuivre un cursus bien au-delà du collège ! Il s’avère que les jeunes filles voilées ne sont pas seulement défendues par leur père, qui est cependant toujours dans l’ombre.

Une semaine plus tôt, les médias nous montraient une adolescente se dévoilant et commençant à pleurer à l’entrée de son lycée. Elle s’était rasé le crâne pour être en règle à la fois avec « la loi musulmane et celle de la République » en ne montrant pas ses cheveux et ne portant plus de foulard. La presse avait donc été convoquée pour l’occasion. Est apparu alors un comité « 15 mars et liberté » qui avait semble-t-il tout organisé. Cette association se donne pour but de « se mettre au service de celles et de ceux qui auront des difficultés avec l’application de la loi du 15 mars 2004 »… Ce comité a été fondé par l’UOIF et deux organisations qui en sont apparemment très proches : la Ligue française de la femme musulmane, le Fonds de défense des musulmans en justice…

Le comité 15 mars et liberté, très soft dans son communiqué de présentation, dit vouloir fournir, aux jeunes filles ainsi qu’à leur entourage une aide au dialogue, un soutien moral, une assistance juridique, une alternative et un soutien scolaire en cas d’exclusion… et indique un numéro vert. Que des bons sentiments…

Il faut se rappeler que les années précédentes, c’est l’UOIF (fondamentaliste) qui prônait les démarches auprès des tribunaux pour défendre le port du voile. C’est ainsi qu’il y a eu en France nombre d’affaires du voile depuis quinze ans, et ce sont finalement ces affaires qui ont fait la promotion de l’UOIF au sein de la communauté musulmane durant toutes ces années. C’est aussi l’UOIF qui a créé dans la Nièvre un centre de formation d’imams à l’aide de capitaux saoudiens et koweïtiens. Pendant ce temps, dans le Maghreb, en Iran, des femmes luttent comme elles peuvent contre le hijab.

Les médias sont-ils dupes ? Pourquoi tant de tapage autour de quelques jeunes filles manipulées en faisant comme si elles ne l’étaient pas ? Qui peut penser que des adolescentes ne sont pas influençables ? Le discours de ces jeunes est invariablement, depuis environ un an du type : « J’ai choisi de mon plein gré de porter le voile et je veux que la France préserve la liberté de choisir. » Il s’agit bien entendu de la liberté de choisir la servitude volontaire. Mais il s’agit aussi de se servir d’un principe revendiqué sans cesse dans le pays des droits de l’homme — la liberté religieuse — pour avancer des pions politiques, à savoir la soumission des femmes, sous le prétexte religieux. La soumission des femmes aux lois des hommes plus qu’à celle du Coran, dont différentes interprétations existent, y compris sur la question du voile.

Le hijab n’est qu’un symbole. Aujourd’hui dans les banlieues, il est le symbole d’une revendication qui allie confusément un diktat religieux, une solidarité avec les Palestiniens, victimes d’un conflit terrible qui relève plus de la xénophobie que de la religion, et une discrimination persistante, et pas seulement à l’embauche. Défendre la liberté des jeunes filles, les prémunir contre des superstitions liberticides, c’est aussi prémunir la société entière contre des apprentis dictateurs qui se servent du Coran pour asseoir leur pourvoir, manipuler les croyantes les croyants et tenter ainsi d’étendre ce pouvoir. Le combat contre le hijab, rappelons-le, n’est pas un combat antimusulman car seuls les intégristes imposent le hijab, c’est une lutte politique, que l’on pourrait dire antimachiste, mais ce serait ne voir qu’un aspect d’un système totalitaire. La lutte contre le hijab ne doit pas être symbolique et doit donc accompagner une lutte plus ambitieuse. Tirer sur le fil du hijab mène au « bureau ovale »…

Le Furet





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