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Avilir et contrôler

Le jeudi 5 juin 2003.

Dans le secteur public comme dans le privé, les structures d’insertion sont pourvoyeuses de main-d’œuvre à bon marché.



Chaque structure, dans le cadre de conventions avec l’État, doit remplir ces objectifs : « insérer ou réinsérer » les publics en difficulté (exemple : sur un effectif de 57 personnes en insertion, 12 devront dans l’année être en situation de travail, au moins 6 mois CDD, dans une entreprise ou en formation qualifiante).

Si l’objectif n’est pas atteint, la structure d’insertion se verra pénaliser financièrement par une diminution de sa subvention de financement. À partir de cet instant, tous les moyens sont bons pour réaliser les objectifs. Les accompagnateurs dits « sociaux » entrent en scène.

Les pressions auprès des RMistes deviennent permanentes, afin qu’ils acceptent n’importe quel emploi dans n’importe quelle condition. Ils vont jusqu’à les accompagner à l’entretien d’embauche en les préparant ainsi : « Il faut être gentil, il faut saisir votre chance… »

Si les RMistes font de la résistance, les menaces se font plus précises : « Votre contrat d’insertion ne sera pas reconduit, nous pouvons l’arrêter et ce sera à nouveau la galère… le chômage payé sur la base d’un demi-SMIC… »

Les négriers des temps modernes

Ces derniers sont des proies faciles pour toutes ces entreprises dévoreuses d’hommes et de femmes. Les seuls débouchés qui leur sont proposés restent les entreprises de nettoyage, c’est-à-dire les plus sales boulots avec des horaires complètement décalés (deux heures le matin entre 5 et 7 heures et le soir entre 18 et 22 heures). Il y a (encore) pire : quelquefois, ces entreprises n’hésitent pas à proposer des CDI pour deux heures ici et une heure là, à 15 ou 20 km du domicile.

Ou bien, des entreprises de terrassement offrent des possibilités d’insertion : là encore, les RMistes vont exécuter les tâches les plus pénibles, car ils n’ont aucune qualification. Les collectivités locales les emploient pour ramasser les papiers sur la voie publique. Dans tous les cas, ce sera un travail chiant, absolument pas gratifiant, où la personne ne risque pas de s’épanouir, bien au contraire.

Qu’à cela ne tienne !… pourvu qu’elle tienne six mois, afin qu’elle soit comptabilisée comme une sortie réussie pour la structure d’insertion. Qu’importe si, au bout de six mois, la personne est à nouveau licenciée et que la spirale de la galère s’installe un peu plus profondément, et surtout que l’individu en sorte un peu plus cassé.

Trimballer les individus d’échec en échec pour mieux les avilir, les rendre responsables de leur sort, voilà le rôle dévolu aux structures d’insertion.

Un système pervers

Aucune statistique fiable ne peut démontrer aujourd’hui, en termes de résultat d’insertion ou de réinsertion, l’utilité de telles structures. Si ce n’est de maintenir les personnes dans le réseau du secteur dit « social » afin de mieux les contrôler et de permettre aux entreprises et collectivités d’utiliser de la main-d’œuvre à très bon marché.

Ce système est tout bon pour les structures d’insertion : après avoir constaté l’échec, il permet après quelques mois de chômage supplémentaires, de réintégrer la personne au sein de la même structure, ou d’une autre, et cela avec l’aval de l’ANPE ou d’un(e) assistant(e) social(e).

Au passage, la structure d’accueil perçoit entre 190 et 230 euros par mois pour chaque personne accueillie. Cette société est vraiment répugnante. Hé, madame la Société, c’est quoi, la valeur d’un être humain, pour toi ?

Ce sont les plus pauvres qui permettent, par le biais d’un système bien huilé, et qui fonctionne à merveille, d’enrichir et de perpétuer les emplois des salariés des structures : ANPE, Assedic, et toutes les personnes qui, dans les différentes associations et administrations, ont mission d’aider par tous moyens à l’insertion ou à la réinsertion des RMistes, ont par une habitude de satrape contribué à faire en sorte que les publics soient encore un peu plus cassés, un peu plus dépendants afin de préserver leur petit confort.

Attention ! On apprécie une vessie qui fonctionne le jour où elle vous lâche !

Guy, groupe de Rouen
Justhom, travailleur social


Structure d’insertion : statut loi 1901, fonctionne avec un conseil d’administration ; chantiers d’insertion, associations d’utilité sociale, associations intermédiaires.

Contrat emploi solidarité (CES) : emploi à mi-temps (20 heures par semaine), ne coûte rien à la structure d’insertion.





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