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Mantes-la-Jolie

Le Pen se pose en victime

Le jeudi 27 novembre 1997.

Jeudi 20 novembre avait lieu la première partie du procès (c’est-à-dire la parution à comparaître) opposant Le Pen et ses molosses du DPS (Département, protection, sécurité) aux militants antifascistes impliqués ou témoins des événements survenus à Mantes-la-Jolie le 30 mai dernier. Rappelons succinctement les faits : entre les deux tours des législatives 1997, Le Pen vient soutenir sa fille Marie-Caroline qui courtise le siège de députée de la 8e circonscription des Yvelines. Dans la foulée de son fervent soutien à sa progéniture, il prend à partie la candidate socialiste Annette Peulvast, à coups de poing (voir Monde libertaire n° 1100).

Tous les protagonistes étaient donc cités à comparaître ce 20 novembre au palais de justice de Versailles, gardé pour l’occasion par une nuée de CRS et de gendarmes mobiles, par crainte d’une confrontation assez explosive. Mais le Front national a préféré déclarer forfait en donnant la consigne de ne « surtout pas » aller manifester. Ce sont donc uniquement les opposants au Front qui se sont mobilisés, à environ 500 personnes, venant de l’horizon habituel en pareil cas : PCF, PS, SUD, Ras l’front, SCALP, CNT-AIT…

Le Pen a été propulsé politiquement grâce au jeu démocratique, sera-t-il mis à l’écart par la voie judiciaire ?

Les enjeux de ce procès sont assez important pour l’avenir politique de Le Pen, et par extension du Front. En effet, il est poursuivi pour coups et blessures, ayant entraîné une ITT (Interruption de temps de travail) de huit jours, sur la personne de la maire PS de Mantes, qui a été élue députée au second tour de ces législatives. S’agissant d’un flagrant délit, il n’est pas couvert par son immunité parlementaire due à son mandat européen. Bref, s’il est condamné, il risque l’inéligibilité pour cinq ans… Ce qui lui fait donc fatalement manquer plusieurs échéances électorales importantes : les municipales à Nice où il pense se présenter face à ce « renégat » de Peyrat, et surtout les présidentielles de 2002. Même en répétant les combines de son dauphin vitrollais et en présentant sa femme à sa place, sa position de leader incontesté du Front risque d’en prendre un coup dans l’aile.

Pour parer à cette menace sur son plan de carrière, la stratégie de défense de Le Pen a donc consisté à porter plainte lui aussi contre ses opposants.

Devant la justice, deux plaintes réciproques se minimisent mutuellement, les juges ayant tendance à renvoyer dos à dos les plaignants. Il a donc cité un certain nombre de personnes, dont les noms figurent bizarrement tous sur la main courante du commissariat de Mantes à cette date, y compris une personne totalement étrangère à la manifestation, qui accompagnait un parent ! Étonnant, non, comme certains documents internes de la police circulent…

Les sept accusés, dont deux militants de la CNT et un animateur de Radio libertaire, sont donc poursuivis pour « menaces de mort » : ils auraient en effet clamé « Le Pen, une balle, le FN, une rafale », et autres slogans belliqueux à l’encontre de nos pacifiques frontistes. Et, bien évidemment, il y a des témoins : le DPS est là pour ça…

Résultat (provisoire) des courses : le procès réellement dit aura lieu les 19 et 20 février, cette fois-ci dans la grande salle du Palais de justice de Versailles, à 14 heures. Inutile de vous dire qu’il faudra y être nombreux également.

Anne & Guillaume
groupe Louise Michel (Paris)


Voir aussi : Les Bons, la brute et le juge (Le Monde libertaire n° 1112, 26 févr. 1998).


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