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Lyon

L’État maquignon dans toute sa splendeur

emplois jeunes « aides-éducateurs »
Le jeudi 27 novembre 1997.

L’académie de Lyon est donc pilote pour ce qui est de la création des 40 000 emplois-jeunes « aides-éducateurs » en 1997. Le département du Rhône se voit doté de 680 emplois-jeunes pour les écoles en cette rentrée scolaire. Les lignes suivantes relatent à travers l’expérience d’un arrondissement la mise en place concrète de cette nouvelle précarisation de la jeunesse.

Premier round : l’alibi démocratique

L’inspecteur de circonscription demande à chaque école qu’au cours d’un conseil de maîtres, un point de vue soit donné sur la création de ces emplois. Il rappelle que seules les écoles qui monteront un projet pédagogique auront la « chance » de bénéficier d’un emploi-jeune (merci pour la carotte !).

Sur le quartier concerné, trois écoles sur les quatre refusent un emploi-jeune expliquant ne pas vouloir être complices de cette opération démagogique renforçant la précarité. Dix jours s’écoulent.

Deuxième round : la mise au pas

L’inspecteur par voie hiérarchique informe les directeurs des quatre écoles que trois emplois-jeunes sont nommés sur celles-ci, et qu’ils tourneront chaque semaine.

Troisième round : l’autogestion de la précarisation

Une semaine plus tard, le même inspecteur informe que les quatre écoles auront le vendredi après-midi suivant libéré pour que directeurs et instituteurs se retrouvent afin d’établir l’emploi du temps de ces trois jeunes aides-éducateurs. À noter qu’un seul est là, les deux autres devant arriver en décembre.

La réunion s’est donc tenue. Casse-tête incroyable, puisqu’il faut donner à chacun 39 heures de boulot réparties en quatre lieux. Tels du bétail, les aides-éducateurs sont grillagés cet après-midi là. Suprême gentillesse, quand ils travaillent 9 heures de suite, ils ont droit à une heure de pause pour manger !

Voilà à quoi en sont réduits les enseignants : gérer l’exploitation et la misère sociale. Ils pouvaient refuser, penseront certains, mais faut-il rappeler que les syndicats FSU, FEN, SGEN-CFDT, CGT ont tous donné leur aval à cette opération. Résister au couple administration-syndicats ne peut se faire d’un coup. La seule résistance possible est apparue dans le fait de poser des horaires tout en laissant aux jeunes aides-éducateurs la possibilité de ne pas les respecter totalement à la lettre. Maigre solution qui comblait le sentiment d’écoeurement, de malaise, d’être pris en otage, partagé par beaucoup d’instituteurs.

Dernier round

Les craintes émises par les enseignants sur les dérapages possibles de cette opération se confirment. Dans une école maternelle de ce quartier, alors que le besoin d’une garderie du matin se fait sentir, la municipalité de Lyon refuse d’embaucher du personnel. La jeune aide-éducatrice fera donc ce travail.

Autre exemple à Marseille où les « femmes relais » de l’association Schebba ont été remerciées par l’Éducation nationale, les aides-éducateurs se chargeant de leur travail de médiation (Le Monde du 22/11/1997).

Jaime
groupe Kronstadt (Lyon)





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