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Daewoo-Orion

Le jeudi 12 juin 2003.

Le pouvoir a choisi la voie de la criminalisation de l’action syndicale ; ensemble, ripostons !



Pendant près de trois mois, les salariés de Daewoo-Orion ont lutté avec l’intersyndicale CGT-FO-CFTC contre la casse de l’emploi organisée par un patronat mafieux avec la complicité des pouvoirs publics.

Le 23 janvier, alors que les négociations sur le plan social préventif avaient débuté depuis quelques jours avec l’employeur et les pouvoirs publics, un incendie éclate et détruit la partie des locaux où étaient entreposé le stock de produits finis, c’est-à-dire « le trésor de guerre » des salariés. Plus de stocks, plus de locaux pour se réunir, plus de possibilité réelle de faire pression sur Daewoo et les pouvoirs publics : l’incendie a brisé le rapport de force que nous maintenions depuis mi-décembre et a permis à Daewoo d’accélérer la procédure de liquidation judiciaire et de s’en sortir sans débourser le moindre sou pour le plan social.

Dès lors, va s’engager la deuxième partie de la manœuvre qui vise à casser la lutte des travailleurs (déjà bien affaiblie) : trouver un bouc émissaire parmi les salariés les plus combatifs, à qui on veut faire porter le chapeau de l’incendie criminel et faire porter les soupçons sur la CGT de Longwy.

Les auditions de témoins menées par le SRPJ de Nancy débutent au courant de la première semaine de février. Le 12 mars, cinq personnes sont mises en garde à vue : quatre salariés et la secrétaire générale de l’UL CGT Longwy, Isabelle Banny. Par contre, le patron, qui n’avait pas fait le nécessaire depuis plus de deux mois pour assurer l’entreprise contre l’incendie, n’a nullement était inquiété et a pu librement retourner en Corée.

En ce qui concerne notre secrétaire générale, l’enquêteur qui l’a entendue a tenté, durant les auditions, de lui mettre la pression en insinuant sans cesse qu’elle mentait par omission, qu’elle connaissait l’auteur de l’acte criminel et qu’elle voulait le protéger. Il en a même rajouté une couche en lui disant : « Mademoiselle Banny, nous savons bien que vous n’y êtes pour rien, mais si vous n’avouez pas, la CGT va être éclaboussée. » Enfin, en la relâchant, au bout de 23 heures, il a poursuivi la pression en lui indiquant que le magistrat pourrait la mettre en examen pour faux témoignage.

En ce qui concerne les quatre salariés, ils ont été maintenus quarante-huit heures en garde à vue et ont été déférés au parquet de Briey le 14 mars dans l’après-midi pour tentative de destruction volontaire par incendie et destruction volontaire par incendie. Deux des salariés, Jean et Pietro, ont été mis en liberté sous contrôle judiciaire. Les deux autres, Ali et Kamel, sont placés en détention provisoire.

La mise en examen de Jean n’a rien à voir avec l’incendie qui a ravagé les locaux : on l’accuse d’être l’auteur d’un démarrage de feu dans une poubelle qui a eu lieu début janvier. C’est Kamel Belkadi qui est dans le collimateur du SRPJ de Nancy depuis le début. Il a le « profil » idéal : toujours en première ligne dans l’action, grande gueule, maghrébin, barbu !

Contre lui, il n’y a pas d’élément matériel, seulement l’accusation que Pietro a fini par « lâcher » à l’issue de sa garde à vue. Pietro est mis en liberté sous contrôle judiciaire. Ali, qui lui n’a pas mis en accusation Kamel, est placé en détention provisoire alors qu’il n’y a aucun élément le mettant en cause ; il ne sera libéré que le 3 avril : deux poids, deux mesures.

Depuis le 14 mars, Kamel est incarcéré à la maison d’arrêt Charles-iii de Nancy. Plusieurs demandes de mise en liberté sous contrôle judiciaire formulées par son avocat, maître Behr, ont été refusées par le juge des libertés. Le droit de visite n’a été accordé à sa femme que le 19 avril, et il a été refusé à tout le reste de sa famille, et notamment à son petit garçon de 14 mois.

La confrontation entre Kamel et son accusateur n’a eu lieu que le 5 mai, plus d’un mois et demi après le début de son incarcération. Pourquoi un tel délai ? Contre Kamel, pas d’élément matériel, une seule accusation. En sa faveur, trois salariés attestent formellement que Kamel était au poste de garde avec eux et n’en est pas sorti durant les trois quarts d’heure avant le départ de feu. Deux d’entre eux, Aomar et Brahim, n’ont été entendus par le juge d’instruction, Hervé Korsec, que le 13 mai ! Le troisième sera entendu le 27 mai. Lors de leur audition, Aomar et Brahim ont été soumis aux pressions agressives du juge Korsec et menacés d’être inculpés pour faux témoignage.

Au-delà de Kamel, l’union locale CGT de Longwy est clairement dans le collimateur de cette stratégie de criminalisation d’un mouvement ouvrier combatif : sa secrétaire générale est convoquée par le juge d’instruction le 3 juin prochain à 14 h 30 dans les locaux du TGI de Briey.

Nous invitons donc toutes celles et tous ceux qui sont solidaires et dénoncent la criminalisation de l’action syndicale a être présents le mardi 3 juin dès 13h 30 devant le TGI qui se situe place de l’Église a Briey (54).

Cette convocation serait-elle la mise en application des menaces proférées par le SRPJ à l’issue de la garde à vue, c’est-à-dire une accusation pour faux témoignage ?

Toutes les pressions ne suffiront pas à nous faire taire. Nous clamerons l’innocence de Kamel et de ses camarades jusqu’à ce qu’ils soient lavés de tout soupçon !

Nous voulons la vérité.

Pourquoi le dispositif incendie n’a-t-il pas fonctionné sur le lieu de l’incendie ? Pourquoi la direction avait-elle décidé ce jour-là de renvoyer chez eux les salariés qui devaient travailler l’après-midi (de 14 heures à 22 heures) ? Pourquoi les cadres n’étaient-ils pas présents alors qu’ils devaient l’être jusqu’à 22 heures comme il avait été défini lors de la réunion extraordinaire du comité d’entreprise qui s’était tenue le matin ? Pourquoi toute la comptabilité de l’entreprise a-t-elle été déménagée dans la journée du 23 janvier ? Pourquoi les gardes ont-ils reçu l’ordre de ne plus faire de ronde dans l’usine à partir du 23 janvier ?

Qui avait intérêt à ce que l’usine brûle ?

Une erreur judiciaire a été commise ; elle doit être reconnue. Kamel est innocent !

Nous n’aurons de cesse que les vrais coupables soient enfin identifiés ainsi que ceux qui les ont commandités.

Non a la criminalisation de l’action syndicale !

Un compagnon de l’Organisation communiste libertaire (OCL)


Faites parvenir au juge d’instruction et au garde des Sceaux des lettres de contestation pour exiger la libération de Kamel !

Hervé Korsec, juge d’instruction, TGI de Briey, place de l’Église, 54151 Briey.
Dominique Perben, garde des Sceaux, ministère de la Justice, 13, place Vendôme, 75042 Paris cedex 01.

Un comité de soutien

Nous avons créé un comité de soutien pour aider les camarades de Daewoo-Orion ainsi que leur famille. Si vous souhaitez en faire partie, veuillez nous contacter par téléphone au 03 82 24 30 48 ou par courrier à : UL CGT Longwy, 132, rue de Metz, BP 90 173, 54403 Longwy cedex.

Si vous souhaitez faire un don, envoyez un chèque à l’ordre de UL CGT Longwy.

Pour envoyer un message de soutien au camarade qui est en détention provisoire (ça lui fera du bien), adressez votre courrier à : Kamel Belkadi, maison d’arrêt Charles-III, 2, rue de l’Abbé-Diderot, 54000 Nancy.





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