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Et maintenant, entrer chez soi…

Le jeudi 12 juin 2003.

Voilà, je confirme, c’est super dur de rentrer chez soi, après plus de dix jours de VAAAG. On n’arrive plus à s’en défaire ! et les copains-copines nous manquent !

Au moins, on n’a pas bossé pendant six mois là-dessus pour rien ! ça valait vraiment la peine ! Une super réussite, une expérimentation sociale comme j’aurais pas cru qu’on puisse la faire il y a un an. On a semé des graines, elles ont commencé à germer, qu’elles continuent à croître !

Et n’oublions pas que le village a non seulement conquis des personnes déjà sensibles à nos idées, mais aussi des habitant(e)s d’Annemasse, qui nous ont soutenu(e)s et que nous avons d’ailleurs invité(e)s à nous rejoindre le mardi 3 juin au soir, pour une soirée avec AG et repas. Une super ambiance, des barrières tombent, des liens se tissent. Un Annemassien disait : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on va faire sans vous ? » On leur manque déjà ! et nos pratiques avant tout !

À bientôt.

Sophie, Chambéry

Mon bilan du Vaaag

Le premier jour, j’ai participé à la construction de la cuisine du quartier où on avait planté la tente, j’ai pas mal participé à la bouffe, et découvert l’application pratique et les implications du prix libre.

Le deuxième jour, j’ai pris un coup de soleil sur la tête, RAS… Ah, si, il y a eu la manifestive dans le centre d’Annemasse : c’était vraiment agréable d’inviter les gens à venir manger au village : il paraissait possible qu’ils se déplacent pour venir nous voir et discuter. D’ailleurs, certains l’ont fait, j’en ai vu passer quelques jours plus tard à un repas : un bon point pour l’ouverture sans transiger avec la radicalité (même si les drapeaux noirs font peur à la plupart des gens, moi avant comprise) !

Ensuite, ça se mélange un peu, il y a eu un pogo féministe réussi (on a pu réaliser un espace non mixte au deuxième rang des spectateurs, c’était pas gagné d’avance), un passage au point G, pour voir et tâter l’ambiance : essentiellement, ça fait du bien, je trouve ça réellement décontractant d’être débarrassée de tout regard masculin…

L’autogestion et les décisions collectives sont parfois un peu lourdes à manier (les assemblées de barrios sont longues, ou agressives, ou creuses…), mais on peut proposer ce qu’on veut et le mettre en pratique : y’a un truc qui va pas ? Ben, bouge tes fesses ! les infos sur les débats du VIG passent pas sur radio VAAG ? Propose ! le tri est fait n’importe comment ? Bon, on fait des affiches et on les distribue dans les cuisines ! Le tri est toujours fait n’importe comment ? On laisse tomber et on réalise que y’a peu de production de déchets (toutes les cuisines utilisaient de la vaisselle lavable par exemple), et que c’est là l’essentiel !

Le mieux, c’est d’avoir pu discuter d’énormément de choses avec énormément de gens : à n’importe quel moment, une discussion pouvait naître sur la décroissance, la nécessité de l’éducation, de la technique, l’anarchisme, l’antispécisme, l’utilisation de la violence ou n’importe quoi d’autre, et tout ça en faisant la queue pour aller manger, dans le car, au bar…

La mise en pratique aussi était importante. Quand on accueille des médias, on se rend bien compte des implications des décisions prises à leur sujet, quand des copines rentrent d’une manif qui à tourné à l’action directe, les mots se chargent de sens !

En bref, le Vaaag : un excellent outil pour changer le monde !

Virginie

Une vraie aventure

Une vraie aventure que cet événement contre le G8 à Annemasse. Ce fut dense et riche en énergie, en action, en concret, un baptême du feu un peu…

Le plus réussi, me semble-t-il, c’est le village, le Vaaag et la possibilité de se rencontrer, d’échanger, de participer à l’autogestion, pour devenir, encore plus… militante… contre le système en place, « pour » l’alternative.

Caro

Des villages autogérés partout et tous les ans !

Mais, surtout, je pense que cette expérience de village autogéré et anticapitaliste porte en elle un grand espoir pour les mouvements libertaires. Elle constitue un bien meilleur outil de propagande que les tracts, affiches, autocollants ou que les forums organisés à l’occasion. En effet, le terme même de propagande est en désaccord avec la philosophie anarchiste. On ne convainc pas à l’anarchisme, on devient anarchiste en le vivant, en l’expérimentant par soi-même. Voilà ce que le village a permis à des milliers d’individus, et ça a plutôt bien marché. Un grand nombre de personnes ont découvert la portée de l’anarchisme en participant à la vie du village. Des personnes qui, avant la création du village, étaient complètement étrangères au monde libertaire et qui portaient en eux de gros préjugés. J’ai pu, par exemple, rencontrer des membres d’Attac complètement séduits par l’autogestion et qui se questionnaient sur la structure de leur association ; ou encore des habitants des quartiers populaires qui hallucinaient sur le concept du prix libre. Ils ont tous pu constater que le village était extrêmement organisé par rapport à d’autres villages non autogérés ; ces derniers ressemblant plus à des campings qu’à des espaces de vie communautaire.

Respectant le principe « liberté comme but, égalité comme moyen et fraternité comme conséquence », le Vaaag et la Claaac ont permis, grâce à la participativité des « villageois », des conditions de vie très agréables et complètement expérimentales, des débats riches, et des rencontres d’individus de sensibilités différentes. Le village était extrêmement organisé. Bien obligé, si on voulait qu’il réponde au principe d’autogestion afin de faire participer au maximum les individus. Tout ceci a permis de jeter aux oubliettes le bon vieux stéréotype issu de la propagande savamment entretenue depuis des années : « L’anarchisme, c’est le chaos. »

Le fait de « participer » a beaucoup séduit. Je pense que l’individu ne demande que ça, mais qu’il ne sait plus le faire, pris dans la société de consommation. L’individu « spectateur » est devenu complètement passif et isolé dans « la société du spectacle ». J’ai ressenti ce village comme une gigantesque « situation » permettant à l’individu de réapprendre à participer. C’est en cela que j’ai été le plus impressionné.

Yvan, Bordeaux

Continuons à construire des villages alternatifs et de résistance !

Impressions à chaud au retour d’Annemasse où l’ambiance était vivifiante… Arrivée jeudi matin à l’aube dans une ville en état de siège où l’État et ses nombreux serviteurs en bleu marine avaient fait monter une psychose depuis des semaines sur l’arrivée de hordes de manifestants enragés prêts à tout péter. Conséquence : une population flippée, ville aux boutiques barricadées par d’élégantes plaques de contreplaqué (à qui profite le crime ?), quartier de flics en habits anti-émeutes bouclé par des grilles barbelés où l’on apercevait canons à eaux, et « tracteurs » anti-barricades… Jamais vu autant d’hélicoptères survoler les villages et les manifs. Ambiance de guerre. Pareil à Genève !

Au Vaaag (village anticapitaliste, alternatif et anti-guerre), une expérience d’autogestion a pu être mise en place dont évidemment aucun des médias propagandiste n’a parlé, plus pratique de focaliser sur les manifestations de violence que sur les tentatives de constructions alternatives !

La dynamique du Vaaag a été à mon sens particulièrement intéressante par les échanges entre les personnes vivant sur le village, notamment autour de la structuration de cette micro-société au-delà du système habituel de consommation. Le village organisé en quartiers, autour de cuisines autogérées, a pu fonctionné (legal team, accueil, cuisines, bars, équipe médicale, etc.) par l’implication directe des gens lors des nombreuses AG de démocratie participative. Je n’en dirai pas de même de la grand-messe concert où entre autres Manu Chao est venu chanter son Me gustas tu devant des milliers de gens qui consommaient aux camions bouffe et boisson… ainsi que certains teufeurs venus se défoncer et écouter de la tech toute la nuit, fatiguant pour reprendre des forces avant les manifs du lendemain…

Et puis, comme je l’ai entendu, alternatif ne rime pas avec « Je fais ce que je veux quand je veux, que ceux que ça dérange s’en aille. » mais, bon ! Bref, même si des imperfections ont existé (personne n’est parfait), ce qui s’est passé là a une valeur politique bien plus forte que tout discours ou manif, preuve que l’on peut fonctionner autrement.

Et puis les manifs : vendredi à Genève dans les quartiers des administrations mondiales (OMC, OMPI, Onu, etc.) ; grosse manif de dimanche aux slogans scandés par 5 000 anars ou assimilés tout au long de 15 km sous le soleil écrasant, mais la joie au cœur en chantant l’Internationale en rentrant au Vaaag… Et tout ce que je n’ai pas vu, entendu, vécu…

Continuons à construire des villages alternatifs et de résistance !

Véronique





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