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Charte de Prommata

Le jeudi 12 juin 2003.

L’association Prommata « promotion du machinisme moderne agricole à traction animale » a été fondée en 1991 par un groupe d’agriculteurs ariégeois appuyés par Jean Nolle. Elle siège à Rimont en Ariège. Prommata a pour mission, dans un esprit non lucratif, de soutenir dans leur démarche, les agriculteurs qui travaillent (ou souhaitent travailler) avec les animaux de trait.

Jean Nolle, décédé en 1993 à l’âge de 75 ans, avait mis au point pour les pays en voie de développement ce machinisme agricole au cours d’une centaine de missions sur les cinq continents.

Ce type de matériel est utilisé depuis les années 80 par des agriculteurs ariégeois. Il valorise la traction animale partout où elle est rentable : zones sensibles, territoires à fort handicap naturel, petites surfaces à production de qualité, transformées et vendues en circuit court.

Cet outillage est simple, polyvalent et moderne qui, modifié et adapté à nos sols convient très bien aux paysans européens.

Ce concept est le résultat d’une longue expérimentation sur le terrain et d’une réflexion globale sur une agriculture en crise à l’échelle planétaire. Malgré une prise de conscience récente, il reste beaucoup de progrès à faire sur les méthodes agronomiques aux conséquences sociales et environnementales souvent dramatiques.
— Fragilisation des sols, risques de ruissellement, de ravinement, de tassement, utilisation d’engrais et de pesticides, etc.
— Perte d’autonomie du paysan : engins lourds et sophistiqués, endettement, exploitations non transmissibles, dépendance alimentaire et industrielle soumises aux lois du marché.
— Perte de confiance du consommateur avec les récentes crises alimentaires et environnementales.
— Dépendance de la production alimentaire à un machinisme consommant des énergies coûteuses, polluantes et non renouvelables.
— Perte du lien avec les équilibres naturels qui sont sur la base d’une agriculture durable, d’un équilibre du monde rural dans ses aspects sociaux et environnementaux.
— Disparition du patrimoine des neuf races françaises de chevaux de trait.

Cette réhabilitation des animaux de trait dans le monde rural est une démarche économique, sociale et environnementale.

Économique, car la traction animale avec un outillage modernisé, pratiquée sur des petites surfaces est économiquement viable et favorise les productions de qualité à forte valeur ajoutée (production bio, transformation, circuits courts, etc.). Le concours de l’association aux utilisateurs leur permet :
— De bénéficier d’une certaine maîtrise technique et financière de l’outil de production. Chose rare dans le contexte actuel d’une agriculture industrialisée.
— D’assurer au moindre coût la maintenance d’un équipement simple.
— D’acquérir plus d’autonomie et d’éviter l’endettement lié à la mécanisation en matériel lourd.

Sociale, dans la mesure où les agriculteurs opérant en traction animale ou mixte vivent et travaillent pour ce « retour raisonné » à une cohérence de travail et de vie. Les petits porteurs de projets peuvent s’installer sans l’investissement lourd d’une mécanisation sophistiquée.

Environnementale, car la traction animale est par définition écologique. Elle permet :
— Une production de qualité respectueuse des sols et des consommateurs sans utilisation massive d’engrais, de pesticide ou de génétique.
— Des façons culturales adaptées à la sécheresse ainsi qu’à la préservation des cours d’eau et de la nappe phréatique,
— Le nettoyage des berges et l’exploitation des ressources forestières fragiles en préservant l’environnement,
— L’utilisation d’une énergie renouvelable et non polluante, et la production de matière organique fertilisante,
— La reconquête d’espaces délaissés par l’agriculture productiviste (territoires trop pentus, peu accessibles, trop morcelés). La rénovation d’une dynamique de territoire pour ces espaces en mutation est un véritable enjeu économique et social pour les massifs en déprise agricole. Elle passe par l’installation de pratiques agricoles « orientées qualité » adaptées.

Face aux enjeux de la modernité, toutes les propositions doivent être examinées. Une traction animale modernisée a pleinement sa place dans une agriculture dite durable. Elle va de pair avec les méthodes agro-écologiques : qualité des sols, des produits, de l’environnement, indépendance énergétique et travail à l’échelle humaine à l’écoute des animaux et du milieu naturel.


Références bibliographiques :

Machines modernes à traction animale, Jean Nolle, L’Harmattan
Le Cheval, énergie douce pour l’agriculture, Joseph Pousset, Utovie
Chevaux de trait, le retour ? Bernadette Lizet, CNRS, muséum d’histoire naturelle
Le Débardage à cheval en France, Anne Thiry, les Haras nationaux.





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