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Cinéma

« Hana-bi » — « 100 % arabica »

Le jeudi 27 novembre 1997.

Ce Lion d’or du festival de Venise est un fort beau film. Pourquoi ? D’abord parce qu’on retrouve Takeshi Kitano dans le rôle principal. Un peu amoché, il est vrai. La moitié de son visage bouge de façon désordonnée, un œil ne semble pas voir les mêmes choses que son compagnon. Mais il tire toujours aussi bien et se bricole des défenses de gamin, des pierres dans un foulard par exemple, des jeux de plage qu’on connaissait de « Sonatine » deviennent dans « Hana-bi » des farces crépusculaires : un cerf-volant ne veut décoller et se dissocie de sa moitié. D’étranges tableaux paraissent tout au long du film.

Nous pénétrons dans l’univers secret d’un grand cinéaste : grièvement blessé lors d’un accident de moto, Takeshi Kitano a fait des mois d’hôpital où il s’est mis à peindre pour tromper l’ennui. Peinture étrange, des fleurs ont des têtes d’animaux et des humains sont très petits face aux forces de la nature… une peinture naïve, mais forte, marquée par l’isolement et la souffrance. Dans son film ce vécu très physique impulse la lenteur, le rythme tranquille, les silences, mais aussi toutes les scènes de violence, tantôt réelles et immédiates, tantôt présentes dans le souvenir et ranimées par une douleur. C’est un film drôle, où le comique prend sa source dans un profonde sympathie avec l’humain.

Qu’il sonne le gong pour un petit garçon ou qu’il sauve sa femme tombée dans un trou de neige. Le monde des flics et des Yacuzas est montrée dans toute sa violence, gratuite. Certes, l’amitié temporise. L’affection aide. Mais ce Japon d’aujourd’hui pose les questions que nous nous posons aussi. Le Japon de Takeshi Kitano est traversé par une âme en peine, mais c’est une âme humaine.

Zemmouri, en pleine forme, se rappelle la truculence de ses premiers films, le rire qui pointe et la rage qui opère. Son imam est une caricature. Un fasciste dans un habit religieux qui ignore tous les préceptes, et lutte contre la musique soi-disant interdite par l’islam, et ceux qui la représentent ; ici tout simplement Khaled et Cheb Mami, deux voix du Raï, deux musiques assez différentes, mais aucune tromperie sur la marchandise. On lutte pour l’amour et la joie de vivre, et pour faire cette musique.

En dessous grouille le petit peuple des combines. Les gamins au commerce des cassettes piratées, les mères de famille elles-mêmes folles de musique, doublées par d’autres mères de familles elles aussi folles, mais de l’ordre et de la respectabilité. Et dans tout cela les jeunes, sportifs ou pas, prêts à la bagarre et aussi à défendre cette musique contre l’imam criminel… Avec Zemmouri tout devient simple. On fait un sort aux salauds, on vire les fauteurs de trouble et on chante, on danse, on s’aime.

Hélas ! la terreur en Algérie force notre mémoire malgré toute cette bonne volonté à être critique et incrédule. Ah, si cela pouvait être ainsi. Si le petit peuple venait à bout des tyrans à si peu de frais… et si l’on pouvait encore en rire ! Un film d’urgence, fait dans l’urgence. Un grand moment de bonheur, surtout musical il est vrai, mais dans la vie ça compte !

Heike Hurst
émission Fondu au noir (Radio libertaire)


Hana-bi, Takeshi Kitano

100 % arabica, Mahmoud Zemmouri





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