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Répression

Le Porte-parole du réseau Sortir du nucléaire arrêté

Le jeudi 25 mai 2006.

L’information a fait l’effet d’une traînée de poudre : Stéphane Lhomme, chargé de communication et porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, a été arrêté et placé en garde à vue le mardi 16 mai. Au terme d’une perquisition de cinq heures à son domicile bordelais, son téléphone portable et deux ordinateurs personnels ont été saisis. Il a été retenu pendant quatorze heures pour être libéré vers 22 h 30.

C’est une enquête déclenchée par le parquet de Paris qui a justifié une telle opération. Cette enquête a pour objet une « compromission du secret de la Défense nationale » et est liée à la divulgation d’un document classé secret-défense où est évoquée la vulnérabilité du nouveau réacteur nucléaire EPR (Réacteur européen à eau pressurisée) qui a été la cible d’une campagne et d’une manifestation les 15 et 16 avril à Cherbourg, non loin du futur site qui accueillerait le prototype à Flamanville, dans la Manche.

Or, ce document avait déjà fait l’objet d’une divulgation par le Réseau Sortir du nucléaire, il y a plusieurs semaines. Sans doute les policiers de la DST (Direction de la surveillance du territoire), chargés de la perquisition, recherchaient-ils chez Stéphane Lhomme les contacts ayant permis les fuites. Mais que dit ce document si convoité ?

C’est une lettre adressée par EDF, en l’occurrence B. Lescœur, au directeur général de la Sûreté nucléaire et de la radioprotection, et qui date de 2003. Ce document, accompagné de divers graphiques, détaille les risques envisagés par EDF au cas où un avion s’écrase sur un EPR. Il fait suite à des interrogations légitimes sur la capacité de ce prototype nucléaire à faire face à des attaques aussi folles que celles — inimaginables jusqu’alors — qui ont été lancées sur les Twin Towers le 11 septembre 2001. On peut y lire entre autre qu’indépendamment de la capacité d’EPR de résister à des chutes d’avions militaires, EDF ne prévoit pas tous les cas de figure en cas de conflit ou d’opérations armées. L’explication avancée dans ce document est que l’empêchement ou l’anticipation d’attaques est surtout du ressort de l’État. Par conséquent, EDF, qui reste dans un cadre normal de préventions des risques, n’envisage pas toutes les éventualités, jugées extrêmes ! La cerise sur le gâteau, c’est que B. Lescoeur, auteur du document si convoité par la DST, estime que les informations figurant dans ce dossier ne doivent pas être rendues publiques !

On comprend pourquoi : toutes les hypothèses ne sont pas envisagées par EDF, qui botte en touche en soulignant le rôle de l’État dans la prévention d’attaques d’envergure ou d’accident aérien… Comment être rassurés après avoir lu cela ?

Société nucléaire, société militaire

Il ne fait pas de doute que cette action déclenchée par les policiers spécialisés dans la lutte antiterroriste est aussi une intimidation à l’égard du médiatique militant antinucléaire.

Et le recours à la police en charge des dossiers antiterroristes relève d’une tentative de discrédit du militant. À travers lui, ce sont bien les actions et la contre-information dirigées contre l’industrie nucléaire qui sont visées. Le message est clair. L’industrie nucléaire, intimement associée à l’État depuis son activation en France, a besoin d’opacité, de secret, de surveillance pour être tranquille. La présence du « secret défense » dans cette affaire est un rappel du lien indéfectible entre cette industrie civile et l’armée [1]. À la suite de cette scandaleuse opération militaire chez Stéphane Lhomme, le Réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace, notamment, ont alors diffusé ce document sur leurs sites internet, encourant jusqu’à 75 000 euros d’amende et 5 ans d’emprisonnement [2].

Nous sommes partisans de l’autogestion généralisée des moyens de production et de distribution, de tous les secteurs, y compris énergétiques. Pour envisager cette démarche, quelques conditions de base s’imposent comme un libre accès à l’information et la légitimité des décisions. Pour favoriser la gestion directe, collective et écologiquement acceptable, une déconcentration des lieux de productions est indispensable, associée à une nécessaire coopération entre les différentes composantes de la vie sociale et économique.

Or, l’industrie nucléaire n’est rien de tout cela. Elle est écologiquement irresponsable et criminelle, source de production d’armes de destruction massive, et représente un modèle de société étatique (abus de pouvoir, culte du secret, débats tronqués, militarisation, concentration…) et de gabegie énergétique. La répression qui frappe les militants antinucléaires comme les syndicalistes ou les sanspapiers, est celle d’un système qui impose ses règles par la force au nom de l’intérêt général, en réalité l’intérêt des élites gestionnaires de l’État qui défendent aussi les règles du marché et de la propriété privée.

Daniel, Groupe Gard-Vaucluse de la FA


[1Le Monde libertaire avait abordé cette question dans son numéro 1425, p. 14-15.





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