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Lyon

L’État et sa justice savent défendre leurs petits

Le jeudi 11 décembre 1997.

Nous vous avons tenu au courant dans les pages du Monde libertaire (voir n° 1084 et 1096), au cours des mois derniers, de la constitution et des actions menées à Lyon par le Collectif contre les violences policières. Collectif qui fut constitué suite à l’arrestation le 25 avril dernier de trois militants lyonnais, deux heures après la dispersion d’une manifestation contre l’expulsion de deux lieux « alternatifs ». Ce collectif avait aussi la volonté de s’inscrire dans une dynamique d’ensemble en faisant le lien avec ce qui s’était passé à la même époque à Marseille et Toulouse. Dans ces deux villes, au cours de manifestations contre le FN des militants antifascistes avaient été arrêtés et violentés par la police.

Sur Lyon, les trois militants arrêtés ont été inculpés, après dix-sept heures de garde à vue et d’humiliations marquées par des violences physiques et verbales, de « violences à agent de la force publique » pour deux d’entre eux et d’« inscription sans autorisation sur bâtiment public » pour le troisième. Un premier procès, prévu le 12 juin 1997, fut à la demande de la défense reporté au 16 octobre. Un report qui permit de faire citer à comparaître un des policiers ayant exercé des violences à l’encontre de l’un des inculpés.

Lors du procès, sept témoins s’exprimèrent sur les « violences à agents » imaginaires avancées par les forces de police. Les avocats de la défense ont mis en avant des photos remettant largement en cause les versions policières ainsi qu’un certificat médical faisant acte des violences subies par les inculpés. En face, douze policiers ayant participé aux arrestations ont dû venir témoigner. En toute logique et comme un seul homme, ils donnèrent tous la même version des faits, affirmant ainsi leur solidarité avec leur collègue mis en cause.

Un verdict sans concessions

Le 13 novembre dernier, le tribunal correctionnel a rendu public le délibéré de ce procès. Le policier inculpé a bien évidement été relaxé. Les deux militants inculpés pour « violences à agent » ont été condamnés à 5 000 FF d’amende dont 3 000 avec sursis et 2 500 FF de dommages et intérêts. Le troisième inculpé a lui écopé de 3 000 FF d’amende avec sursis. Le tribunal a pris la décision d’appliquer ces peines sachant très bien qu’un des jeunes est SDF et sans ressource et que les deux autres vivent avec moins de 2 500 FF par mois.

Le collectif lyonnais contre les violences policières avait lui comme objectif dans le cadre de ce procès de réclamer la relaxe des trois inculpés, la condamnation des policiers et de dénoncer les exactions de la police à Lyon comme ailleurs. Lors de la campagne menée avant le procès, le collectif a pu réunir plus de 2 600 signatures de pétitions de soutien, organiser deux rassemblements devant le tribunal correctionnel ainsi qu’une réunion publique le 10 octobre dernier. Sans cette mobilisation, le verdict sévère que nous ne pouvons que tous dénoncer aurait pu être pire, à l’image des condamnations pour les mêmes accusations à Marseille et Toulouse où des peines de prison avec sursis ont été « quasi automatiques ».

Une fois de plus la parole du policier a pesé plus lourd que celle du simple citoyen, et la justice a montré son soutien total vis-à-vis de la police. Il y a déjà quelques siècles, Jean de La Fontaine estimait que « selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

David
groupe Durruti (Lyon)


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