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Encore un chiffon de papier !

la résolution du Conseil européen d’Amsterdam entérine la capitulation du gouvernement français
Le lundi 7 juillet 1997.

La conférence intergouvernementale d’Amsterdam, dont on avait annoncé à grand fracas qu’elle montrerait à toute l’Europe la vigueur de l’engagement du nouveau gouvernement français en faveur de l’emploi, ressemble à s’y méprendre à la fable du Vieux Li, histoire que racontaient, non sans humour, les maoïstes des années soixante-dix.

L’assemblée générale de la Commune populaire n° 32 se terminait. Dans quelques minutes serait prise la décision de construire un nouveau hangar pour stocker le riz ; les dimensions du hangar avaient été discutées et adoptées, le calendrier arrêté, les équipes prévues. On allait voter : une belle démonstration de démocratie prolétarienne. Puis, tout à coup, le Vieux Li leva la main pour demander la parole ; le Vieux Li était le plus ancien et le plus expérimenté des charpentiers de la commune populaire. Après que le président lui eut donné la parole, le Vieux Li commença un long discours où il rappela son attachement à la pensée et à la personne du Président Mao, au marxisme-léninisme, à la République populaire et à la lutte contre les vieilles idées. Pour en arriver au fait : dans la Commune populaire n° 32, comme dans tout le district, il n’y avait plus de clous… Désarroi, désappointement général. À ce moment-là, le président, qui n’avait pas oublié qu’il était aussi secrétaire de la section du Parti, se leva et dit d’un voix forte : « Je propose que nous passions au point deux de l’ordre du jour : la rédaction et l’adoption d’un texte sur l’avènement du communisme… »

Rien plus rien égale zéro

La résolution adoptée par le Conseil européen d’Amsterdam sur la croissance et l’emploi rejoindra, sans doute aucun, l’immense dépotoir des chiffons de papier, où l’aurait précédé le texte fictif sur l’avènement du communisme de la Commune populaire n° 32 s’il avait été effectivement rédigé.

Trois non-décisions structurent cette résolution :

  1. Les institutions européennes n’obtiendront pas de pouvoirs supplémentaires pour lutter contre le chômage ; Theo Waigel, le ministre allemand des Finances, a déclaré on ne peut plus clairement qu’« il n’y aurait pas de nouveaux moyens pour une politique européenne de l’emploi ; il n’y aura pas non plus de compétences additionnelles pour la Commission ».
  2. Le gouvernement allemand refuse de renégocier le contenu du pacte de stabilité qui encadre les déficits budgétaires et la dette publique ; le Nein énergique de nos voisins d’outre-Rhin s’agissant des faits et des engagements financiers s’est nuancé de quelques perles poético-financières telles que celle-ci : « Des politiques macro-économiques et budgétaires saines vont la main dans la main — c’est bien le texte — avec une croissance forte et durable de la production et de l’emploi… », qui n’engagent à rien.
  3. Aucun gouvernement européen n’entend verser un centime supplémentaire. Le ministre des Finances de la Bundesrepublik précise un peu plus pour les optimistes incorrigibles que sont les militants du peuple de gauche : « Quant à la Banque européenne d’investissement, elle ne modifiera pas ses statuts, elle interviendra dans le cadre existant, et il ne faut pas compter sur des volumes de prêts supplémentaires. » En langage clair : Circulez, il n’y a rien à voir et pas de pognon à distribuer !

On apprendra par la suite que les experts du gouvernement Jospin avaient préparé des propositions concernant la politique de ladite banque afin de constituer une sorte de fonds européen de croissance. Tout ça a été réintégré illico presto dans les serviettes devant les froncements de sourcils de nos amis et partenaires…

Tout va bien à gauche

Les inconditionnels du gouvernement de la gauche et des écologistes vont s’échiner à nous expliquer qu’il est réellement important que le mot « flexibilité » ne soit plus employé en Europe grâce à l’action du camarade Jospin. Ils auront fermé les yeux et refusé de voir que la résolution adoptée comporte des notions telles que efficacité du marché de l’emploi, compétitivité, fiscalité favorable à l’emploi — toutes notions qui recouvrent les concessions passées et futures que les pouvoirs publics européens ont accordé et accorderont au patronat du continent, à savoir la réduction des garanties légales des contrats de travail, les facilités faites à la « mobilité de la main-d’œuvre » afin de lui permettre de réagir aux « changements économiques », c’est-à-dire, en langage courant, à la flexibilité et, enfin, la réduction des prélèvements opérés sur les entreprises.

Enfin, nous apprenons avec plaisir que le parti communiste français, membre à part entière du gouvernement, est quasi euphorique. Pour lui, « l’essentiel est que le débat est ouvert dans l’opinion et dans toute l’Europe sur le contenu de la réorientation de la construction européenne ». Ce saut qualitatif a été obtenu « grâce au gouvernement français ».

Maxime Gremetz aurait, paraît-il, quelques maux d’estomac : après Budapest, la dénonciation du stalinisme, Georges Marchais, la Pologne et Gorbatchev, il va devoir maintenant, avec ses camarades les « communistes lutte de classes », supporter un gouvernement de gauche globalement positif.

Rassurons-le : il vaut mieux être un dirigeant oppositionnel du PCF qu’un chômeur qui s’inquiète de la possible suppression des fonds sociaux de l’Unedic. Et puis, peut-être, le gouvernement de la gauche et des écologistes pourra faire quelque chose sur ce qui apparaît être un nouveau dossier délicat. Encore un peu d’audace, camarades ministres !

Jacky Toublet


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