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Le CRC devient le SUD-CRC Santé Sociaux

Le lundi 7 juillet 1997.

Quand, en décembre 1988, la CFDT se débarrassait des moutons noirs de la région parisienne, instigateurs et acteurs des grèves des camions jaunes à la Poste et des blouses blanches dans les hôpitaux, elle était loin d’imaginer ce qui serait développé par ces syndicalistes étiquetés de gauchisme. C’est vrai que neuf années plus tard, la Fédération SUD PTT préfère animer des luttes à la Poste ou à France Télécom ou dans le cadre d’AC ! (Agir contre le chômage) et des marches européennes d’Amsterdam, que de se vautrer dans les fauteuils des ministères, de l’Unedic ou de la Sécurité sociale.

Dans le secteur sanitaire et social, la Fédération CRC Santé Sociaux eut plus de difficulté à se développer. Dans ce champ, il n’existe pas de tradition syndicale forte comme dans la production ouvrière, ce qui explique pour partie le faible taux de syndicalisation, 4 % à comparer avec celui de tous secteurs confondus de 10 % en France : cette quasi absence d’organisation collective est liée bien évidemment aux difficultés rencontrées par les femmes pour se syndiquer, secteur fortement féminisé à 80 % environ, mais aussi à la tradition de dévouement qui pèse encore dans certaines catégories professionnelles. Aussi, l’activité syndicale s’est priorisée sur les revendications sectorielles (défense de l’hôpital public, luttes contre l’insuffisance des budgets hospitaliers et sociaux remettant en cause non seulement des droits des salariés mais aussi l’avenir de certains services), voire souvent catégorielles (comme pour les assistants de service social, les aide-soignants ou les infirmiers de secteur psychiatrique) afin d’asseoir un syndicalisme d’action au plus près des préoccupations des salariés. Tirer la leçon du mouvement des infirmières et autres personnels de santé en septembre et octobre 1988 qui avait formé une coordination en dehors des syndicats et démontrer la validité et la nécessité d’un syndicalisme face aux réformes et restructurations majeures annoncées. Il n’y a pas que Madame Mégret pour fermer les services sociaux (licenciements et asphyxie budgétaire par suppression de subventions municipales), les communes, du fait de la décentralisation, ont la possibilité de faire des choix et elles ne se privent pas de couper dans l’action sociale. Quant au secteur de soins, au lieu de mener une politique de santé reposant sur la prévention, le dépistage, l’éducation sanitaire, on répond aux exigences du capitalisme, aujourd’hui appelées critères de Maastricht : il ne s’agit pas de santé d’une population mais de dispenser des soins, source de profits juteux tel que l’ont compris depuis longtemps les trusts pharmaceutiques et industriels pour le médicament et le matériel biomédical, les praticiens en exercice libéral, sans oublier la soif d’investir des groupes ou opérateurs comme Bouygues, la Générale des Eaux ou Paribas.

Un syndicalisme d’action radicale…

Aujourd’hui, la Fédération CRC compte 2 500 adhérents sur le plan national pour un million environ de salariés, ce qui est dérisoire mais les grandes confédérations qui se targuent de dizaines de milliers de syndiqués n’en font guère plus si ce n’est moins dans l’action quotidienne. Après le mouvement de novembre et décembre 1995, des syndicats CRC parfois, mais aussi SUD se sont formés, s’affiliant à la Fédération. Issus de la CFDT, très souvent, la coupe étant pleine, mais aussi retrouvant le syndicalisme ou le découvrant, ces adhérents recherchent avant tout une organisation de lutte dont ils peuvent maîtriser tous les aspects. Le CRC semble répondre à leurs besoins. Les choix politiques en matière sanitaire ou sociale sont les mêmes que ceux qui présidaient au plan Juppé : des convergences d’action et de réflexion apparaissent et permettent de dépasser le seul cadre sectoriel. En effet, la politique sanitaire et sociale, basée sur la protection sociale, n’est-elle pas au cœur d’un choix de société. L’action interprofessionnelle renaît, les liens se sont retissés ça et là, fondés sur le « Tous ensemble, on a plus de chance de gagner " ».

Lors de son congrès à Dourdan, les 11, 12 et 13 juin dernier, toutes ces questions ont animé les débats. Le CRC a sans doute tourné une page, reprenant le chemin de l’interprofessionnel en adhérant au Groupe des Dix, aux côtés du SNUI (impôts), du SNJ (journalistes), du SUD PTT et des divers syndicats SUD (Rail, Éducation, FNAC, Métaux, Collectivités territoriales, ANPE…) : en même temps s’affirmait la volonté de ne pas créer une confédération SUD aujourd’hui, non pas que l’idée n’est pas reprise, mais si une confédération nouvelle doit voir le jour, elle devrait inévitablement prendre en compte d’autres réalités syndicales, la décomposition-recomposition syndicale est loin d’être achevée. Le changement de sigle, quant à lui, ne répond pas à un effet de mode — SUD, mot magique qui ferait adhérer — mais apparaît comme une possibilité de repère d’un certain syndicalisme : aux lendemains du congrès, plusieurs sections syndicales et syndicats se sont adressés à la Fédération SUD CRC Santé Sociaux, ainsi formée, pour demander leur affiliation. Ce repère s’appuie sur la solidarité, l’unité et la démocratie comme le sigle l’évoque. « Révolution » titrait l’hebdomadaire professionnel TSA (Travail Social Actualités) du 20 juin, quant à la modification du sigle, n’exagérons pas. Formons plutôt le souhait que cette volonté de rénover le syndicalisme, qu’affiche le SUD CRC, puisse permettre à certains et certaines de développer un syndicalisme, à défaut d’être révolutionnaire voire anarchosyndicaliste, qui allie l’action radicale et un projet de transformation sociale à définir au niveau interprofessionnel.

Hélène Hernandez


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