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Jean-Paul II, un commis voyageur au service du fascisme et de la réaction

Le vendredi 8 août 1997.

Pendant toute la décennie des années 80, le pape Jean-Paul II fut présenté par les médias comme le champion des droits de l’Homme dans le monde. Une bonne partie de l’opinion publique saluait au début de cette décennie les grèves victorieuses des chantiers navals de Gdansk et beaucoup voyaient en Solidarnosk l’émergence d’un syndicalisme authentique et indépendant dégagé du totalitarisme stalinien. Il est vrai que dans ce syndicat la mouvance catholique n’était pas la seule représentative : une autre mouvance, laïque, politiquement très diversifiée n’était pas non plus quantité négligeable.

Les médias faisaient bien état des prises de position rétrogrades du pape en matière de mœurs (liberté de contraception et droit à l’IVG) mais face aux enjeux, ceci était présenté comme un problème secondaire. En 1980, le fascisme faisait partie du passé et le seul totalitarisme menaçant, pour beaucoup d’humanistes de gauche par exemple, était rouge et seulement rouge. Les déclarations étaient peu prises au sérieux, mai 68 était passé par là et la loi Weil de libération de l’IVG, comme le droit à la contraception apparaissaient comme des acquis inébranlables.

Une nouvelle croisade

Seuls des militants bien informés pouvaient déceler les dessous des cartes d’une politique de reconquête du Vatican qui n’était pas encore manifeste. Tout montrera par la suite que l’Église catholique n’a jamais digéré et accepté la laïcité. Le premier signe avant coureur fut le voyage du pape au Bourget en 1982, organisé déjà en grande pompe par le gouvernement de gauche qui s’apprêtait à capituler sur la question scolaire après les manifestations pour les écoles dites libres de 1984, on connaît la suite, dix ans plus tard les accords Lang-Cloupet, en mettant à partie égale l’enseignement laïque et l’enseignement privé aggravaient les dispositifs antilaïques des lois Debré et Guermeur de 1958 qui autorisaient des crédits publics à l’enseignement privé. Les vœux de la sainte Eglise étaient bien exaucés.

À partir de cette date, les voyages pontificaux vont alors se multiplier. Pour Jean-Paul II, il s’agit d’éradiquer tout un passé révolutionnaire et un vieux fond voltairien bien enraciné dans une culture laïque. Significative est cette sentence si souvent prononcée par le pape : « France, qu’as-tu fais de ton baptême ? » Chaque voyage a été destiné à exhumer la mémoire de saints comme pour mieux exorciser les démons de la laïcité : le pape ne sera jamais avare de discours pour fustiger le rationalisme athée, preuve que l’Église estime sa vision du monde, de l’homme et de la société comme étant la seule vraie. Ce totalitarisme rampant ne fait que constituer la face cachée de l’émergence d’une extrême-droite européenne de plus en plus palpable dans la réalité à partir de 1984-1985. On sait maintenant que Carol Wojtyla faisait partie de l’Opus Dei, qui favorisa dans Solidarnosk la frange nationale-catholique au détriment d’une gauche laïque dans ce syndicat, avant le coup d’État du 13 décembre 1981 du général Jaruzelski. On connaît le rôle joué par l’Opus Dei, congrégation fondée en 1928 par Escriva de Ballaguer, sa contribution à la victoire du général Franco lors de la guerre civile espagnole. Par la suite, ses collèges vont concurrencer ceux des jésuites et se destinent à former les élites technocratiques de l’Espagne franquiste. Cet épiphénomène espagnol a bien conquis sa dimension européenne, voire mondiale en même temps que Jean-Paul II asseyait son pouvoir à Rome : il élimina des congrégations vaticanes pour y placer des hommes de l’Opus Dei qui jouent un rôle croissant depuis dans l’ordination des évêques.

Aujourd’hui, le poids de l’Opus Dei dans les rouages des États et des institutions européennes, dans les milieux de la haute finance n’est plus un secret pour personne. Le traité de Maastricht, destiné à donner les pleins pouvoirs à une banque centrale, la dictature des technocrates de Bruxelles sur les peuples, correspondent bien aux vœux du grand capital, du Vatican et de l’Opus Dei. Depuis la chute du mur de Berlin, celui-ci s’implante désormais en Europe de l’Est.

Le sabre et le goupillon…

Quant aux tournées du pape en Amérique latine, elles sont également chargées de sens dans des pays où depuis 1945, l’Opus Dei s’est implanté par le biais des ambassades espagnoles. C’est dans ses rangs que Jean-Paul II recrute ses évêques qui constituent les piliers les plus sûrs des dictateurs, sans compter que l’Opus Dei, dans ce continent, est une arme secrète destinée à combattre les mouvements subversifs de guérilla. C’est bien un évêque de l’Opus Dei qui se trouvait aux côtés du président Fujimori au Pérou pour négocier avec les guérilleros du MRTA (Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru) lors de cette prise d’otages à la fin si tragique. Rappelons au passage que l’Opus Dei et les chevaliers de l’Ordre de Malte se sont spécialisés dans l’expatriement des criminels de guerre nazis du continent européen vers l’Amérique latine.

Ainsi donc, la béatification par Jean-Paul II d’Escriva de Ballaguer et des prêtres espagnols fusillés par les républicains lors de la guerre civile de 1936-1939 prouve bien les affinités de Jean-Paul II pour l’idéologie fasciste. Ces prêtres qu’on a si souvent présentés comme des victimes alors que des armes étaient stockées dans les églises et les monastères espagnols pour être utilisées contre les ouvriers et les paysans de ce pays lors du putsch du 18 juillet 1936. Oui, Jean-Paul II est bien le digne héritier de Pie XII, autre pape qui a marqué son époque par ses sympathies pour Hitler, Mussolini et Franco. Mais la doctrine sociale de l’Église n’a-t-elle pas engendré tous ces totalitarismes ? Lorsqu’on affirme la sentence « Nous sommes tous frères en Jésus Christ » on peut finir par justifier la négation de la lutte des classes et l’idée que l’individu ne peut exister qu’en fonction de son appartenance à une communauté dont la morale n’est définie qu’en fonction de Dieu. Tous les interdits de l’Église, toute cette morale qui aboutit à la négation du droit à l’IVG et la liberté de la contraception découle de là.

Les anarchistes se trouvent donc diamétralement opposés à cette démarche. Ils partagent avec tous les rationalistes et humanistes laïques l’idée que la morale est une morale naturelle, produit de la raison humaine dont nous acceptons les limites sans vouloir la subordonner au mythe d’un Dieu vengeur. Notre recherche éthique puise ses racines dans le matérialisme antique d’Épicure, l’humanisme de la Renaissance et la philosophie des Lumières. Elle se poursuit dans une même démarche rationaliste avec notre propre originalité en référence à Pierre Kropotkine et Jean-Marie Guyau avec son idée d’une morale sans obligations ni sanctions. L’individu est la base de notre système fédératif. Avec Proudhon, nous refusons la dictature de la communauté sur l’individu. Dans une société de producteurs libres, ceux-ci sont intégrés dans des associations de producteurs, dans le cadre de contrats librement consentis. Tout nous sépare donc du totalitarisme clérical. Face à son arrogance nous combattrons sa volonté de régir nos consciences et nous opposerons cet orgueil prométhéen qui fonde l’amour de la liberté.

À bas la calotte, vive l’anarchie !

Georges l’Émigrant


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