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Sans-papiers

Plus de 50 jours de grève de la faim à Lille

Le mercredi 8 janvier 1997.

Fêtes ou pas, les sans-papiers de Lille, à l’image des chômeurs qui occupent les ASSEDIC, ont poursuivi leur grève de la faim pour la régularisation globale. Grève dure, tendue, à peu près ignorée de l’ensemble de la classe politique. Il paraît qu’après la circulaire et la loi Chevènement, l’affaire des sans-papiers est réglée en France. C’est pourquoi Lionel Jospin a effectué ce voyage en Afrique francophone afin de persuader des gouvernements sur lesquels l’État français ne manque pas de moyens de pression pour rapatrier ces indésirables lutteurs.

C’est peu dire que, pendant longtemps, les sans-papiers avaient de quoi se sentir seuls. Plus de cinquante jours de grève depuis le 17 novembre et pas d’issue à l’horizon. On ne les a pas vus tous ces ténors politiques régionaux et nationaux qui s’étaient pressés autour d’eux au printemps dernier, hormis Marie-Christine Blandin, présidente verte du Conseil régional sur un siège éjectable, qui continue à jouer au poil à gratter du PS local.

Les grévistes n’ont plus rien à perdre. Nombre d’entre eux font partie du comité depuis sa création et n’ont toujours rien vu venir, si ce n’est de multiples convocations (jusqu’à 9 !)

Certains souffrent énormément de cette grève de la faim. L’un d’eux a été admis à huit reprises aux urgences du CHR tout proche suite à des malaises. Dès le 35e jour de grève de la faim, quelques-uns ne supportaient plus l’eau sucrée qu’ils devaient impérativement boire. D’autres complications sont alors apparues : des nausées et des vomissements qui leur ont interdit de boire quoi que ce fut. Le résultat ne s’est pas fait attendre : Seidi Samba et Danso Bourama ont été évacués le 24 décembre au CHR où ils sont restés plus de 24 heures du fait de la déshydratation et de lésions qui s’ouvrent dans la paroi stomacale.

Préfecture : silence radio

Malgré cela, la préfecture du Nord est restée silencieuse, comme si la grève n’existait pas. Mais les grévistes de la faim sont déterminés à aller jusqu’au bout. Après seize mois de lutte, ou ça passe, ou ça casse.

Les appels à la mobilisation n’ont pas manqué : deux manifestations de 150 et 200 personnes les 13 et 20 décembre ; un débat que les groupes lillois de la Fédération anarchiste avaient organisé avec l’UNEF à la fac de lettres le 11 décembre… et une occupation de la mairie de Lille le 19 décembre, à l’appel de parrains et marraines de sans-papiers, à laquelle ont participé Humeurs noires, AC !-Lille, des squatters du Teepy, le Comité anti-expulsion de Villeneuve d’Ascq et le Collectif antiraciste et antifasciste d’Arras. Occupation qui n’eut pas l’heur de plaire à la municipalité. Daniel Rougerie, ex-mao écolo reconverti en conseiller municipal chargé de la sécurité, n’a sans doute pas goûté ce qui devait être pour lui une mauvaise plaisanterie. Il a fait évacuer les lieux après deux heures d’occupation.

Le 29 décembre le Comité réussissait non sans mal à rencontrer la préfecture. Elle avait accepté une rencontre à la demande de la CGT, du MRAP et de la LDH pour faire le point de la régularisation. Le CSP 59 dut s’imposer à cette rencontre, à laquelle la préfecture souhaitait qu’il ne participe pas.

Concernant la circulaire, le représentant du préfet fit savoir que 2 630 dossiers avaient été reçus et 2 630 convocations envoyées, que 469 personnes avaient été régularisées (21 %) et 12 refus étaient en instance d’être envoyés.

Concernant la grève de la faim, voici la teneur de l’échange avec M. Bellour, directeur de cabinet du préfet, tel que l’a rapporté le comité. C’est édifiant :
— CSP 59 : « Le préfet a une liste de vingt grévistes de la faim qui ont entamé leur mouvement depuis le 17 novembre 1997, que décide-t-il ? »
— M. Bellour : « Ceux qui doivent être régularisés le seront et ceux qui ne doivent pas l’être ne le seront pas. J’ai mandat de vous dire que la réponse viendra incessamment. »
— CSP 59 : « Qu’entendez-vous par incessamment, aujourd’hui ou demain ? »
— M. Bellour : « Le mandat que j’ai, c’est que ce sera incessamment, je ne peux pas vous en dire plus. »
— CSP 59 : « Faites vite Monsieur le directeur de cabinet, car déjà deux ont vomi du sang et deux autres viennent d’être hospitalisés maintenant. Il va y avoir un alignement de cadavres jamais vu dans l’histoire de France. Sur les vingt grévistes de la faim, le CSP 59 affirme que 14 peuvent obtenir la régularisation tout de suite sur la base de la circulaire du 24 juin 1997 et sept qui sont frappés d’interdiction du territoire (ITF.) peuvent obtenir l’assignation à résidence. Le CSP 59 vous annonce que Khamkhi vient de voir son ITF levée, c’est la preuve que l’assignation est utile et nous permet de faire notre travail en toute quiétude en direction du tribunal. »
— M. Bellour : « Je ne puis répondre sur l’assignation à résidence, mais je vais en référer. De toutes façons, il y en aura qui ne seront jamais régularisés, notamment un qui fait l’objet d’une enquête lourde. »
— Le CSP 59 et les organisation présentes : « Que faites-vous de la présomption d’innocence ! Régularisez-le, il entre dans le cadre de la circulaire et la justice suivra son cours. C’est cela respecter l’État de droit. »

Vers un renforcement de la mobilisation

Depuis cette entrevue, alors que les grévistes de la faim attendent ces courriers qui doivent les informer de la décision du préfet, rien ne leur était parvenu le samedi 3 janvier.

Ce même jour, une nouvelle manifestation de deux cents personnes rassembla les sans-papiers de Lille, les chômeurs d’Arras venus les soutenir ainsi que des sans-papiers de la région parisienne (Saint-Bernard, Coordination 93 et 94, quatrième collectif…) pour exiger la régularisation de tous les sans-papiers. Ces chômeurs qui occupent les ASSEDIC d’Arras ont ainsi montré la solidarité qui peut et qui doit exister entre les « sans », notamment en remettant au CSP 59 les 4 500 FF qui constituent la moitié d’une collecte qu’ils avaient effectué au péage de l’autoroute d’Arras.

Le gouvernement, par l’entremise du Préfet est maintenant au pied du mur. Ou il régularise, ou il recourt aux mêmes méthodes que le gouvernement Juppé : organiser une opération policière sur le site de lutte, arrêter les grévistes et expulser « ceux qui ne seront jamais régularisés » ou laisser mourir des gens qui ne demandent qu’une chose : vivre !

Une nouvelle manifestation est prévue le samedi 10 janvier, 15 heures Grand-place à Lille.

Bertrand Dekoninck
groupe Humeurs noires (Lille)


Comité des sans-papiers 59 : Pavillon Denis-Cordonnier — CHR 59000 Lille. Tél. : 03 20 60 20 68.


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