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éditorial du n° 1105

Le jeudi 8 janvier 1998.

Pour ce début d’année, Le Monde libertaire vous propose un petit conte de Noël.

En ce 31 décembre, Chirac présente ses vœux. Il souhaite à tous « une France rassemblée (autour de lui certainement) et fière de ses valeurs ». Sur ce point, il se fait plus précis : « que les pouvoirs publics restaurent l’ordre et la sécurité ». Logiquement, on en déduit que le désordre et l’insécurité régneraient sans partage. Comme tout un chacun, notre vénéré Président n’échappe pas au bombardement médiatique. Depuis plusieurs mois, il peut voir chaque jour sur son petit écran qu’« il y a chez nous trop de violence, trop d’insécurité dans les écoles, dans les transports, dans les rues ».

Attentivement, Jospin écoute le Président. Pensif et soucieux, il se dit qu’il est temps de faire face, sans lésiner sur les moyens bien entendu, ni reculer devant de vagues considérations ayant trait aux libertés individuelles. Les bavures policières sont certes regrettables, mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…

Une coupe de champagne à la main, Jospin réfléchit. La gauche multiplie les déclarations assurant qu’elle n’est plus complexée face à la sécurité. Aujourd’hui, Vigipirate s’est installé dans le plus total consensus. Ce n’est pas la remise en cause de ce plan qui parait à l’ordre du jour mais, bien au contraire, son extension. Jospin se souvient que, deux ans auparavant, Éric Raoult tonnait contre « l’Intifada des banlieues » et réclamait un « plan Vigi-banlieue ». Il se dit que cette « idée » pourrait bien revenir, tout naturellement, sous les feux de l’actualité.

Mobilisant son immense connaissance des dossiers, la pensée du Premier ministre vagabonde. Dans le domaine de l’insécurité et du tout répressif, il sait que les États-Unis ont une longueur d’avance. Rien de surprenant, les niveaux de salaires sont tombés tellement bas qu’ils poussent à la délinquance : pourquoi travailler pour rien alors que la richesse court les rues ? La logique en œuvre est d’une terrible simplicité : le développement de la pauvreté nourrit la délinquance qui légitime une répression sans cesse accrue. Cela Jospin le sait, mais s’attaquer à la pauvreté ne fait pas partie de ses intentions.

Aux États-Unis, le taux d’incarcération a quadruplé entre 1970 et 1995. Le taux de chômage, 4,6 %, est à son plus bas niveau depuis 1973. Jospin sourit en relevant un lien de causalité entre ces deux phénomènes. L’addition des prisonniers, 1,6 millions, et du personnel pénitentiaire, 1,5 millions, représente 4 % de la population active masculine.

Soudain, Jospin bondit de son fauteuil. Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Alors qu’en France les chômeurs tentent de s’organiser et luttent, la solution est là. Il suffirait de les répartir équitablement pour éradiquer le chômage : une moitié de taulards, une moitié de matons. Tout à sa joie, Jospin se félicite : la social-démocratie prépare un monde meilleur.


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