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Chômeurs : les paradoxes…

Le jeudi 15 janvier 1998.

D’emblée il est utile de préciser que les luttes passées et actuelles et celles futures des chômeurs sont légitimées par leurs dimensions humaine, sociale et économique.

En effet l’Homme a un droit imprescriptible à la vie en société tant du point de vue des subsistances matérielles nécessaires, que du point de vue du droit à la culture ainsi que des droits sociaux et politiques (au sens original) afférents.

Au plan social et au plan économique, ces luttes représentent une revendication profonde tendant à restituer à celles et ceux qui les mènent la dignité des êtres qui se lèvent contre les injustices et qui le font au moyen de la solidarité avec comme but l’égalité entre les individus.

Les anarchistes qui luttent pour une société fondée sur l’égalité sociale et économique, la solidarité entre les individus et les groupes, et la participation active et directe des producteurs à la gestion de la société future, débarrassée de l’exploitation et de l’aliénation politicienne, ne peuvent que militer en faveur de ces luttes. Ils y sont totalement impliqués, soit en tant que chômeurs, soit en soutenant ces derniers de manière militante et solidaire. Ceci étant, il est nécessaire d’aborder quelques questions qui méritent que nous nous y arrêtions.

Le conflit des chômeurs initié par ces derniers depuis maintenant un peu plus de trois semaines tourne autour de l’occupation de 15 à 30 sites ASSEDIC dans l’hexagone. Quelques centaines de personnes tiennent en haleine l’opinion publique. Le fait que le problème posé concerne des situations de précarité, de grande pauvreté et de déclassement le rend légitime auprès d’une grande majorité de personnes. 63 % des personnes interrogées, si nous nous en référons aux sondages, sont favorables au mouvement. Une médiatisation évidente favorise cet état de fait. La télé encourage, donne la parole, met en scène… Nous aurions pu être enclins à considérer cette mise en scène des pauvres sous les sunlights des chaînes comme un Noël chrétien de fin de millénaire.

Un constat à chaud…

Le premier paradoxe consiste à considérer que les conséquences des dysfonctionnements sociaux et économiques et le mal-vivre qu’elles entraînent sont inacceptables pour deux tiers des Français et, dans le même temps, seule une minorité d’entre eux se proposent de s’attaquer aux causes véritables du chômage (l’exploitation, la défense des intérêt capitalistes, les hiérarchies et les inégalités économiques et sociales) et donc aux conséquences qui en découlent…

La lutte des chômeurs, c’est une réalité objective, est partie de la base dans certaines régions (Marseille, Arras…). Assez rapidement pourtant, le leadership du mouvement a donné l’occasion à la CGT et à AC ! (ainsi qu’à l’APEIS, au MNCP etc.) de se disputer, ici ou là, le rôle de porte-parole. Il est certain que la multiplication des occupations (jusqu’à une trentaine de sites ASSEDIC) milite en faveur d’une organisation et d’une coordination du mouvement.

Le second paradoxe consiste à développer suffisamment un mouvement afin qu’il ait un impact médiatique, y compris (et surtout) pour les porte-parole, sans pour autant le développer dans tous les sites ASSEDIC possibles, à savoir 630 à travers l’hexagone. Il est vrai qu’une trentaine d’occupations cela se contrôle beaucoup plus facilement.

Dans L’Indépendant de Perpignan du 7 janvier, Jean-Pierre, un chômeur (militant FA) déclarait : « C’est à la base, c’est-à-dire à toutes les personnes en situation de précarité, de déterminer aujourd’hui la nature des actions à envisager. Ce ne sont pas les syndicats qui ont impulsé le mouvement d’occupation des ASSEDIC à travers la France. Alors… Ceci étant, il faut lutter ensemble ! »

Pour une réelle rupture avec le capitalisme

Dans cette lutte une question affleure. Elle concerne le revenu d’existence/l’allocation universelle/le revenu de base/le revenu inconditionnel/le revenu de citoyenneté… Autant de réalités qui recouvrent des contenus différents d’un point de vue économique mais qui se retrouvent toutes quant à leur dimension d’intégration.

  • Une première approche libérale tend à se libérer des entraves du SMIC. Une fois ces obstacles levés, le marché du travail ne créera plus de chômage et ainsi tout le monde pourra travailler. Dans ce type d’approche, pas de travail équivaut à PAS DE REVENU…
  • Une seconde approche s’inscrit dans une autre logique que celle du plein emploi. Le droit au revenu est privilégié et l’emploi devient un choix personnel.

Le revenu est versé parce qu’une personne existe et non… pour exister.

Il est ici question d’allocation universelle, et la gestion souple du marché du travail qu’elle propose devrait, selon ses promoteurs, permettre la réduction de la durée du travail sans baisse de revenu…

  • Une troisième approche tendrait à promouvoir la généralisation d’un revenu minimum qui serait versé sans condition à tous ceux dont les ressources seraient inférieures à un certain seuil. Cette dernière approche est assez proche de ce qui se fait actuellement…

Le troisième paradoxe réside dans le fait que toutes ces approches tendent à vouloir simplifier et/ou améliorer le système actuel. Au plus permettraient-elles aux pauvres qui refusent une prétendue intégration de ne plus être menacés par la suppression des minima sociaux (et encore !).

Ces approches ont toutes en commun de situer des limites au possible. Aucun remède miracle n’est proposé pour en finir avec le chômage et la pauvreté. « Supprimer la pauvreté » n’est pas à l’ordre du jour. Cette idée est même considérée comme irréaliste.

Ceci est une évidence dès lors que ces différentes approches se situent toutes (à des degrés divers) dans le champ du marché capitaliste du travail et de la logique marchande.

En tant qu’anarchistes nous avons souvent écrit que la revendication la plus intéressante idéologiquement est sans aucun doute celle de la gratuité des biens et des services puisqu’elle se place directement (et symboliquement) en opposition à la logique marchande…

Gratuité et autogestion généralisée dans les sociétés d’abondance sont des revendications et des modes d’action qu’il nous faut généraliser afin de satisfaire les besoins de tous avec la participations de tous.

Charles Thoreau, responsable de Comité CGT de Marseille à récusé le fait que les chômeurs soient des « exclus ». « On en a marre d’être traités d’exclus » a-t-il déclaré en substance. Il a déclaré à juste titre que « les chômeurs sont dans le système, qu’ils sont utilisés par le système et que le système a besoin des chômeurs… ».

Le système, c’est évident, doit être changé en profondeur. Les causes du chômage (profits/exploitation/pouvoir…) sont bien connues. Tous ensemble unifions nos forces et gagnons du temps en nous attaquant au système d’exploitation et d’aliénation plutôt qu’à ses conséquences.

Edward
groupe Puig Antich (Perpignan)


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