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Paris

Attaque de train (bleu)

Le jeudi 15 janvier 1998.

Le mercredi 7 janvier 1998, la manifestation parisienne des chômeurs a commencé comme toutes les manifestations, unitaire dans un premier temps, devant le siège de l’UNEDIC (M° Montgallet), pour se continuer débarrassée de ses éléments réformistes. Au-delà de l’encadrement syndical et associatif, la présence des chômeurs « non-affiliés » semblait majoritaire, principalement en ce qui concerne les événements de la fin de journée. En effet, une fois la manifestation dissoute, nous n’avons retrouvé pour passer à l’action directe que les éléments les plus déterminés du mouvement : AC  !, des « non-affiliés », et les libertaires, soit une centaine de personnes.

Succès du Monde libertaire

Mais reprenons depuis le début le détail des événements. Après que les copains se soient chargés de vendre le Monde libertaire de la semaine, le slogan « Qui sème la misère récolte la colère » (première page du ML) s’est imposé parmi les manifestants, au même titre que les slogans d’AC  !, du « Comité » et des syndicalistes.

Après une promenade en cortège jusqu’au ministère des Finances à Bercy, la manifestation s’est dissoute.

Action

Nous ne voulions pas en rester là. Une fois terminées les cérémonies unitaires, nécessaires — hélas ! — pour revendiquer le plus simple droit de se loger et de manger, il était temps de passer à des choses plus sérieuses.

Il a été décidé dans un premier temps d’aller soutenir les occupants du Centre d’action sociale, rue Diderot. Déjà, le nombre des manifestants s’était considérablement allégé, passant de 5 000 à 300-400 personnes.

Un groupe s’est alors spontanément formé pour occuper les voies des TGV de la gare de Lyon. Ainsi, pendant une heure, cinq TGV furent bloqués. Certains voyageurs ont alors manifesté leur soutien. L’heure du repas sonnant, une AG sur les voies occupées a décidé qu’il était temps d’aller se restaurer. Le Train bleu (dans la gare de Lyon), célèbre brasserie, très chic, dont la qualité est inversement proportionnelle aux prix prohibitifs pratiqués (ce soir là surtout, le service fut lamentable) nous a semblé l’endroit rêvé pour pratiquer un prélude à la réappropriation.

Au moment où nous pénétrions dans la brasserie, une frange zélée du personnel s’efforçant de nous en empêcher a provoqué une bousculade à l’entrée, au cour de laquelle la vitre de la porte principale s’est brisée. C’est un serveur qui, en s’appuyant contre la vitre avec ses mains, l’a fait éclater, involontairement bien sûr. Cet incident matériel mineur a permis notamment à Libé et au Figaro de déclarer d’une même voix que la brasserie Le Train bleu avait été investie par « des éléments violents » (peut-être voulaient-ils faire allusion au troupeau de CRS qui a chargé la foule qui nous soutenait, à l’extérieur du restaurant).

C’est ainsi que nous avons investi ce temple de la gastronomie bourgeoise, aussitôt déserté par les honnêtes clients qui en ont profité pour partir sans payer. Nous n’avons même pas eu le temps de passer commande que les forces de l’ordre établi (les éléments violents), envahissaient la brasserie. Contrôle d’identité, puis évacuation forcée, un par un (on était alors une cinquantaine), vers les paniers à salade. C’est ainsi que la sortie des copains, drapeau noir en tête, a soulevé l’ovation de la foule, sous les flashs des photographes.

La suite de la soirée se passe au poste de police, pour la procédure habituelle : « rien à déclarer ».

Un petit suspens fut entretenu par le commissaire (sans doute pour justifier son intervention) à propos du sort de deux copains retenus suite aux déclarations des serveurs. Finalement, tout le monde était libre avant 22 heures.

Le choix de la répression

Le milliard de Jospin ne trompe personne, d’ailleurs il n’équivaut même pas à ce qui a été dérobé aux chômeurs, lors de la disparition d’un milliard deux cents millions de francs de la Caisse des fonds sociaux.

Le gouvernement a choisi de mépriser les chômeurs, de considérer leurs occupations comme des actes illégaux et donc susceptibles d’être à tout moment réprimés dans la violence. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le seul moyen « légal » de la revendication, c’est la grève ? Mais dans ce cas, que reste-t-il aux sans-travail pour se faire entendre, sinon ce que Aubry appelle « l’illégalité » et nous l’action directe ?

Jean-Christophe et Pascal
groupe Louise Michel (Paris)


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