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Lille

Huit refus au 50e jour de grève de la faim

Le jeudi 15 janvier 1998.

Le lundi 5 janvier, les premiers courriers annoncés par le préfet sont arrivés aux grévistes de la faim. Il s’agissait de huit refus annoncés la veille dans la presse comme « définitifs » par le secrétaire du préfet, M. Bellour. Il s’agit là d’une provocation insupportable. Une provocation au suicide ! Certains sans-papiers parleront immédiatement de déclencher une grève de la soif, que l’un d’entre eux entamera même. Heureusement, ses camarades réussirent à le persuader de cesser celle-ci et à reprendre la seule grève de la faim. Sinon, en quelques jours, il était mort.

Même sous Debré, lors des précédentes grèves de la faim, les autorités n’avaient pas osé se livrer à pareille provocation.

Le soir même, une trentaine de personnes (dont nous étions) investissaient les locaux de la fédération du Nord du PS, révoltés par la situation. Ils furent reçus par le secrétaire fédéral à la communication qui proposa que Marc Dolez, secrétaire de la fédération et député du Nord, rencontre le préfet « pour s’informer » de la raison de ces refus. C’était inacceptable. Le PS devait absolument prendre position clairement contre cette provocation préfectorale. Il refusa obstinément cela et n’accepta pas non plus qu’une délégation de sans-papiers et de sympathisants l’accompagne pour demander des comptes au préfet. Face à cela, l’occupation du local du PS devenait inévitable et fut décidée sur le champ.

Au bout de deux heures, la police nous expulsa des lieux.

Les sans-papiers poursuivent quant à eux obstinément leur mouvement, et le soutien s’élargit d’heures en heures, provoqué par la stupidité même du préfet.

En effet, les motifs apportés aux refus sont des plus ubuesques. Trois des grévistes de la faim ont des pères sénégalais ayant la nationalité française (ce sont d’anciens tirailleurs). Le préfet a osé motiver ses refus par le fait que ces grévistes n’ont pas apporté la preuve que leur pères subvenaient (pour l’un des grévistes dont le père est décédé), ou subvient (pour les deux autres) à leurs besoins !

Pour la plupart, ces refus sont motivés également par un mensonge : les grévistes ne justifieraient pas de sept ans de présence en France. Le préfet argue également, sans étaiements, de prétendus troubles de l’ordre public.

Le 10 janvier, une manifestation d’un demi millier de personnes défila dans les rues de Lille, rassemblant les sans-papiers de Lille de la coordination 93, du 4e collectif de Paris, mais aussi la coordination nationale, AC ! et les nombreux étudiants [1], et le groupe Humeurs noires de la Fédération anarchiste. Ces deux mouvements (sans-papiers et chômeurs) ayant sur Lille la particularité de lutter quasiment en symbiose.

En ce 55e jour de grève, aucune régularisation n’avait été reçue par les grévistes et aucune négociation n’a encore été entamée. Et nous entrons dans une période de plus en plus délicate de la grève de la faim, où les accidents deviennent possibles. Une intervention policière également. Le préfet expulsera-t-il les grévistes ?

Nouvelle manifestation samedi 17 janvier, 15 heures, Grand place à Lille.

Bertrand
groupe Humeurs noires (Lille)


[1Une AG antifasciste de 250 personnes s’est réunie jeudi 8 janvier à Lille III, sur une initiative commune de la FA, de l’UNEF, de la CNT, de l’OAT, de Ras l’Front en réaction à plusieurs attaques fascistes et ratonnades qui se sont déroulées depuis quelques mois sur Lille. Un collectif antifasciste a donc pris naissance sur Lille III.





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