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Affichons notre athéisme

Le jeudi 21 avril 2005.

À l’heure où les religions se mettent en ordre de bataille (et la mort du pape ne va rien arranger), où les croyances des uns et des autres envahissent l’espace public, d’un chef de parti majoritaire au père du traité constitutionnel européen en passant par le boss de la plus puissante armée du monde, à une époque où la laïcité républicaine a de plus en plus de mal a se dépatouiller de son héritage catholique, il devient urgent de présenter un athéisme militant et clair.

Pour commencer, un peu d’étymologie. Athée désigne celui qui est « sans dieu ». Un(e) individu(e) « sans », incomplet, « une entité à laquelle il manque Dieu pour être vraiment », dit Michel Onfray. Définition négative, bien entendue, puisque le mot fut d’abord employé par les tenants de la foi pour désigner, dans un premier temps, celui ou celle qui ne croit pas « bien » en dieu, puis, au fil du temps, celui ou celle qui ne croit pas.

Mais avant d’aller plus loin, il me semble nécessaire de préciser que les crimes commis au nom d’un dieu ne peuvent être imputés à l’ensemble des croyant(e)s, et que, si je déplore l’abandon de la raison par ces personnes, je ne peux que vouloir leur émancipation et non leur disparition. En clair, je ne leur veux aucun mal. Que le pied sur la tête soit celui d’un tyran, d’un patron ou d’un « dieu », il s’agira toujours de s’en libérer.

Ceci étant dit…

Qu’est ce que l’athéisme ? Le Petit Robert nous explique que c’est « l’attitude ou doctrine » d’une « personne qui ne croit pas en Dieu, nie l’existence de toute divinité ». Il est complètement absurde de parler de doctrine, alors qu’aucune règle, contrairement aux croyants, ne nous dit comment ne pas croire. Je préfère la définition de Michel Onfray qui, lui, page 30 de son Traité d’athéologie, écrit : « L’athéisme n’est pas une thérapie mais une santé mentale recouvrée. » . En effet, nous prendrions pour fou/folle quiconque, ayant plus de 7 ans, nous annonçant ,le 24 décembre au soir, attendre le père Noël dans la nuit., et ce ne serait pas la même chose pour un(e) autre qui nous expliquerait la présence partout, et tout le temps, d’un être magique et tout puissant qui aurait créer le monde ? Il y a la quelque chose qui ne tien pas. Malheureusement, il est inutile de faire de la logique une arme contre la croyance, puisque la logique est manifestation de la raison, et que la croyance est l’abandon de cette dernière.

Devient-on athée ? Sans doute, pour ceux et celles d’entre nous qui aurions cru un jour. De la même manière que nous abandonnons la peur du monstre dans le placard. Un athée n’a pas la volonté, le désir, de ne pas croire en dieu. Il ne croit pas, voilà tout. La question ne se pose pas à lui/elle, de savoir si la meilleure manière de vénérer dieu est celle des juifs, des chrétiens ou des musulmans, pour ne prendre que les trois grands monothéismes. Il n’y a tout simplement rien a vénérer. Malgré ce que prétend le philosophe Michel Guérin, on ne choisit pas d’être athée. Ce n’est pas une proposition contre une autre. Contrairement a ce que l’astronome Laplace a dit, dieu n’est même pas une hypothèse.

Certain(e)s expliquent leur athéisme par une expérience, souvent malheureuse, en tout cas rédhibitoire, dans la fréquentation d’un dogme. Une grand-mère, par exemple, très dévote, mais rapiat, méchante, bref loin de ce qu’on veut nous faire passer pour la théologie officielle inscrite dans l’un ou l’autre « livre » et en voilà quelques-un(e)s un(e)s athées. Mais, objectivement, peut-on conclure à l’inexistence de dieu par le simple fait qu’une aïeule très croyante se trouvait à cent lieux des sois disants principes d’amour et de bonté rabâchés par les tenants de la foi ? De même, se référer à l’Histoire pour établir qu’au nom de dieu il y eut des guerres, des génocides, ne sert qu’à prouver que les religions, et non pas dieu, sont porteuses par leur existence même de tous les maux qui leur sont imputables, des premiers massacres à la prolifération du sida en Afrique (interdiction de la capote), en passant par les croisades et les épurations ethniques. Le 11 septembre 2001 ne peut constituer une preuve de l’inexistence de dieu. Seulement que certain(e)s sont capable de donner la mort, et de se la donner par la même occasion, pour des préceptes qu’ils prétendent être les commandements de leur dieu. Tous ces exemples ne constituent absolument pas un faisceau de preuves de l’inexistence de dieu. Il en est de même des fameuses « douze preuves » de Sébastien Faure. Il ne s’en prend qu’a un dieu dont les croyants croient à l’infaillibilité. Et ceux qui envisage que leur dieu puisse se tromper ? leur croyance est plus légitimes ?

S’en prendre aux superstitions, aux préceptes, aux dogmes, c’est démontrer la nocivité intrinsèque des religions. L’exercice est salutaire, mais ce n’est pas de l’athéisme. C’est de l’anticléricalisme. Et ces deux notions ne sont pas nécessairement liées. Un(e) athée sait que dieu n’existe pas, mais peut parfaitement accepter qu’un certain prosélytisme religieux l’entoure. À l’inverse, un(e) anticlérical(e) peut croire en dieu, mais refuser de se soumettre aux règles d’un dogme, quel qu’il soit, et être décidé, même, à les combattre.

L’athée est celui/celle qui ne croit pas ! Peut-il/elle resté(e) à l’écart des grands débats qui voient des tenants de la foi et autres responsables politique se réclamant de l’une ou l’autre chapelle, se disputer la parcelle publique ? Où l’on peut entendre Sarkozy venir vendre, dans un même paquet, sa vision ultra-libérale du monde ainsi qu’un « livre » dans lequel il nous dit sa foi et son désir de transformer la laïcité en un magma multi-confessionnel. Quelle résistance pouvons-nous envisager ? Tuer dieu est inutile, et de toute façon impossible. Comme l’écrit Michel Onfray [1] : « … Dieu n’est ni mort ni mourant — contrairement à ce que pense Nietzsche et Heine. Ni mort ni mourant parce que non mortel. Une fiction ne meurt pas, une illusion ne trépasse jamais, un conte pour enfant ne se réfute pas. » Alors quelle alternative ?

Un athéisme militant implique une négation de dieu, bien entendu, un anticléricalisme, évidemment, ludique et jovial, si possible, mais surtout, et plus profondément de réfuter une partie des valeurs qui sont pourtant imbriquées dans la laïcité même. Qu’est ce que cela signifie ? Tout simplement que dieu, et n’en déplaise aux croyant(e)s sans chapelle, n’existe pas or des religions, et de leurs dogmes. Et nous sommes imbibé(e)s, consciemment ou pas, par ces valeurs religieuses. Par exemple le fait que la plupart d’entre nous continuons à nous habiller (même si c’est très légèrement) lors d’un été caniculaire. Qu’est ce d’autre sinon l’ancrage profond, dans nos sociétés, de la haine du corps, omnipotente dans les trois monothéismes ? Et il y en a d’autre. Le patriarcat, bien sur, qui, bien que déjà identifié, est loin d’être vaincu, même parmi ceux/celles qui se défendent de le faire perdurer. L’amour de son prochain ! S’il ou elle est aimable, pourquoi pas, mais s’il/elle ne l’est pas ? ! La Charité ? Celle de l’abbé Pierre ou de Bernadette Chirac avec ses wagons de pièces jaunes ? Et pourquoi pas plutôt la justice et la répartition des richesses ? ! La tolérance ? Sous ses atours bienveillants ce mot est un mot de pouvoir, puisque tolérer, c’est laisser exister ce qu’on pourrait interdire. Nous avons tou(te)s des attitudes issues de cet héritage judéo-chrétien. Aboutir à un athéisme militant, ou, comme le dis, encore une fois, Onfray, « Le dépassement de cet athéisme chrétien — pas assez athée et encore trop chrétien à mon goût — permet d’envisager sans qu’il soit redondant de le nommer ainsi, un authentique athéisme athée… Ce presque pléonasme pour signifier une négation de Dieu couplée à une négation d’une partie des valeurs qui en découlent, certes, mais aussi […] pour déplacer la morale et la politique sur un autre socle non pas nihiliste, mais post-chrétien. »

Il est urgent de lutter contre les corbeaux de toute chapelle, de lutter contre l’apprentissage du fait religieux a l’école, de dire clairement que la mort d’un chef de secte ne nous émeut pas. Enfin affirmer que si il y a des êtres « incomplets » ce ne sont pas ceux qui sont sans dieu, mais ceux qui croient être avec.

Antoine Jarrige


[1Traité d’athéologie, éditions Grasset.





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