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Grenoble

C’est en forgeant que l’on apprend l’autogestion

Le jeudi 29 janvier 1998.

Rejouant les grands classiques qui ont fait leurs preuves, les chômeurs et précaires grenoblois, appuyés par les organisations habituelles occupent depuis le 7 janvier diverses administrations de l’agglomération. Les militants libertaires de la CNT et de la Fédération anarchiste sont évidemment de la fête !

Le mouvement s’est rapidement étendu grâce à 2 manifestations regroupant environ 2 000 personnes, et à une volonté immédiate de rencontre avec les salariés de divers secteurs (EDF, Neyrpic, Telecom etc.). Les opérations d’occupation ponctuelles ont par ailleurs été menées chaque jour sur des lieux symboliques ou stratégiques (Crédit Lyonnais, ASSEDIC, Resto du Cœur etc.).

Le collectif de lutte est basé depuis une semaine à l’Hôtel de Ville, occupé nuit et jour de façon plutôt virtuelle puisque le local est en fait mis à disposition par la municipalité. Cependant, les relations avec le maire (PS) n’en sont pas pour autant cordiales puisque celui-ci essaye manifestement de nous endormir, ce dont tout le monde se rend parfaitement compte ; aussi la tension monte-t-elle petit à petit : les chômeurs n’aiment pas être pris pour des imbéciles. Mais ils sont têtus, et cette mairie restera occupée tant que son patron n’aura pas « apporté des réponses aux questions qui lui ont été posées » !

Outre les revendications classiques, dont les médias nationaux se sont fait l’écho depuis le début du mouvement, certaines exigences concrètes nous semblent particulièrement intéressantes, car en rupture avec la logique marchande de gestion économique de la pauvreté : accès gratuit aux transports, à la santé, à l’éducation, au logement, etc.

Par ailleurs, une annexe du Conseil général est occupée elle aussi depuis une semaine, et fait l’objet d’une multitude de projets des plus grisants. Et pour cause ! Ce bâtiment de quatre étages est constitué de dizaines de pièces, totalisant plusieurs centaines de mètres carrés entièrement vides ! Et certains parlent déjà de retrouver l’esprit des Bourses du travail du début du siècle, dans une « Maison des chômeurs, précaires et exclus ».

Enfin, soulignons que, sous l’impulsion notamment de nos camarades de la CNT, la direction du mouvement est assurée par une AG quotidienne qui a eu le mérite de neutraliser les velléités de manipulation de la part des professionnels du genre, même si elle est encore souvent le théâtre de violentes prises de bec et de moultes tergiversations lourdes et inutiles. Mais c’est en forgeant qu’on apprend l’autogestion !

L’intervention télévisée de Jospin du mercredi 21 janvier a eu le mérite d’enlever leurs illusions aux quelques utopistes qui espéraient encore quelque chose du gouvernement et de l’État, voire de semer le doute chez ceux qui croient toujours au Père Noël. Une preuve de plus que vouloir résoudre les problèmes sociaux en aménageant ce système capitaliste inique se révèle complètement irréalisable. Est-il d’ailleurs besoin de le redire ? Nous sentons bien que plus personne n’y croit !

Que Jospin ne cède pas sur des revendications de fric, comme l’augmentation des minima sociaux, était prévisible, mais qu’il fasse barrage à des exigences relevant d’une simple volonté politique (gratuité des transports…) signifie bien que l’État a peur qu’une partie de la population s’écarte de la logique et du fonctionnement marchand.

À l’avenir, il sera aussi utopiste de voir réalisées des idées de rupture que des revendications d’urgence (obtenir le minimum vital). C’est pour cela que nous voulons affirmer que nous avons un projet social réalisable et des moyens pour le mettre en œuvre : grève générale expropriatrice, abolition du salariat, collectivisation des moyens de production, autogestion généralisée de la société. L’avenir ne sera que ce chacun voudra bien en faire.

Ludo et Séverine
groupe Jules Vallès (Grenoble)


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