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Nord-Pas-de-Calais

La Lutte des chômeurs continue

Le jeudi 5 février 1998.

Si l’État croyait pouvoir dissuader les chômeurs de continuer leur combat pour la dignité et le partage égalitaire des richesse, il s’est lourdement trompé. Jospin et Aubry ont beau leur envoyer les CRS et les gardes mobiles pour évacuer les occupants de lieux symboliques, ils sont nombreux à désirer continuer l’action. De toute façon, ils n’ont plus rien à perdre et tout à gagner. C’est pourquoi dans la région du Nord, les opérations « coups de poings » se succèdent les unes aux autres. Certaines furent plus heureuses que d’autres. En effet, le blocage d’un TER en gare d’Hazebrouck exposa les précaires et les chômeurs en lutte à l’incompréhension des usagers. Il est vrai que la cible n’était pas des plus pertinentes. Mieux aurait valu s’en prendre aux TGV fréquentés par les hommes d’affaires qu’aux tortillards qui transportent essentiellement des ouvriers et des lycéens. Mais par contre les occupations de la Chambre de commerce le 20 janvier et de l’Union patronale le 29 janvier dernier furent l’occasion de pointer du doigt les responsables de la misère. Les administrations ne furent pas oubliées puisqu’entre temps la mairie de Lille, forteresse de Mauroy, dut se résigner à accueillir les chômeurs bien qu’un policier municipal zélé ait aspergé de gaz lacrymogène quelques-uns des manifestants. En pleine cérémonie de départ à la retraite de Jean-Paul Paulette, directeur général, la Caisse régionale d’assurance maladie avait reçu , le 23 janvier, la visite inopinée des mêmes trublions désireux de faire savoir combien il est difficile pour les sans-emplois de faire valoir leur droit à être soigné correctement. Médecins sans frontières a de même organisé le 26 janvier sur le marché de Wazemmes un débat et une campagne de signatures contre « le non respect de la loi sur l’aide médicale par le conseil général du Nord ». En effet, l’assemblée parlementaire s’est fendue d’un règlement scélérat qui stipule une distribution au compte-gouttes et un contrôle pointilleux des fameux bons jaunes, alors que la loi du 28 juillet 1992 ne prévoit aucune limitation ni contrôle. Dans le Nord, seules Lille, Dunkerque et Tourcoing ont choisi de ne pas respecter les consignes du Conseil général. Dans la même semaine décidément chargée en événements, EDF et la SNCF ont eu elles aussi à entendre les revendications des sans-emplois.

Par ailleurs les chômeurs et leurs soutiens ont poursuivi leurs interventions dans les ASSEDIC et les ANPE de la métropole lilloise. Si la manifestation du 27 janvier fut peu importante par manque d’information [1] c’est près de deux mille personnes qui se retrouvèrent dans la rue à l’occasion de la manifestation régionale du 22 janvier. Les chômeurs d’Arras eurent en fin de manifestation maille à partir avec les forces de l’ordre lorsqu’ils voulurent se rapprocher de la préfecture pour demander des comptes après l’évacuation des maisons qu’ils avaient investies et renommées « la nouvelle commune ». Pour l’un des Arrégeois, cela se solda par six points de suture. Jacques Leclerc, secrétaire général de l’Union locale de la CGT de Douai est quant à lui cité à comparaître devant le tribunal correctionnel le 2 mars prochain pour « violence et outrage » à fonctionnaire de la police. À suivre ! À l’opposé, Frédéric Lepinay, journaliste de La Voix du Nord, porte plainte contre la police pour avoir été brutalisé et s’être fait dérober sa pellicule photographique et ses notes lors de l’évacuation musclée de l’ASSEDIC le 8 janvier 1998.

Convergences des luttes des sans

Loin de décourager les camarades d’Arras, ces violences policières les ont confirmé dans leur détermination à étendre le mouvement. Le 24 janvier, ils accueillaient les sans-papiers lillois pour discuter sur la convergence des luttes des sans-droits face à la barbarie capitaliste et au-delà face à la démocratie blindée et à la menace fasciste. D’ores et déjà, les Arrégeois avaient partagé avec les sans-papiers le fruit de leurs opérations de blocage des péages. Les soutiens des sans-papiers ont également multiplié les interventions ces derniers jours : occupations de permanences de députés PS, distributions de tracts dans le hall du musée des Beaux-Arts pour signifier à Chevènement qu’ils n’acceptaient pas son discours de sélection, etc. [2]

Et les étudiants dans tout ça ?

Quoique certains se sont d’ores et déjà rapprochés du mouvement des chômeurs, force est de constater que les étudiants sont peu nombreux à se montrer activement solidaires. Ils sont cependant peut-être à la veille d’une réelle mobilisation. à l’impulsion de l’AGEL, de l’UNEF et de la FA, des assemblées générales se sont tenues pour discuter du retour des néo-nazis sur le campus et plus récemment, à l’initiative d’une toute nouvelle association estudiantine baptisée « Pour une action délibérément antifasciste et citoyenne », pour entamer un débat sur la désobéissance civile.

Nous rappelons que notre camarade Christophe Fétat a été interpelé par les forces de l’ordre le mercredi 7 janvier lors de l’expulsion mouvementée des chômeurs qui occupaient les locaux des ASSEDIC du port fluvial à Lille. Christophe doit passer en jugement le 26 février prochain. Afin de lui apporter tout le soutien nécessaire et d’obtenir sa relaxe un collectif de soutien s’est mis en place autour du thème « Non à la criminalisation du mouvement social ! ». Nous vous appelons tous à exprimer votre soutien envers Christophe ! Le comité de soutien à Christophe Fétat peut-être contacté au centre culturel libertaire, 1/2 rue Denis-du-Péage, Lille-Fives. Vous pouvez y adresser vos message de soutien, réclamer la pétition de demande de relaxe afin de la faire signer et adresser vos soutiens financiers (chèque à l’ordre de ALDIR) en vu de son procès.

Christophe Fétat
groupe May-Picqueray (Lille)


[1Pendant que les chômeurs battaient le pavé, d’autres occupaient l’OPAC de Villeneuve-d’Ascq pour négocier des dossiers contentieux d’expulsion de logement. Rappelons que le 14 février se tiendra une fête et un concert de soutien à Patrice Bardet et Christine Eme qui se pourvoient en cassation pour dénoncer le jugement en appel qui les a condamnés à 3 000 FF d’amende avec sursis pour avoir soutenu une jeune étudiante camerounaise qu’un huissier venait expulser de son logement.

[2Le préfet continuait à tergiverser sur le cas des grévistes de la faim.





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