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Procès Le Pen

Les Bons, la brute et le juge

Le jeudi 26 février 1998.

Le jeudi 19 et le vendredi 20 février avaient lieu au palais de justice de Versailles le procès des événements survenus à Mantes-la-Jolie lors de la venue de Le Pen l’année dernière, entre les deux tours des législatives. Venu soutenir sa fille candidate, celui-ci en avait profité pour faire le coup de poings contre les « pédés » et autres gauchistes venus l’accueillir, y compris la candidate socialiste, Mme Peulvast. Les images diffusées par les différentes chaînes de télévisions sont d’ailleurs très explicites. Devant la lourdeur des peines encourues (voie de fait en réunion, sur une parlementaire de surcroît), la défense de Le Pen avait consisté… à attaquer ses victimes, en les accusant de menaces de mort à son égard. Il risque en effet l’inéligibilité pour un certain temps, ce qui compte tenu de l’ambiance de guerre de succession au sein du Front national n’est pas la meilleure chose qui puisse lui arriver ces derniers temps. Se retrouvaient donc sur le banc des accusés côte à côte le leader du FN, plusieurs sbires du DPS, et 8 militants antifascistes, dont un camarade du groupe d’Évreux de la Fédération anarchiste, un animateur de Radio libertaire et plusieurs membres du SCALP. Voir pour tout ceci l’article déjà paru dans le Monde libertaire n° 1102.

Forte mobilisation antifasciste

Les deux camps ont bien évidemment mobilisé leurs troupes pour le procès. Les antifascistes se retrouvaient donc à quelques 500 personnes dans l’après-midi de vendredi, avec une forte délégation de militants de la CNT, de Ras l’front, ainsi que plusieurs élus socialistes (tiens, y aurait-il des élections dans l’air ?). Quand au Front, il organise une manifestation samedi après-midi, donc après les débats, mais en misant sur une démonstration de force, toujours en vue des élections prochaine, en tablant sur une dizaine de milliers de personnes, soit l’équivalent de ce qu’il mobilise à chaque premier mai à Paris.

Malgré les reportages télévisés de l’époque qui montrent clairement Le Pen et ses sbires s’en prendre aux contre-manifestants, les fascistes nient toute violence physique et parlent de montage audiovisuel, de complot politique. Avec plus ou moins de bonheur et d’aisance, mais on ne recrute pas au DPS en fonction de l’élocution, ce qui donne des dialogues du type : « reconnaissez-vous avoir frappé cette personne ? » Réponse : « y m’a traité, m’dame ! ». Le policier du service des Voyages officiels détaché à la sécurité de Le Pen, comme député européen, lui, n’a rien remarqué. Par contre le commissaire à la sécurité urbaine, ainsi que le responsable des Renseignement généraux de Mantes, font tous les deux un témoignage accablant de la violence des frontistes. Sans doute encore une rivalité des services de la police.

La couverture médiatique du procès est à la hauteur de l’enjeu. Tout le monde a donc pu prendre connaissance de la lourdeur des peines demandées par le procureur, tant contre les uns que contre les autres : trois mois fermes ou avec sursis, 20 000 FF d’amende et surtout deux ans de privation de droits civiques pour Le Pen, deux mois, toujours fermes ou avec sursis, et 2 000 FF d’amende pour les antifascistes ainsi que plusieurs membres du DPS. Et Le Pen de dénoncer une justice aux ordres du pouvoir, socialo-communiste pour l’occasion. Le verdict est en délibéré.

La sévérité manifeste se veut sans doute exemplaire, histoire de prévenir toute utilisation future de la violence en politique, et en même temps de limiter la lutte antifasciste à l’électoralisme béat, dans la plus pure tradition du front républicain. Le Condicator gaulois joue son avenir politique de président du front national, et son parti avec lui, car seule sa présence à ce poste permet d’unir des éléments aussi disparates que ceux qui s’y côtoient. Pour les antifascistes, il y a aussi un risque de criminalisation effectif : si le verdict confirme la demande des frontistes, des slogans du type « Le Pen, une balle, le FN une rafale », ou même d’autre moins explicites, pourront en permanence être assimilés à des menaces de mort, jurisprudence à l’appui.

Guillaume
groupe Louise-Michel (Paris)


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