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éditorial du n° 1113

Le jeudi 5 mars 1998.

En France, la misère gagne chaque jour du terrain, mais rassurez-vous, tout va bien. Les spécialistes nous l’assurent : tous les indicateurs économiques sont au beau fixe. La croissance revient. L’inflation est au plus haut. L’excédent commercial bat des records. Les patrons font des profits florissants et parlent d’investir. Dans ce contexte, les économistes prévoient une marge de manœuvre de 40 à 60 milliards de francs dont disposera le gouvernement pour élaborer le prochain budget.

Allons-nous en finir avec quinze ans de rigueur et d’austérité ? La « gauche plurielle » va-t-elle enfin tenir ses promesses ? Vous pensez voir le bout du tunnel ? Si vous croyez encore à ces balivernes, vous allez être fort déçu.

Sentant le danger d’une situation propice à la multiplication des revendications sociales, Jospin a pris les devants. Le 26 février, il est monté au créneau pour fixer le « domaine du possible » et prêcher la patience. « Pour distribuer, a-t-il dit, il faut aussi produire. »

Dans le Figaro, Franz-Olivier Giesbert a su apprécier à sa juste valeur l’intervention du Premier ministre. Clairement, il salue Jospin « qui a montré depuis des mois une aptitude certaine à gouverner » puis termine en affirmant « bonne nouvelle, Lionel Jospin se blairise ». À moins de trois semaines d’échéances électorales, l’expression d’un tel satisfecit n’est pas anodin. Tentons de comprendre le pourquoi de ce « ralliement ».

Aujourd’hui, le patronat perçoit de plus en plus l’existence d’un revenu indépendant de toute activité, les minima sociaux, comme un obstacle, écartant toute une population du marché du travail, fixant un seuil à la baisse des salaires et freinant le développement massif du temps partiel. Pour accélérer la généralisation de la flexibilité et de la précarité, le CNPF propose pragmatiquement l’extension-adaptation des minima sociaux : ils deviendraient des compléments de salaire versés sous condition d’activité, car « il n’y a pas de droits sans devoirs ». Ce projet vise à instaurer le travail forcé tout en demandant à la collectivité de socialiser le coût du travail au profit du patronat.

Dans l’esprit du CNPF cette mutation doit se faire par étapes. Dans un premier temps, elle doit être accompagnée de mesures incitatives : un chômeur ou un Rmiste acceptant un petit boulot verrait son allocation maintenue et son montant réduit partiellement. Ni plus ni moins, c’est exactement ce que dit Marie-Thérèse Join-Lambert dans son « rapport sur les minima sociaux » en parlant d’améliorer les règles dites de « l’intéressement », permettant de cumuler un minimum social et un revenu d’activité.

Le 26 février, Jospin a lui-même adopté cette logique, proposant que « tout allocataire du RMI, ou de l’ASS, […], qui reprenne un emploi, puisse conserver son allocation, de façon dégressive, pendant un an, dans la limite, en gros, d’un SMIC ».


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