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Entourés par le silence

Le jeudi 12 mars 1998.

Ce n’est pas un joli conte de fées que je tiens à raconter ici. Mais je pense que toute personne qui se réclame de sang rouge et d’esprit libre doit savoir ce qui se trame dans notre dos.

En date du 7 janvier, dans une petite banlieue de la région parisienne, Gustave Kokou, étudiant d’origine togolaise, ne sait pas encore qu’il est en train de vivre les derniers moments de son existence. Gustave est inscrit à l’université Paris I — Panthéon Sorbonne, à l’UFR de Tolbiac. Il est connu par tous comme un pacifiste convaincu, grand amateur de philosophie bouddhiste, et il est très apprécié de son entourage.

Gustave rencontre une de ses connaissances, David, qui est lui nettement moins sage. C’est un petit délinquant, qui a fait pas mal de coups fourrés, et qui sait jouer de la lame. Mais il s’entend bien avec Gustave et lui propose de le ramener en voiture jusqu’à l’UFR de Tolbiac. Seulement, David doit auparavant déposer sa petite amie chez elle.

La belle-famille de David ne lui est pas inconnue. Le frère de sa bien-aimée, Antoine B., est un militant FN notoire, dont le père, après s’être illustré dans l’agression verbale de familles magréhbines résidant dans la commune, est le jour des faits en séjour dans un établissement pour soins psychatriques. Antoine et David se connaissent pour s’être opposés l’un à l’autre lors de bastons qui ont mal tourné dans le coin. Ce jour-là, Antoine aperçoit David raccompagnant sa sœur. Très vite le ton monte.

À un moment précis, l’agaçement d’Antoine est à son comble. Il monte dans sa chambre où trône un superbe drapeau nazi, se saisit d’une arme à feu, et redescend régler ses comptes avec David.

Gustave est alors aux côtés de David. Ils prennent chacun une balle au niveau du thorax. Gustave et David s’écroulent. Alors Antoine s’approche et les achève l’un après l’autre, à bout portant, en visant la tête…

La première personne qu’Antoine aurait contacté après avoir réalisé son acte, ce n’est ni un parent, ni les autorités… mais le directeur FN local. Ses premiers mots auraient été : « J’ai fait une boulette… »

Cette dérisoire et stupide expression d’Antoine, « boulette », n’arrive pas à faire réellement sourire. Je ne pense pas que cette humour soit du goût de la famille et des amis de Gustave.

Cela s’est passé le 7 janvier 1998. Pourtant… aucun journal ne dévoile l’affaire. Seul un article du Canard enchaîné rompt enfin le silence, dans la troisième semaine de février.

Pourquoi tant de silence ? Pour cause d’élections imminentes ? Pourquoi nous cacher une vérité qui nous montre des réactions d’hostilités rivalisant en gravité avec les guerres de gangs aux États-Unis à quelques kilomètres de Paris ? Comme Gustave, combien d’autres Rodney King meurent tous les ans sous les balles des partisans de Le Pen et Mégret sans que nous n’en sachions rien ?

Chrystov


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