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Cinéma

« Clandestins »

de Denis Chouinard et Nicolas Wadomoff
Le jeudi 12 mars 1998.

Depuis le début des années 90, près de mille voyageurs sans papiers, cachés sur des navires, tentèrent de rallier « l’Eldorado » canadien pour y obtenir l’asile. Avant de réaliser leur long métrage, au réalisme nullement surfait, le Québécois Denis Chouinard et le Genevois Nicolas Wadimoff interrogèrent des dizaines de courageux qui avaient effectué le long trajet depuis l’Afrique ou l’Europe. Dans Clandestins, six étrangers, qui ont acheté à un passeur leur ticket vers un ailleurs moins misérable, végètent durant trois semaines dans 25 mètres carrés d’un des nombreux containers arrimés sur un cargo en partance du Havre pour Halifax. Alors qu’ils espéraient atteindre leur destination en huit jours, une panne immobilise l’embarcation au milieu de l’océan. La lutte pour la survie dans une atmosphère poisseuse et une promiscuité où la dignité individuelle reste, elle aussi, en rade, exacerbe les tensions. Cette cohabitation forcée dans un contexte qui, contrairement aux a priori « politiquement corrects », n’incline pas obligatoirement à de chaleureux élans de solidarité, se meut rapidement en un affrontement physique entre certains protagonistes. Walid (Moussa Maaskri), grièvement blessé après un pugilat d’une brutalité extrême avec Roman (Anton Kouznetsov), succombera du tétanos. En échange de quelque nourriture, Dora (Simone Maicanescu) livre passivement son corps aux assauts du primaire Russe. D’emblée, celui-ci ne se gêna pas de se sustenter sans partager avec ses compagnons d’infortune, rapidement à court de vivres. Les raisons précises de la fuite demeureront obscures, mais le désarroi se lit sur les visages, souvent montrés en plans rapprochés, ou perce au détour d’une phrase. Lorsque Walid précise à Halimi (Hanane Rahman) qu’il compte obtenir le statut de réfugié politique, elle lui rétorque : « Pour ça, il faut avoir un passé  ». Les deux cinéastes ménagent le suspense. À l’escale de Liverpool, un homme en uniforme précise à Kolia (Miroslaw Baka), le capitaine, qu’il risque une inspection en raison du délabrement du bateau. Transporte-t-il des marchandises de contrebande ? Là encore le mystère persistera. L’équipage repère finalement les passagers. Kolia, qui sait que les autorités canadiennes lui réclameront 5 000 dollars par tête, fait mettre Roman et les deux femmes à la mer dans un canot pneumatique. Swetlana (Christelle Sabas), la fille de Dora, et Sandu (Ovidiu Balan), dont un matelot avait repéré l’empreinte entre le pont et les cuisines, regardent les côtes canadiennes…

Pour Nicolas Wadimoff, « l’immigration est un phénomène irrémédiable, qui amène une plus-value culturelle dans nos sociétés » [1]. Il y a sans doute plus de Suisses qu’on ne le croit qui partagent ce point de vue…

René Hamm


[1Interview au magazine L’Hebdo du 15 janvier 1998.


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