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L’AMI de la « World Company »

Le jeudi 19 mars 1998.

L’offensive libérale pour revenir sur cent ans de luttes sociales se déploie aujourd’hui énormément à travers des institutions internationales qui organise la coupe réglée des peuples au profit de la minorité capitaliste. L’OMC sont autant de produits dangereux sécrétés par ces officines qui ont pour mission de développer un capitalisme morbide mais harmonieux. L’OCDE est une de ces officines (parmi les principales) qui distribuent sans cesse le manuel du savoir-faire des États qui contribuent à l’accroissement de la richesse capitaliste.

Les lois du marché ont trouvé devant elles depuis cent ans soit les combats ouvriers pour assurer une sécurité minimale ou abolir le salariat, soit les intérêts des bourgeoisies locales qui sont en concurrence entre elles. Il s’agit avec les institutions comme l’OCDE ou l’OMC de revenir à un vrai marché et donc de fragiliser ces règles. Rien ne change dans la volonté des élites de détrousser les peuples, ce ne sont que les formes qu’ils mettent en place qui évoluent. Ainsi, ces règles protectrices posées par l’État (sous la pression des luttes sociales) ont été nécessaires à la construction d’un capitalisme pacifié. Aujourd’hui, le principe de cette paix repose sur l’écrasement des capacités de résistance des individus (avec le chômage) et leur endoctrinement par les institutions totalitaires que sont les médias. Il n’est plus besoin de ces règles : iI faut enfoncer le clou et aller plus loin dans l’écrasement en faisant des règles contraignantes pour les peuples et les États qui voudraient s’y soustraire. La mystification, à laquelle la gauche et les bureaucraties syndicales vendues à la paix sociale ont participé, selon laquelle les États étaient le garde-fou d’un marché impérialiste ne tient même plus. Les règles de protection établies par l’État visent essentiellement à permettre le vol capitaliste quotidien et à protéger les intérêts des bourgeoisies locales. Aujourd’hui le capital transnational prend le pas sur ces bourgeoisies locales, devenues des boutiquiers en voie de prolétarisation, qui émargent au Front National, et l’État perd son intérêt stratégique.

La restructuration de « World company »

L’Accord Multilatéral sur l’Investissement arrive ainsi pour conforter cette évolution et lancer un programme offensif contre les populations. Il s’agit de faire sauter les derniers verrous qui empêchent les investissements et le capital de se déplacer comme ils veulent. Certains pays voudraient ainsi garder le contrôle de la terre pour leur bourgeoisie locale mais ne le pourront plus, à l’instar du Mexique avec l’application de l’accord de libre-échange de l’Amérique du Nord qui a du arrêter sa réforme agraire. Certains pays du Sud s’évertuent encore à penser qu’il faut protéger l’industrie nationale au moment de sa naissance mais cette stratégie dont la croissance des dragons asiatiques témoignent ne sera plus possible.

Il s’agit surtout avec cet accord de donner un droit imprescriptible et absolu aux investisseurs de faire des profits et de contester toute entrave à ce droit. Les États sont ainsi appeler à mater les contestations sociales puisqu’ils sont « responsables des troubles civils, révolutions, états d’urgence ou autres états similaires ». L’État pourra être attaqué s’ils n’arrivent pas à assurer la paix aux capitalistes. C’est là l’aboutissement logique de l’emprise du capital et des bourgeoisies sur les États que les anarchistes ont toujours dénoncés tandis que beaucoup d’autres voyaient en l’État un rédempteur du capitalisme. Il y a erreur et les capitalistes ont maintenant l’arrogance de le proclamer. Cette gangue libérale pousse le cynisme à son extrême et affirme ses principes avec clarté : ceux qui nous empêchent de détrousser les populations doivent être matés et si les États n’y consentent pas, il leur faudra nous rembourser les profits que nous n’avons pas pu faire. L’AMI installe en effet un tribunal international devant lequel les investisseurs pourront établir les manquements des États et demander des indemnisations pour les profits perdus. Cela peut concerner une grève qui dure trop longtemps, une nouvelle législation sur la pollution, une ville qui voulait favoriser l’emploi local… Nous arrivons à un point ultime de la domination capitaliste !

Évidemment, ce sont les pays du Sud qui vont trinquer encore plus car cet accord met en place les intérêts uniques des bourgeoisies des 29 États les plus riches qui composent l’OCDE. Finies les politiques économiques volontaristes pour sortir du « sous-développement » ; elles sont toutes basées à un moment sur les privilèges accordés à l’économie nationale. Les socio-démocrates et autres fractions de la bourgeoisie qui visent à une paix sociale capitaliste ne pourront même plus œuvrer, s’ils l’ont jamais pu d’ailleurs. Plus que jamais le changement radical de nos conditions de vies est à l’ordre du jour, plus que jamais le capitalisme nous montre qu’il ne se réforme pas, il s’élimine !

La trahison des représentants

Le pire c’est que cet accord montre à quel point, anarchistes, nous avons raison de nous défier d’un système représentatif qui nous montre chaque jour son inanité. L’AMI est en négociation depuis 1995 sans que l’Assemblée nationale ne soit au courant… sans que nos vénérables syndicats n’en aient parlé. En effet, la CFDT et FO, les chantres d’un syndicalisme de proposition qui soit constructif et vigilant, ont participé à travers la Confédération Européenne des Syndicats aux négociations depuis trois ans sans que rien ne filtre, jouant ainsi le jeu de ceux qui veulent négocier en secret les intérêts des populations. Ou est leur vigilance ? Nous voyons ici que la délégation à des élus nationaux ou syndicaux ne mènent à rien et qu’il ne faut pas compter sur eux pour résister, nous défendre face à cette arrogance libérale.

Mais iI ne suffit pas de geindre à l’unisson des coteries médiatiques et intellocrates sur l’horreur économique qu’est censé être cet accord. Ce n’est pas des excès de l’ultra-libéralisme dont il s’agit mais de la logique libérale en elle-même. Cette logique amène à un rapport de force constant ou rien n’est jamais acquis, ni pour les patrons ni pour les populations. Il ne s’agit pas de mettre des règles pour corriger le marché mais de se rendre compte que toutes ces règles sont des pis-aller. Il faut alors être à même de rejeter la logique en elle-même plutôt que ses prétendus excès. Peu importe que ce soient des capitalistes américains, transnationaux ou français qui nous détroussent et font de notre société une société hiérarchisée basée sur le profit de quelques-uns : opposons nous de front à ces différentes minorités et associons nous aux autres majorités laborieuses des différents pays !

Il est clair que la gauche va nous gonfler avec l’exception culturelle et l’impérialisme américain mais il s’agit ici tout simplement de l’impérialisme des patrons et des élites dans nos vies… que les politiciens ne regrettent pas quand cela se passe avec de bons capitaux français. Le capital n’a pas de patrie, Ça tombe bien, les travailleurs non plus ! Les anarchistes et tous les révolutionnaires internationalistes ne peuvent que refuser de servir les intérêts de la bourgeoisie française ! S’il y a des licenciements en France, cessons de regarder du côté des États-Unis et opposons nous à la volonté des patrons de toujours faire plus de profits et de miner nos vies ici-même.

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